1971 à ce jour

 

 

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5 Janvier 1971 :

 L'algérie dénonce unilatéralement l'accord commercial qui imposait les produits français à des droits de douane inférieurs aux autres nations.

 

 24 Février 1971 :

 Le gouvernement algérien nationalise ce qui restait encore d'intérêts minoritaires dans le pétrole et le gaz algérien, et les pipe-lines qui restaient la seule propriété des sociétés françaises.

 

13 Avril 1971:

Decés, dans sa superbe villa d'El Biar, qui ne fût jamais declarée bien vacant de jacques Chevallier, ancien maire d'Alger "progressiste", ancien secrétaire d'État à la Guerre du 19 juin 1954 au 20 janvier 1955 puis ministre de la Défense nationale du 20 janvier au 23 février 1955 dans le gouvernement Pierre Mendès France. Il a pris les premières mesures militaires après le début de la guerre d'indépendance en novembre 1954. Né à Bordeaux il n'était qu'à moitié pied noir. On ignore ses reflexions sur l'évolution de l'algérie de 1962 à sa mort.

Quelques jours auparavant, l'ancien député de Mascara, Maklouf Ghalam se suicide en s'arrosant d'essence devant le ministére des rapatriés, boulevard Raspail à Paris. Il entend protester contre l'indifference de l'administration envers les français musulmans . Seul l'Aurore note ce suicide, tout le monde se depéche d'oublier. Un an plus tard, un autre député, monsieur Ihaddadene fera un geste semblable, il sera sauvé.  Nombreux, dans une pareille indifference se suicideront les harkis, sans compter ceux qui se laisseront sombrer dans l'alcool ou la misére.

 

21 Mars 1971 :

Un des responsables de l'O.A.S., membre du CNR, anti gaulliste confirmé, Soustelle est élu conseiller municipal à Lyon.

En Mars 73 il sera élu député dans son ancienne circonscription, puis académicien.

 

16 novembre 1971 :

 Dans son souci de calmer la grogne des fellahs, Boumedienne signe une série de décrets prévoyant la nationalisation de toutes les propriétés privées de plus de dix hectares (toutes musulmanes, les pieds noires ont été nationalisées en 63) leur découpe en carré et leur distribution aux paysans.

Il achève ainsi l'agriculture algérienne.

 

6 Janvier 1972:

"De gros nuages noirs poussés par un vent d'est cachaient les premiers rayons du soleil et assombrissaient le ciel en ce début de journée du six janvier 1972.

Une légère bruine flottait dans l'air et enveloppait la ville de Saïda encore assoupie et silencieuse. Il était à peine sept heures du matin quand deux gros camions communaux s'arrêtèrent devant le parvis de l'Eglise en faisant crisser leurs freins fatigués. Une dizaine d'hommes sautèrent du premier camion et s'affairèrent autour du second véhicule d'où ils descendirent tout un arsenal de démolition: pelles, pioches, masses, barres à mine, brouettes, échelles et marteaux piqueurs.

Après avoir fait installer un cordon de sécurité autour de l'édifice imposant de l'Eglise, le chef d'équipe tint un rapide briefing: "cette église a été laissée par les colons. Nous avons pour mission de la démolir car elle n'est plus d'aucune utilité sur notre terre qui est une terre d'Islam. Dieu saura vous récompenser pour chaque pierre que vous enlèverez. .."

 Cette scène insolite et presque surréaliste donnait l'impression qu'il s'agissait d'une opération commando, et que l'ennemi était ce temple de la chrétienté qui était encerclé et qu'on allait prendre d'assaut pour l'effacer à tout jamais de l'histoire. Une bataille inégale et inutile d'arrière-garde, dont l'issue ne faisait aucun doute, allait être livrée sous nos yeux: pioches et marteaux- piqueurs contre pierres et ciment. Pendant que les ouvriers se postaient aux endroits qui leur étaient assignés, deux d'entre eux donnèrent quelques coups de barre à mine sur le mur en pierre de taille de l'édifice, sans doute pour mieux tester sa solidité. Des étincelles jaillirent de la pierre, leur laissant deviner l'âpreté de la tâche.

Le chef d'équipe, après avoir terminé sa harangue, s'apprêtait maintenant à poser une longue échelle contre le mur en contrebas du clocher, quand soudain il poussa un juron. ..Il venait d'être entartré et blessé. .. Beaucoup plus dans son amour-propre, par une giclée de fiente épaisse et chaude qui s'abattit en cascade sur sa tête et sur ses épaules... ! Cette sorte d'onction d'excommunication immanente, qui du ciel venait de tomber si soudainement sur l'infortuné chef d'équipe, consternait ses compagnons qui ne purent s'empêcher de rire sous cape devant le ridicule de la scène. C'était un couple de cigognes dont le nid se trouvait sur le clocher de l'Eglise, qui venait d'ouvrir les hostilités en lâchant un baroud d'honneur avant de prendre leur envol. ..Elles n'appréciaient certainement pas la présence de ces intrus qui venaient si tôt déranger leur quiétude matinale.

Le bruit des pioches et des pelles s'intensifia et un léger nuage de poussière commençait déjà à flotter sur le théâtre des opérations, sur fond d'une sourde clameur où se mêlaient fureur, rancoeur, sueur, douleur, craquements des pierres et crépitements des marteaux- piqueurs.

La démolition de l'Eglise se poursuivit dans l'indifférence et l'apathie la plus totale des autorités locales et de la population. Le peu de commentaires qu'elle suscita vinrent de quelques notables lettrés qui regrettaient tout bas qu'on effaçât de la sorte et si vite une page de l'histoire de notre pays.

Construite au tout début de l'année 1904, pour être achevée le 31 mai 1905. Cette Eglise de style ogival du 13ème siècle, fut détruite en 1972 et n'aura vécu que soixante-sept ans.

La pierre de taille en grès provenant de la démolition de l'édifice aurait servi, selon une rumeur publique locale, à la construction d'une luxueuse résidence d'un haut responsable de la wilaya.

Au même endroit fut construite, quelques temps après, la maison de la culture de la ville. C'est un bâti peu élevé qui comprend dans ses structures plusieurs espaces et salles destinées à la promotion de la culture, malgré un aspect architectural extérieur inesthétique et rébarbatif, le faisant plutôt ressembler à un bunker.

Il n'inspirera, sans doute plus jamais, les cigognes à venir y faire leurs nids, car celles qui resteront iront nidifier au sommet des minarets, démontrant ainsi aux hommes la mesquinerie de leurs différends et l'absurdité de leurs querelles. ..De clochers. "

Mohamed Gacem

Conclusion de l'écho de Saïda: Toujours selon cette rumeur publique sociale, ces pierres auraient bien servi à la construction d'une résidence luxueuse sur la côte pour le préfet de Saida. Le président Boumedienne, mis au courant de cet acte de destruction, (la bâtisse aurait pu servir de maison des jeunes par exemple), mais aussi de ce détournement des pierres à titre personnel, a ordonné la détention du préfet.

Note de la rédaction: Notre Eglise était avec quelques autres monuments le patrimoine de la ville. On peut détruire un monument, on ne peut détruire la mémoire. Pour tous, de toutes confessions, qui avons aimé Saïda: L'EGLISE EST TOUJOURS DEBOUT.

ECHO DE SAïDA N°9O, janvier 2005, d'après le livre "Chronique des années de plomb" (1958-1992) de Mohammed Gacem, né en 1939 à Saïda; instituteur à 18 ans en 1957.

 

13 Avril 1972:

Ayant été averti à son travail au Bon Marché, l'ex colonel mais toujours Hervé de Bligneres sort en trombe de son bureau. Sa belle mère vient de l'avertir que sa fille a été victime d'un grave accident de voiture près de Madrid. Il prend le temps de se faire donner de l'argent liquide par le comptable et fonce dans la petite route qui mène à l'autoroute, direction Orly. Sa route est bloquée par une camionnette arrêtée en travers, une autre voiture arrive en trombe, la colonel force le passage. Il vérifie que sa fille va bien et que sa belle mère a été prévenue par un coup de téléphone d'origine indéterminée. Le colonel est persuadé qu'on lui préparait le sort de Gorel, ce dernier étant de ses amis et le fameux "trésor de l'OAS" ayant été localisé chez lui.

 

courant 1972:

La communauté pied noire d'Alicante rallie la france pompidolienne, le lycée français est intégré aux structures françaises à l'étranger, les salles de classe perdent leur nom de dirigeants de l'O.A.S.

73.500 Pieds-Noirs émigrèrent ailleurs qu'en France:

1500 en Argentine

12.000 au Canada

10.000 en Israël

50.000 en Espagne.

La plupart de ceux qui choisirent l'Espagne transitèrent ou se fixèrent à Alicante pour deux raisons essentielles: la proximité géographique de l'Algérie et les contacts familiaux qu'un grand nombre d'entre eux entretenaient avec cette province.

- D'Oran à Alicante, la distance est approximativement de 300 kms soit 12 heures environ de navigation. Même si Almeria ou Murcia sont un peu plus proches, les relations avec Alicante ont toujours été plus fortes.

- Les paysages, les villes, les coutumes, le climat, la luminosité de la région d'Alicante sont ceux d'Afrique du Nord et de l'Oranie en particulier. Cette similitude avec l'ambiance oranaise, très rare de par le monde, ne se retrouvait pas en France métropolitaine.

- Pour une large part d'Oranais, d'origine espagnole, il s'agissait aussi d'un retour aux sources. Les origines de 1a colonie espagnole en Algérie sont antérieures à l'arrivée des Français en 1830 et la région d'Alicante avait fourni dans le passé de nombreux immigrant vers l'Oranie, en particulier pour des raisons économiques et politiques.

- Notons enfin que pour un certain nombre de patriotes pieds-noirs qui s'étaient personnellement engagés pour la défense de l'Algérie française, et donc rebelles à la politique française d'abandon de l'Algérie, il apparaissait plus logique et raisonnable de rejoindre l'Espagne plutôt que la France.

 

L'intégration des immigrants pieds-noirs à Alicante

Les Pieds-Noirs ramenèrent avec eux savoir-faire, coutumes et une volonté laborieuse caractéristique du monde colonial.

La ruée vers Alicante se produisit essentiellement par mer dans la seconde quinzaine de juin 1962, aux moment les plus dramatiques de l'évacuation d'Algérie. Alicante restera la sortie de secours, du dernier moment, pour beaucoup d'Oranais. De nombreuses petites embarcations rejoindront les côtes de la région d'Alicante sans qu'on puisse précisément déterminer leur nombre. En revanche, les paquebots Victoria et Vierge d'Afrique de la Compagnie Méditerranéenne rejoignirent Cartagène et Alicante avec 4.700 passagers. Le nombre de passagers transportés par le Sidi Mabrouk et le Si! Okba n'est pas connu.

Les cahiers des autorités portuaire antérieurs à 1981 ayant été détruits, il est impossible de connaître précisément nombre de passagers qui débarquèrent Alicante. Différentes sources confortent l'idée que la ville d'Alicante aurait accueilli 28.000 Pieds-Noirs, la province d'Alicante 35.000 et l'Espagne entière 50.000, la plupart oranais.

Il apparaît que le jour d'arrivée au port d'Alicante le plus chargé fut le 29 juin 1962 avec l'accostage du Victoria comptant 2.200 personnes en provenance d'Oran, ce qui fit la une du journal "Information" du 1er juillet 62 avec de nombreuses photos. Les autorités se mobilisèrent bien mieux qu'elles ne le firent en France. Des ambulances accueillirent les malades. Chaque nouvel arrivant trouva un point d'accueil, soit auprès de familiers ou d'amis, soit dans les hôtels ou pensions de la ville.

Le logis et le travail ne furent pas de graves problèmes pour les nouveaux arrivants. Cependant, une des premières préoccupations de la communauté pied noire fut d'assurer un enseignement français aux enfants. Une minorité opta pour le système scolaire espagnol, malgré le problème de la langue pour ceux qui parlaient plus le français ou le valencien que le castillan.

Vers 1965, un couple de Pieds-Noirs créa une école dans le quartier Sainte Isabelle, sans obtenir la reconnaissance officielle du Ministère de l'Education nationale français, le principal obstacle étant que les fondateurs n'étaient pas enseignants de formation et ce bien que l'école comptât cinq professeurs supplémentaires et une cinquantaine d'élèves entre 3 et 14 ans.

Par ailleurs, le Lycée Français d'Alicante commença par être en 1962 la Nouvelle École Française, installée d'abord dans la rue Saint Vincent puis dans le quartier de Vista Hermosa. Sous l'impulsion d'un homme d'affaires, Charles Pradel, le collège s'agrandit. Le gouvernement français rechigna à reconnaître officiellement un centre fondé et porté par des Pieds-Noirs. L'épouse de Pierre Lagaillarde, le leader de la semaine des barricades d'Alger, fut professeur dans ce collège et, jusqu'en 1973, chaque classe portait le nom d'un leader OAS.

En 1972, après des années de négociations, se constitua une société semi publique: la "Mission laïque" qui racheta le collège et s'assura ensuite la reconnaissance indirecte du gouvernement français.

Le Lycée français accueillit dès lors, chaque année, 1.200 élèves en majorité espagnols.

 

Les autres formes d'activités sociales

- Fin 1965, apparut l'édition d'un hebdomadaire des Pieds-Noirs d'Alicante: "Le Courrier du Soleil", qui tira à 15.000 exemplaires. Cette édition en français donnait des nouvelles de la communauté et comportait des articles d'actualité sur la mode, le sport, une rubrique humoristique, des publicités et une part importante d'annonces immobilières. On put y lire une interview de Max Michel, un boxeur pied-noir installé à Alicante. Une autre de Pierre Garica, "el emigrante" torero pied-noir, et tant d'autres interviews pour illustrer la variété et la modernité de la société pied-noire d'Alicante.

Certains ont pu reprocher à cette parution deux travers: celui de ne pas s'ouvrir au public espagnol, en se cantonnant quasi exclusivement au monde pied-noir, et celui de s'être écarté d'une ligne apolitique pour devenir un support polémiste et militant. Le dernier numéro du "Courrier du Soleil" fut publié le 21 mars 1967.

- Quant aux associations de Pieds-Noirs d'Alicante, elles ont souffert du syndrome de la désunion et du manque de cohésion.

Notons la création de "L'Association de bienfaisance aux Français", en 1968; "Le Cercle algérianise d'Alicante", en 1974; "L'Association des Anciens d'Afrique du Nord", en 1984; "l'Association des Anciens Combattants d'Afrique du Nord"; "L'Union des Français".

Au-delà des difficultés classiques que rencontre toute structure sociale destinée à conforter telle ou telle communauté, les Pieds-Noirs d'Alicante, leurs enfants, leurs petits-enfants, restent partagés entre le souhait d'intégrer pleinement la modernité espagnole et celui de préserver des valeurs ancrées dans notre culture.

 

l'ECHO DE l'ORANIE 335 1 JUILLET-AOÛT 2011

 

  Juin 1.973:

 Un rapport de la banque mondiale, commentant un rapport du FAO indique que l'algérie est le pays ayant eu la régression de sa production agricole la plus forte de tous les pays sur les dix dernières années (c'est à dire en partant du très bas niveau de 1962).

 

30 Août 1973:

Le poète Jean Senac, pied noir pro FLN (et pas seulement en pensées) un des rares à avoir obtenu la nationalité algérienne est assassiné à Alger.

 

3 juin 1974

Messali hadj meurt à Paris, sans avoir pu revoir son pays.

 

20 Juin 1974 :

Nouvelle loi d'amnistie, elle est plus générale que la précédente (De gaulle n'est plus là).

 

Mi 1974 (sans doute le 10 avril)

Le président algérien Houari Boumedienne déclare dans un discours à l'ONU: «Un jour, des millions d'hommes quitteront l'hémisphère sud pour aller dans l'hémisphère nord. Et ils n'iront pas là-bas en tant qu'amis, parce qu'ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire».

 

 28 septembre 1974:

Grève de la faim de harkis en l'église de la Madeleine. "A l'entrée de la crypte de l'église de la Madeleine, à Paris, un placard de mauvais carton est cloué sur le mur de pierre. En lettres inégales une inscription attire le regard: Grève de la faim illimitée entamée le 4-9-74. Six Français-musulmans engagent cette action au risque de leur vie pour faire valoir leurs droits et ceux de leurs pairs. Apportez votre soutien ", note G. Fleury.

D'autres grèves de la faim éclatent en novembre dans l'Ouest, le Nord, l'Est et le Sud-Est.

 

Mars 1975:

Grève lancée au niveau international à Genève, puis à Évian le 19 mars 1975, date anniversaire de la signature des "accords" d'Évian. But: alerter la presse et l'opinion internationale. Ces grèves de la faim qui se succèdent sans interruption de septembre 1974 jusqu'à "l'explosion" de la révolte de l'été 1975 ont un objectif précis: révéler à l'opinion publique le drame harki. Un drame en quatre actes: trahison, abandon, exil et oubli. Un drame qui est désormais symbolisé par ce terrible slogan:

Après la trahison l' abandon

Après l' abandon l' exil

Après l'exil l'oubli.

Agitation dans les camps de Bias et Saintl'Ardoise (avril-mai-juin 1975). Si les grèves de la faim ont sensibilisé une large frange de l'opinion publique et la presse, en revanche il n'y a aucune réaction officielle de la part des pouvoirs publics, qui spéculent sur la lassitude des manifestants.

C'est au camp de Bias que jaillit le mouvement de révolte qui embrase, comme une traînée de poudre, d'abord les camps de Saint-Maurice-l'Ardoise, Saint-Laurent-des-Arbres (souvent appelé Saint-Laurent-des-Arabes par les insurgés), Rivesaltes, et ensuite les hameaux forestiers.

A la tête de la CFMRAA, Confédération des Français musulmans rapatriés d'Algérie et leurs amis, qu'il crée en avril 1973, M'hamed Laradji est "l'homme de la révolte" et réussit notamment à cristalliser la colère des jeunes grâce au dynamisme de son engagement et à sa présence tous azimuts.

"De janvier à mars 1974, la CFMRAA est à l'initiative d'une première vague de grèves de la faim. En août, M'hamed Laradji en entame une à Évreux, bientôt suivi par une dizaine de supplétifs à Evreux, Roubaix, Lille, Longwy, Marseille et Saint-Etienne ...

 

Mars 1975:

Nouvelle grève de la faim, à Évian cette fois, avec conférence de presse le 19 mars, jour anniversaire du cessez-le-feu. Cette année-là, le départ d'Ahmed Djebour pour le Liban permit à M'hamed Laradji d'affirmer son leadership et fournit à la CFMRAA l'opportunité de s'imposer comme seul représentant des Français-musulmans. [ ... ] Forte de son influence la CFMRAA va s'engager en 1975 dans de nouvelles formes d'action." (M.Roux, les harkis, les oubliés de l'Histoire")

 

Après la série de grèves de la faim, Laradji entreprend d'étendre son mouvement et de le porter au sein même des camps, ces "réserves d'Indiens ", en commençant par Bias, le camp symbole de la relégation et de l'enfermement des Harkis.

 

7 mai 1975:

Bias. "Dès qu'il [Laradji] arriva, un climat d'émeute se répandit dans le camp. Très vite, la situation était devenue incontrôlable. Tous les jeunes circulaient et hurlaient dans les ruelles. Une heure plus tard, l'administration était évacuée, les bureaux occupés, le camp était aux mains des insurgés... Cette aventure n'allait plus durer trois jours ni trois semaines, mais bel et bien trois mois. Trois mois de rébellion générale dans le cadre hallucinant de ces camps. La discussion s'engagea entre une administration qui voulait revenir en force ... et maintenir à tout prix le fonctionnement des camps et les Harkis exigeant la suppression pure et simple de ce ghetto On passait des pétitions aux menaces, des menaces à l'autodéfense armée: la guérilla s'était installée. Les fusils de chasse refaisaient leur apparition ... comme là-bas. Si le téléphone officiel était supprimé avec l'administration, le téléphone arabe, lui, fort heureusement, fonctionnait bien ... La nouvelle du soulèvement de Bias avait parcouru les autres camps, de Rivesaltes à Albi, de Fréjus à Saint-Maurice-l'Ardoise", raconte Moinet ("Ahmed, connaîs pas ...")

 

19 mai 1975:

Occupation du camp de Saint-Maurice-l'Ardoise. Après Bias, Laradji se porta à Saint-Maurice-l'Ardoise où il envahit, en compagnie des jeunes du camp, le bureau du directeur. Dans la foulée, sont occupés les bâtiments administratifs.

"Soudain, se produisit un hooling-drop: ce phénomène de psychologie de masse si particulier, bien connu dans de semblables circonstances et correspondant à une sorte de décompression et d'explosion collectives. En quelques minutes, hommes, femmes, enfants, vieillards, toute la population entre en transe. Hurlements, sifflements et you-you, incantations et prières montaient dans la nuit ... Les enfants, déchaînés et braillant, se sont dirigés vers le bureau du chef de camp et l'ont dévasté en quelques minutes ...

"Symboliquement, le fauteuil directorial est occupé par un enfant qui y demeure assis pendant deux ou trois minutes. Un tour est établi. Un autre garçon s'assied dans le fauteuil, et ainsi durant des heures sans discontinuer jusqu'à ce que chacun de ces gamins de six à seize ans ait pu siéger, au moins une fois, à la place du chef. .. Ce n'est pas l'homme en soi qui est fustigé. C'est le pouvoir. Le pouvoir qui a laissé se perpétrer un état de faits, une situation dégradante pour nous tousooo" (Moinet, "Ahmed, connais pas...")

L'oppression, sous toutes ses formes, génère immanquablement la révolte. Laradji et ses compagnons expriment la même exigence qu'à Bias: la suppression des "camps de la honte".

Devant l'ampleur du mouvement de soulèvement, le gouvernement décide la création d'une "Commission interministérielle permanente pour les rapatriés d'origine nord-africaine", présidée par le ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski. Le préfet Mahdi Belhaddad est nommé vice-président.

Mais le mouvement de soulèvement général continue et s'amplifie.

 

17 juin 1975:

Prise d'otages au Conseil d'État à Paris. Afin "d'attirer l'attention de l'opinion publique sur le problème de la communauté harki en général et en particulier sur les conditions de vie quasi militaires de ceux qui se sont installés aux camps de Saint-Maurice-l'Ardoise et de Bias", quatre Harkis sans armes prennent en otage le colonel Deluc, secrétaire général du Comité national pour les musulmans français et une secrétaire qui sont séquestrés pendant quelques heures.

 

19 juin 1975:

Quatre fils de Harkis de Saint Laurent des Arbres (Gard) prennent en otage le gestionnaire du camp de Saint-Maurice-l'Ardoise. Motif: "Ils ne veulent plus être parqués dans le camp de la honte." M. Langlet est libéré après que la gendarmerie a renoncé à donner l'assaut à la mairie où se sont réfugiés les jeunes révoltés.

 

6 août 1975:

Répliquant au gouvernement algérien qui retient arbitrairement le fils d'un Harki, le jeune Borzani Kradaoui, âgé de sept ans, en vacances à Oran avec sa mère, une dizaine de Harkis du camp de Saint-Maurice-l'Ardoise prennent en otage quatre ouvriers algériens. Le commando dont Laradji se fait le porte-parole exige "la libération immédiate du jeune Borzani détenu arbitrairement par le gouvernement algérien".

 

8 août 1975:

Le gouvernement algérien s'incline. Le petit Borzani retrouve ses parents à l'aéroport de Toulouse. Les deux enfants d'un autre Harki, Ramdane Ramdani, également retenus par Alger, arrivent le lendemain à l'aéroport d'Orly. Les ouvriers algériens retenus en otages sont libérés.

 

16 août 1975:

Nouvelle prise d'otages. Un commando harki enlève les responsables de l'Amicale des Algériens en Europe pour la région stéphanoise, M. Djelloul Belfadel. Dans un communiqué, les Harkis exposent les objectifs de leur action:

o Obtenir que le gouvernement français engage d'urgence des discussions avec Alger pour garantir la liberté de circulation entre les deux pays pour tous les Harkis, chaque fois qu'ils le désirent;

o Obtenir le rapatriement des familles de Harkis restées en Algérie;

o Mettre fin aux exactions dont ils sont l'objet de la part d'agents du FLN.

 

M. Belfadel est relâché sain et sauf deux jours plus tard.

Face à l'ampleur du mouvement de révolte, le gouvernement semble prendre conscience de la situation scandaleuse de la communauté harki qui est examinée lors du Conseil des ministres du 6 avril 1975, à l'issue duquel est diffusé un communiqué: "Les manifestants et autres grèves de la faim des anciens Harkis, des militaires musulmans ayant servi dans les milices supplétives du temps de la guerre d'Algérie, ont tant défrayé la chronique au cours des dernières années que le gouvernement ne pouvait rester plus longtemps insensible aux revendications de ces anciens soldats mal assimilés, regroupés dans des camps- ne bénéficiant que d'un confort des plus rudimentaires.

"Voilà plusieurs mois déjà, une mission parlementaire, conduite par M. Mario Besnard, député UDR du Var, avait été chargée d'enquêter sur les conditions de vie de ces 20000 à 22000 hommes dans les deux cités d'accueil de Saint-Maurice-l'Ardoise et de Bias ... Une commission permanente avait ensuite été constituée. Et puis, plus rien!

"M. Giscard d'Estaing a déploré hier, en des termes assez vifs, l'inertie et la lenteur administrative en la matière et a demandé que tout soit mis en oeuvre pour que ces camps soient supprimés avant la fin de 1976. Avant cette date sera élaborée une politique dont l'esprit, les orientations et les moyens ont été approuvés par le gouvernement. Cette politique reprend en fait les deux principales lignes d'action proposées par la commission présidée par M. Poniatowski: "complète intégration" et "conditions d'existence normales" pour la population regroupée dans les camps et hameaux de forestage, amélioration de l'assimilation des 300000 rapatriés d'origine musulmane vivant en milieu ouvert.

"Le gouvernement s'est, par ailleurs, engagé à mettre en place dans les délais les plus brefs, les moyens administratifs et financiers nécessaires pour favoriser la formation professionnelle et l'aide à l'emploi des enfants de Harkis, le logement et la réinstallation des familles logées dans les camps, ainsi que l'indemnisation des années de captivité.

"Sur la demande du chef de l'État l'application de ces mesures donnera lieu à un bilan au cours d'un des conseils de l'année."

Treize années d'enfermement, une année de grèves de la faim, de prises d'otages et de mouvements de révolte débouchent sur ... un communiqué diffusé à l'issue d'un Conseil des ministres, en guise de "nouvelle" politique dite de déconcentration.

Est-ce la vraie réponse aux cris de désespoir et de révolte d'une population contrainte de braver la loi pour prouver son existence?

Est-ce le début de la reconnaissance de la nation? Est-ce enfin, le commencement de la fin de l'oubli?

" Tous, alors, l'ont espéré. Ahmed comme les autres. Un court instant. Le temps d'y croire!."

Toute l'histoire de la révolte des harkis est reprise de: Abd-el-Aziz Méliani, "Le drame des Harkis", ISBN 2-262-01035-8

 

24 Décembre 1976 :

L'ancien ministre, grand nom de l'histoire de france, Jean de Broglie est assassiné devant son domicile. Il avait au titre de son secrétariat d'état au Sahara participé aux négociations d'Evian. L'assassinat de de Broglie n'a jamais été élucidé. On murmure qu'il avait abandonné la politique pour les affaires avec ses anciens interlocuteurs FLN, sans doute avait-il oublié leur caractéristique essentielle, l'assassinat. 

 

21 avril 1977 

Le service historique des armées écrit au premier ministre qu'il n'a rien sur les harkis, ICI.

 

3 juillet 1977 :

 Ben Khedda se confie dans son livre " l'algérie à l'indépendance, la crise de 1962 ".

"Les algériens n'ont pas battu la France par les armes, mais grâce à la foi, qui a joué un rôle prépondérant.(...) l'algérie est devenue entièrement libre la meilleure preuve en est la nationalisation des terres en 1963, des mines en 1966, des unités industrielles en 68, du pétrole en 71, l'évacuation de Mers El Kebir en 68, neuf ans avant la date prévue. (...) nous avons en algérie 30.000 binationaux qui (...) défendent leurs intérêts, à l'image des pieds noirs pendant la colonisation. "

 

27 Décembre 1977 :

Le dictateur de l'algérie, Houari Boumedienne meurt d'un cancer, tout le monde espère que cela marquera un changement profond. Il n'en sera rien, les militaires ont soigneusement bouclé le pouvoir.

 

  7 Février 1978 :

 A la mort de Boumedienne, l'armée "populaire " nomme comme président Bendjelil, le militaire le plus âgé dans le grade le plus élevé, enterrant la démocratie algérienne qui n'a ainsi vécu que 42 jours (depuis la mort de Boumedienne)

 

19 Mars 1982:

Dans le figaro, Louis Joxe écrit: "Nous n'avions jamais pensé que les français d'algérie puisse partir".

Incroyable aveu d'incompétence de celui qui fût le responsable de ce drame, et qui a refusé (et semble-t-il jusqu'à sa mort) de voir le FLN pour ce qu'il est, une organisation raciste, xénophobe et sans scrupule. Ou alors il continue à maintenir le mythe que s'ils l'avaient voulu les pieds noirs auraient pu rester?

 

3 Décembre 1982 :

 Les socialos- communistes font voter une loi d'amnistie (conformément aux promesses du candidat Mitterand) qui rend leur honneur et leur revenus aux condamnés de l'algérie française, reconnaissant implicitement que leur combat fût un combat pour la france sans arrière pensées politiques plus ou moins insurrectionnelles. Et qu'il était, au fond, justifié.

Vingt ans et six mois après la fin des événements, les gaullistes ont la rancune tenace.

 

   8 Mai 1983 :

Mitterand marque l'attachement qu'il porte aux généraux républicains en associant le boucher d'Oran le général Katz, à la cérémonie officielle. C'est autour de cette date que deux pieds noirs enlevés à Oran le 5 juillet 62 décèdent miséricordieusement dans le grand sud, près de Tamanrasset, traînés de douar en douar et traités en esclaves depuis 20 ans.

 

  21 Janvier 1987 :

 Un communiqué officiel de la croix rouge internationale, daté de Genève annonce que " selon des sources sûres, 500 à 700 français disparus en algérie en 1962 seraient toujours détenus dans des camps ".

Matignon dément au bout de quelques jours, publie un communiqué comme quoi "à la connaissance tant du gouvernement français que du gouvernement algérien, aucun ressortissant français n'est détenu en algérie".

La croix rouge publie une mise au point embrouillée, d'où il ressort essentiellement que le communiqué n'était pas émis par une personne officiellement autorisée à communiquer. Mais elle ne dit pas que le contenu du communiqué est faux. Plus tard il apparaît que ce communiqué est un faux. Messieurs lM. et M.L. ont été exclus de l'Association de défense des droits des rapatriés d'Algérie (ADDFA) en raison de leur conduite intéressée et équivoque

 

21 Août 1.987 :

Il serait sans aucun doute naïf de croire que l'humanisme ou le respect du droit avaient beaucoup de prise sur l'esprit de Boumedienne et de Ben Bella. Ce dernier a déclaré dans l'émission de France-Culture, réalisée par Patrice Gélinet, le 21 août 1987 qu'il n'imaginait pas qu'une Algérie indépendante pût continuer d'abriter tant d'Européens. "Je ne pouvais pas concevoir", a-t-il dit, "une Algérie avec un million 500.000 (sic) pieds-noirs, ce n'est pas un acte de rejet, je vous assure, les pieds-noirs, moi, je pense qu'ils ont été victimes, - j'ai des amis parmi les pieds-noirs -, mais, lucidement, je ne voyais pas le projet de l'algérie que j'avais, que je portais en moi, d'une Algérie révolutionnaire, d'une Algérie qui avait des options socialistes, qui allait combattre l'impérialisme, ..on ne pouvait pas l'envisager avec un système de Rhodésie".

 

5 Octobre 1988:

Le couvercle de la marmite devait sauter le 5 octobre 1988 avec les manifestations violentes des jeunes dans une ville d'Alger en pleine effervescence. C'est là, et il est important de ne pas l'oublier, que se situe la première révolution post-coloniale d'un pays arabe, vingt-deux ans avant la révolution tunisienne, point de départ de l'actuel embrasement des pays musulmans.

En ce 5 octobre en effet une manifestation de masse se heurta à une répression impitoyable, féroce, inhumaine, menée par le président Chadli, colonel dans l'armée algérienne. Dans cette répression, aux policiers et aux fantassins se sont ajoutés des blindés légers équipés de mitrailleuses.

En quelques heures, les tirs, en particulier des armes automatiques qui creusaient des alignements de corps ensanglantés, allaient trucider 500 à 600 manifestants, histoire sans doute de leur apprendre à vivre. En outre, bien des manifestants ont été emprisonnés et un certain nombre d'entre eux suppliciés.

Si un tel carnage avait été commis par une puissance occidentale, celle-ci eût été traînée devant les instances internationales des Droits de l'Homme et de l'ONU. Ou plus simplement, devant une bastonnade d'un Arabe dans un commissariat, tous les médias français bien pensants auraient clamé leur indignation scandalisée. Mais là l'assassin étant le EL.N., l'affaire est passée comme une lettre à la poste. Notons enfin que le Front Islamique du Salut (ELS.) fut le protagoniste le plus actif dans la préparation de la manifestation. L'avenir allait démontrer qu'il allait en être le principal bénéficiaire.

 

LE POST-5 OCTOBRE 1988

Eh bien, que croyez-vous qu'il arrivât après cette journée tragique digne des pires régimes totalitaires? Le même parti unique est resté au pouvoir, y compris le fameux président Chadli, responsable du massacre. A la suite de l'événement, des optimistes cependant nous parlent de réformes démocratiques (sic) sans précédent dans le monde arabe: multipartisme, liberté d'association - dont le ELS., le Parti Communiste, le M.DA de Ben Bella, etc. -, ouverture du champ médiatique jusque-là contrôlé par le régime et encouragements à la création de journaux indépendants. On a alors assisté à la floraison d'une multitude de partis - on parle d'une cinquantaine - dont les ébats et les débats, les discours et la pagaille, n'ont pas eu tendance à renforcer une image attrayante de cet élément de base de la démocratie que sont les partis politiques ...

Anticipons sur la suite en rappelant qu'un texte de juillet 1989 interdisait la constitution de tout parti sur une base religieuse, ethnique ou linguistique: par ces trois seuls mots le pouvoir dévoilait sa méfiance à l'égard tant des islamistes que ... des Kabyles.

Bien entendu les massacres du 5 octobre n'avaient pas suffi pour faire disparaître les maux sociétaux dont souffrait l'Algérie:crises économiques particulièrement sévères qui ont amené, ici ou là, des émeutes de la population. Ainsi en 1993, l'Algérie sombra dans l'anarchie et dans la violence. La fuite vers la France demeurait la solution préférée ...

LA TENTATION DU RECOURS À L'ISLAM ET LA GUERRE CIVILE

En réalité, dans la société les répercussions de cette journée de massacre furent profondes: le peuple algérien a renoncé à l'action révolutionnaire qui avait si mal réussi aux jeunes qui s'y étaient essayés. Devant la vacuité complète du monde politique, de nombreux Algériens semblent s'être tournés vers l'islam. On peut au moins en juger sur le fait que le Front Islamique du Salut (ELS.), organisation islamiste dotée d'une branche armée, l'Armée Islamique du Salut (A.LS.), venait en tête du premier tour des élections législatives décrétées par Chedli le 26 décembre 1991, trois ans après le massacre.

Le président, décidément inamovible, prit alors la décision d'interrompre les élections qui ne devaient jamais avoir de second tour. Il décidait de garder un pouvoir dictatorial. On sait que le ELS. ne l'entendit pas de cette oreille, et janvier 1992 marque le début de cette interminable guerre civile entre, d'une part, le pouvoir et l'armée algérienne - consubstantiels l'un à l'autre - et, d'autre part, les islamistes qui souvent tiennent le bled, terrorisent les villes, et engendrent les sentiments les plus divers dans la population ...

Depuis cet éclatement, la guerre entre l'armée algérienne et les islamistes a connu des phases de rémission relative. Il y a eu des amnisties plus ou moins générales destinées à amadouer les fanatiques les moins fanatisés. Mais en fait, de part et d'autre, on n'a jamais renoncé au recours aux armes.

Georges Dilinger dans la lettre de veritas mars avril 2012

 

Début des années 90:

Le Général Maurice Faivre, dans son livre, Un village de harkis l'Harmattan, ISBN: 2-7384-2938-6 dans lequel il raconte l'histoire de son ancienne harka, fait le point de l'évolution de celle-ci au début des années 90.

Les témoignages des pages précédentes évoquent l'expatriation des harkis de l'Oued Berd. Un tout petit nombre s'est réfugié à Sétif, sous la protection du colonel André, avant l'indépendance. Les autres se sont enfuis après le début du massacre et se sont débrouillés, individuellement en général, pour prendre un avion ou un bateau à Alger ou à Bône. On a ICI quelques témoignages.

Une fois en France, ceux de l'Oued Berd ont rejoint les banlieues de Paris où certains avaient déjà travaillé, et où ils pensaient trouver un emploi et un logement. Ceux de Tizi N'Bechar ou Berbès ont gagné la banlieue lyonnaise. Les premiers arrivés à Choisy-le-Roi n'ont pas trouvé à se loger, ils ont campé sur les bords de la Seine, couchant dans des tuyauteries de béton des Travaux publics. Puis ils ont réussi à se regrouper et ont occupé au centre-ville le hangar d'un chantier abandonné, envahi par les rats.

Non accueillis par la municipalité, ni par la population française, ils se sont trouvés confrontés à une importante immigration algérienne, inféodée au FLN, et ont dû assurer leur auto-défense, comme si la guerre continuait. Montant la garde autour de leur cantonnement, se déplaçant en groupe, ils ont heureusement bénéficié du soutien du Commissariat de Choisy, et de l'aide de la Préfecture de Police, où le Préfet Maurice Papon avait maintenu en place le Service d'Assistance technique (SAT), animé par des officiers des Affaires musulmanes et des assistantes sociales d'un grand dévouement. Au Commissariat de la rue Dante, le capitaine Labattut et Madame Mahut leur ont facilité les formalités administratives et leur ont permis de retrouver leur capitaine de 1960-61. La protection de la Police n'a pas empêché des accrochages avec des compatriotes qui avaient participé au massacre, ou qui refusaient de les recevoir dans leur débit de boissons. Quelques-uns se retrouvèrent à la prison de la Santé et durent comparaître devant un Tribunal correctionnel heureusement bienveillant.

Apprenant leur présence à Choisy, leurs camarades réfugiés à Saint-Denis les rejoignirent. La harka était reconstituée. Trouvant du travail dans les chantiers du bâtiment, ils s'installèrent ensuite dans un HLM sans fenêtres ni électricité, dont la construction avait été abandonnée, et où ils bricolèrent des portes en contre-plaqué et des conduites d'eau en plastique. Quand la construction de l'immeuble fut reprise, l'entrepreneur les logea dans des baraquements où ils disposaient d'un meilleur confort, jusqu'à ce que le maire de Dreux, Georges Rastel (successeur de M. Violette), fit état des besoins en main d'oeuvre de sa commune, et de la possibilité de logements provisoires, en attendant que la Sonacotra construise des HLM sur un terrain cédé par la Mairie.

Au-delà des difficultés de leur installation matérielle, il n'est pas besoin d'insister sur la misère morale dans laquelle ils se trouvaient, à la suite du massacre de leurs camarades, de l'abandon dans lequel ils avaient été contraints de laisser leur famille, en raison aussi de la haine rencontrée dans le regard de leurs compatriotes immigrés. Leur première préoccupation fut ainsi de venir en aide à leurs proches, en leur envoyant des nouvelles et de l'argent, et en s'employant à les rapatrier.

Une seule famille avait suivi, elle se trouvait au camp de Saint Maurice l'Ardoise en octobre 1962 et avait ensuite rejoint le HLM de Choisy-le-Roi. Pour les autres, l'entreprise n'était pas facile, les garnisons françaises les plus proches étant peu à peu évacuées: Sétif le 1er juillet, Bougie le 31 décembre 1963. Il n'était pas possible aux épouses et aux vieux parents de rejoindre une caserne française et d'y être accueillis. Les harkis eux-mêmes eurent l'astuce de trouver une solution, mise au point comme une évasion de prisonnier. Le frère d'un harki, installé en France depuis plusieurs années, et qui ne s'était pas engagé dans le camp français, accepta de faire plusieurs voyages en petite Kabylie pour ramener les familles. Nous l'appellerons Amar pour ne pas le compromettre. Voici comment il procédait. Muni de tous les papiers exigés par le Commandant supérieur: attestation de services, demande du harki indiquant la composition de sa famille, certificat d'hébergement en métropole, Amar demandait à un commerçant de Kerrata de l'aider à déménager sa famille. A la tombée de la nuit, le commerçant se présentait au pied de Beni Dracene, cinq ou six familles étaient entassées dans son camion, qui roulant de nuit les amenait à la caserne de Bougie. Hébergées par l'armée, elles étaient ensuite transportées par hélicoptère sur un navire de guerre qui croisait au large, et se retrouvaient le lendemain au camp de Rivesaltes. Cette évasion comportait donc un baptême de l'air et une traversée maritime, aventure inédite et inoubliable pour des montagnards qui n'avaient jamais vu la mer.

La situation se compliqua en 1964 lorsque la garnison de Bougie fut évacuée. Il fallait alors rouler toute la nuit et amener les familles à Alger, et plus précisément au camp de regroupement de Zéralda. Or il arriva qu'un officier, méfiant au vu des papiers d'Amar. refusa d'accueillir les familles, qui se trouvèrent à l'abandon dans la forêt proche de Zéralda. Il fallut l'intervention du capitaine F. auprès du corps d'armée d'Alger pour que ces familles soient enfin acceptées. La situation de l'Algérie s'étant un peu normalisée, les dernières familles furent récupérées par l'intermédiaire de la Croix Rouge, et transférées à Rivesaltes, où chaque week-end les harkis venaient leur rendre visite. Mais le séjour dans le camp de Rivesaltes ne dura pas. 16 familles rejoignirent le HLM de Choisy. Le 24 décembre 1963, six d'entre elles s'installent à la Cité Prodhomme de Dreux, et en janvier 1964 six autres à la Cité Haricot. A partir du mois d'août, le regroupement familial put se faire dans les logements Sonacotra construits rue Murger Bardin.

Voici comment Françoise Gaspard, qui a succédé à M. Rastel à la mairie de Dreux, relate cette installation:

"Le pouvoir municipal, soucieux de maintenir le courant d'implantation industrielle, a lui-même recherché des solutions au déficit en hommes. Il s'en est présentée une, en 1962 ( en fait fin 1963). Parmi les Français d'algérie, une catégorie composée d'avantage d'exilés que de rapatriés - au sens propre - trouve difficilement des lieux d'accueil dans l'hexagone: les anciens harkis et moghaznis. Ces supplétifs de l'armée ou de l'administration française, de culture musulmane, étaient menacés de mort, d'emprisonnement ou de bannissement civil par le nouvel Etat algérien qui les considérait comme des collaborateurs de la colonisation.

Ceux qui pouvaient quitter l'algérie se voyaient accorder la nationalité française: pouvait-on faire moins à l'égard de ces hommes qui avaient servi la France? Et qu'on avait compromis en les engageant dans la guerre? Mais alors que, dans les premiers mois au moins, les pieds noirs européens rencontrent la solidarité de la métropole, rares sont les municipalités prêtes à recevoir de gaieté de coeur les musulmans devenus Français. Et voilà ces derniers hâtivement parqués dans des camps de transit. Dreux voit dans ces hommes arrachés à leur terre, jeunes, de nationalité française, un apport inespéré de main d'oeuvre. La mairie accorde un terrain à la Sonacotra, organisme semi-public de construction de logements pour les travailleurs. Quelques deux cents appartements sont construits à la hâte pour loger les harkis. Ceux-ci s'installent dans ces immeubles en forme de "barres" édifiés aux marges de la ville en 1963, dans l'indifférence générale et sans que quiconque se préoccupe de les accueillir ou de connaître leur histoire. Le seul contact qu'ils entretiennent avec la France et ses institutions passe par un officier qui a commandé une partie d'entre eux en Algérie et qui estime de son devoir de ne pas abandonner ces familles. S'il y eut jamais un ghetto à Dreux, au sens exact du terme, ce fut bien celui-là où, pendant plus d'une dizaine d'années une population meurtrie par une guerre de décolonisation qui fut aussi une guerre civile, vécut resserrée sur elle-même, cultivant son malheur, ses particularismes et ses conflits internes sans aucun lien avec l'extérieur que l'usine pour les pères et l'école pour les enfants. Les femmes, elles, ne sortaient pas de 1a cité. Près de trente ans plus tard, nombre d'entre elles ne parleront toujours pas ou peu le français. Pour les habitants du centre de la ville, le Murger-Bardin, la cité des harkis, n'était rien de plus qu'un nom. Ils n'y allaient jamais. L'essentiel était que les habitants ne fassent pas parler d'eux. Lorsque le 11 novembre ou le 8 mai quelques anciens combattants nords africains "descendaient" en ville pour participer aux manifestations patriotiques avec leurs médailles gagnées à Monte Cassino, à Diên Biên Phu ou dans la lutte contre les maquis de l'oued Berd, leur présence provoquait un malaise. Lorsque, pour faire comme leurs compagnons d'armes, ils assistaient au banquet annuel, il arrivait que surviennent des incidents. La majorité de ces familles, sentant la lourde hostilité de la ville à leur égard, n'eut bientôt qu'une obsession: tenter d'oublier le cauchemar qui avait déchiré leur pays et leur fratrie au point de faire d'eux des réprouvés, permettre à leurs enfants de s'assimiler en leur donnant des prénoms chrétiens pour qu'ils se fondent dans le moule français. Ils voyaient bien que, quoique Français par la carte d'identité, quoique blessés dans leur chair et dans leur vie au nom du drapeau tricolore, les Drouais les regardaient comme des étrangers. Pis encore: ils les confondaient avec leurs adversaires d'hier, ces immigrés algériens qui arrivaient en masse, tous assimilés, à tort ou à raison, au FIN. Aux yeux de la population locale, ces harkis n'étaient que des "bicots", des "crouilles", bref des Arabes - eux qui pour le plus grand nombre, venaient de Kabylie et ne parlaient que le berbère...Ils étaient pourtant destinés à devenir, en même temps que Français, Drouais. Pour eux, tout rêve de retour était interdit".

Cette description misérabiliste de Françoise Gaspard mérite d'être nuancée. Il est vrai que les Drouais ne se sont pas intéressés aux harkis. Le clergé catholique en particulier a refusé de s'occuper des enfants, alors que certains parents auraient volontiers adopté "la religion de la France". En revanche deux Assistantes sociales, Mesdemoiselles Poirier et Guillaud, mises en place par les services chargés des Rapatriés, ont aidé les femmes à s'adapter, leur ont montré le chemin du dispensaire et de la maternité, et ont facilité les formalités administratives de tous. Le Capitaine Gylphé, affecté au Secrétariat d'Etat aux Rapatriés (rue de la Boétie), vint leur donner de précieux conseils que M'hamed le religieux n'a pas oubliés. Ils ont donc travaillé avec assiduité, et acquis une certaine aisance qui 20 ans plus tard a permis à 65% d'entre eux de quitter les HLM de Murger-Bardin et de devenir propriétaires de leur maison. Leurs enfants ont été scolarisés, certains ont réussi de brillantes études. Les naissances se sont multipliées, sans crainte de mortalité infantile. Ce furent donc pour les harkis de Dreux, "de bonnes années".

Il y aurait toute une étude sociologique à conduire pour analyser le développement de leur communauté, leur adaptation à la société de consommation, le maintien de certaines coutumes, la cohésion de la famille et du village reconstitué, l'évolution religieuse, les relations avec les autres communautés drouaises. Espérons que de jeunes ethnologues, enfants de harkis si possible, mèneront à bien ce travail, qui présente un intérêt scientifique certain.

A titre d'introduction à cette étude souhaitée, on se contentera ici d'indiquer les grandes lignes de l'évolution démographique des ressortissants de l'Oued Berd.

 

APERCU SUR L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DES HARKIS DE L'OUED BERD.

 

53 ex-supplétifs de l'Oued Berd (Kabylie des Babors - Sétif), rapatriés en 1962 à la suite du massacre de 42 de leurs frères, ont été installés à Dreux où ils ont rétabli les relations communautaires de leur village kabyle.

Leur population de 227 personnes nées en Algérie s'est agrandie à 718 personnes à la fin de 1992, soit une croissance exceptionnelle de 3,95% par an. Une analyse plus fine de cette évolution fait ressortir de notables différences de comportement entre la 1ère génération des anciens supplétifs, nés avant 1945, et la 2ème génération. A l'intérieur de cette dernière, les comportements "familiaux" évoluent à nouveau vers les années 1975. Sur 53 familles de 1ère génération, 42 étaient constituées en Algérie, dont 7 qui n'ont pas eu d'enfants en France. On notera la précocité des femmes au mariage (âge moyen de 17 ans 7 mois) et à la première maternité (19 ans 3 mois), et un espacement apparent des naissances de 3 ans, compte non tenu d'une mortalité infantile élevée, mais non mesurable.

Les 46 familles de 1ère génération ayant une descendance en France, dont 11 constituées à Dreux, ont une descendance finale très élevée de 9,13 enfants par femme, avec 24 familles de 10 à 14 enfants. L'âge des femmes au mariage et à la première maternité est resté précoce (âge moyen de 17 et 19 ans), cependant que l'intervalle entre les naissances était réduit à 2 ans 4 mois, et que 36% des femmes avaient des enfants après 40 ans.

Dix sept femmes ont 3 à 5 ou 6 maternités successives, espacées d'un an. 80% des naissances ont eu lieu de 19 à 38 ans pour les mariées précoces (mariées avant 20 ans), de 25 à 41 ans pour les mariées plus tardives. Les femmes les plus jeunes (nées après 1940) n'ont pas d'enfant au-delà de 39 ans, et leurs maternités se situent principalement entre 19 et 31 ans. Le comportement fécond de cette génération est à mettre en rapport avec l'aisance matérielle acquise par les hommes(il n'y a pas de chômage, et les allocations familiales améliorent le salaire), avec le confort des accouchements en maternité, et sans doute avec une réaction nataliste faisant suite aux pertes de la guerre.

Les familles sont très solidaires, les enfants majeurs restent à la maison; on ne compte que deux divorces et trois séparations pour ces 46 ménages. 90% des hommes ont épousé des femmes du village, 10% d'un village voisin, un seul a épousé une Drouaise de souche et un autre une rapatriée de Grande Kabylie. Deux vivent maritalement avec des maghrébines, après le décès ou l'abandon de leur première épouse.

Dans la 2ème génération (personnes nées de 1945 à 1974), les comportements se rapprochent de ceux des Français de métropole, de façon encore plus marquée pour les jeunes nés après 1955. Les 22 familles plus anciennes, constituées de 1965 à 1975, conservent une descendance élevée (4,72 enfants par femme), et une certaine précocité des filles au mariage et à la maternité (19 et 20 ans). Les naissances sont plus espacées (3 ans 1 mois), et se situent principalement (à plus de 60%) entre 19 et 29 ans. Les dernières maternités ont lieu en moyenne à 32 ans 2 mois, et aucune ne dépasse 38 ans. Cette génération ayant été initiée à la contraception vers les années 1970, on peut penser que la descendance des plus anciennes est pratiquement achevée. Les mariages en dehors du village augmentent, en majorité avec des maghrébines rapatriées. Les séparations sont rares et la mortalité infantile négligeable. Le taux de nuptialité reste élevé pour les garçons (95%), un peu moins pour les filles (91,6%)

Les femmes nées après 1955 (31 familles recensées) voient leur descendance diminuer jusqu'à un minimum de 1,6. Ce chiffre est provisoire, du fait que les maternités ne sont pas achevées, que de nouveaux mariages peuvent être conclus et des unions maritales régularisées. L'âge des femmes au mariage augmente sensiblement (22 ans). En revanche, l'intervalle entre les maternités diminue (2 ans 8 mois). Les mariages mixtes, hors du village, se multiplient pour les deux sexes et atteignent 76%. On observe enfin une importante réduction de la nuptialité: 5,7% seulement des garçons et des fïlles de 23 à 27 ans sont mariés. Dans certaines familles nombreuses, tous les enfants majeurs vivent encore avec leurs parents, sans prendre semble-t-il la part qui convient à l'entretien de la maison.

L'arrivée sur un marché du travail qui s'est considérablement rétréci, de 180 garçons et 160 filles (dont 140 sont célibataires) de 18 à 37 ans, rencontre de grosses difficultés d'emploi, dans une région où la population rapatriée et immigrée est particulièrement importante (1300 rapatriés d'autres régions d'Algérie -1000 Algériens immigrés -4000 Marocains -2000 Turcs - des Asiatiques en nombre croissant, pour une population drouaise de 30.000 habitants). Tandis que les hommes de la 1ère génération trouvaient des emplois d'ouvriers, dont un nombre important dans les services municipaux et hospitaliers, leurs enfants suivaient un cursus éducatif complet, qui a favorisé leur intégration dans la société française. Ils sont donc plus ambitieux, en particulier les filles. Si certains accusent des retards scolaires, d'autres réussissent remarquablement et environ 24% des classes d'âge accèdent aux études supérieures (Université, IUT, BTS).

Les emplois "qualifiés" sont cependant rares à Dreux; les uns hésitent à s'expatrier, d'autres refusent les stages sans débouché. Le taux de chômage pour les 21-26 ans s'élève ainsi à près de 30 %, alors qu'il est de 15% pour l'ensemble de la communauté des harkis de Dreux. Cette situation explique en partie la crise de la nuptialité.

En résumé, l'évolution démographique de cette petite communauté d'anciens harkis a suivi un cours peu ordinaire depuis son installation en France. La surfécondité de la 1ère génération, prolongée au-delà de la 40ème année, se conjugue avec la précocité de l'âge au mariage (17 ans et demi), et à un relatif étalement des naissances. Les habitudes fécondes du pays d'origine sont amplifiées par les avantages sociaux de la société de consommation. Les familles restent très unies et le village conserve une cohésion qui le différencie des autres communautés de rapatriés.

Une première rupture se produit avec la 2ème génération, à partir de 1965. La natalité, réduite de moitié, reste encore très importante. La moyenne des maternités est plus précoce (25 et 27 ans selon l'âge au mariage). Les naissances sont plus espacées et l'âge au mariage est retardé de deux ans. 29% des mariages se font en dehors du village. Les séparations sont rares.

Une deuxième rupture intervient vers 1975, marquée par une chute notable de la natalité, la multiplication des mariages mixtes et des unions maritales, et un inquiétant recul de la nuptialité. Les comportements natalistes et matrimoniaux se sont considérablement rapprochés de ceux des Français, sans que la communauté de l'Oued Berd ne perde de sa cohésion.

Société à part dans le pays drouais, elle manifeste, à l'occasion des mariages et des circoncisions, son unité et sa fidélité aux coutumes kabyles. Mais elle est confrontée à de graves difficultés: le sous-emploi des jeunes, la crise du mariage et la situation miséreuse des veuves chargées de famille.

 

Et la culture? 

En même temps que l'évolution démographique, cette analyse met en relief l'évolution des mentalités, sous la triple influence de l'école française, de la société de consommation, et des modèles répandus par la télévision. Elle pose en définitive le problème de l'évolution culturelle de cette communauté.

Les 12 hommes et les 18 femmes de 1ère génération, interrogés en mai 1.993 par Yamina Bouhadra, se disent influencés à 67% par la culture française, mais 80% se considèrent comme des "Algériens de nationalité française". 20% seulement se définissent comme Français musulmans.

Cet attachement à leur culture traditionnelle touche essentiellement le domaine de la religion. Alors qu'en petite Kabylie, ils ne pratiquaient que partiellement et superficiellement les cinq obligations coraniques, à Dreux ils sont revenus à la religion islamique, et 93% se déclarent fidèles à la chahada (affirmation répétée de la foi): Allah est Allah et Mohamed est son prophète, à la prière, à la charité, et au jeune du Ramadan.

68% se déclarent pour le maintien de la circoncision et des funérailles, la première considérée comme un rite de purification, marquant à la fois l'entrée dans l'Islam, le passage de l'enfance à l'âge de raison, et la consécration du mâle. Les funérailles sont l'occasion d'un rassemblement communautaire et d'une prière collective, récitée avec recueillement par les anciens, sous le regard des femmes et des jeunes. Un ancien s'est fait enterrer à Beni Dracene, mais les autres reposent dans un coin du cimetière de Dreux, sous de luxueux tombeaux de marbre, à la mode européenne. Les "Hadj" qui sont allés en pèlerinage à La Mecque sont unanimement respectés. Enfin, portant à la maison le costume traditionnel (gandoura ou mélia, longue robe multicolore serrée à la taille), et les bijoux d'or et d'argent, parlant kabyle, sortant peu en ville, sachant rouler le couscous, chanter et danser au son de la raïta, les femmes incarnent cette fidélité à la culture d'autrefois.

Le voyage au pays est un des symboles de cet attachement, en même temps qu'un premier signe de rupture.

Une partie des femmes se rendent dans l'oued Berd, pour y soigner de vieux parents et rendre visite à la famille non rapatriée. Elles sont heureuses de revoir leur beau pays, mais ne sont pas tentées d'y revenir définitivement. En outre, elles ne retrouvent pas le village qu'elles ont connu. La vingtaine de familles qui y demeurent ont abandonné les quartiers hauts du village et se sont regroupés autour de l'ancienne SAS et au bord de la route, dans des maisons en parpaings qui ne ressemblent pas à la mechta d'autrefois, et où ils bénéficient du confort de la civilisation moderne: eau courante, électricité, gaz butane, automobile, route goudronnée. On assiste ainsi, dans plusieurs régions d'Algérie, à la poursuite des regroupements (les mille villages), qui ont tellement été décriés il y a 30 ans.

Les enfants qui accompagnent leur mère à Beni Dracene n'en gardent pas un souvenir inoubliable. L'été dernier, la jeune Aïcha en est revenue définitivement déçue, elle n'y retournera pas.

D'autres, plus âgés, découvrent les réalités d'un pays qu'ils idéalisaient. C'est ainsi qu'en 1985, se sentant "étrangère au milieu des Français, rejetée, méprisée", l'étudiante I. "revendique son identité maghrébine. Elle se sent l'âme d'une Algérienne, et rêve de réintégrer sa propre famille", quelles que soient les difficultés de cette réadaptation. Trois ans plus tard, elle rentre d'un séjour de 3 semaines en Algérie, dont elle a admiré les paysages, mais où elle a été "déçue par la mentalité algérienne: gouvernement, Islam, femmes soumises, crise économique, jeunesse délaissée, mentalité qui stagne...". Elle avoue: "Je sublimais ce pays que je n'avais jamais eu l'occasion de découvrir.. J'ai retrouvé mon vrai équilibre"

Face à l'exemple des anciens, estime Yamina, la 2ème génération se trouve partagée entre deux cultures, et seule la 3ème génération sera totalement assimilée. "Les enfants s'arrangent pour ne pas mettre toujours en pratique les obligations religieuses. Ils commencent à connaître des personnes en dehors du mariage. Ils n'acceptent pas de se marier avec un inconnu choisi selon le critère des parents".

Les garçons sont très libres et fréquentent les boîtes de nuit le samedi soir. Certains cependant, influencés par leurs pères, découvrent le Coran, revendiquent leur personnalité musulmane comme l'affirmation d'une identité propre, et refusent de se conformer aux habitudes de leur environnement français.

Laissons à Yamina la responsabilité de sa conclusion: "Ce qu'il faudrait arriver à faire, c'est une osmose entre la culture d'origine et la culture imposée, pour donner naissance à une culture propre".

 

Faivre Maurice, Un village de harkis l'Harmattan, ISBN: 2-7384-2938-6

 

24 mars 1990:

A Paris au Centre Culturel Algérien - 171, rue de la Croix-Nivert - 15°, l'Ambassadeur d'Algérie en France, M- Smail Hambani, en présence de M. Ait Ouazzou Arezki Président de l'Amicale des Algériens en Europe. a décoré de la médaille de la résistance algérienne 12 français anciens membres de réseaux de soutien au FLN durant la guerre d'Algérie :

- Mesdames Denise Barrat, Michèle Beauvillard. Hélène Cuenat, Anne Leduc, Nicole Rein et Cécile Regagnon,

- Messieurs Robert Barat â titre posthume, Jean-Marie Boeguelin. l'Abbé Robert Davezies, Adolfo Karminski, Jean-Claude Paupert et Roger Rey.

Rappelons que Mme Hélène Cuenat et l'Abbé Robert Davezies associés à Francis Jeanson, Ali Haroun et Mme Faouzi Didar Rossano ont participé le 16 octobre 1998 au Centre Culturel Algérien à la commémoration du 17 octobre 1961 « Hommage aux Porteurs de Valises » comprenant la projection du film « Les Frères des Frères » de Richard Copans.

Lors de la cérémonie du 24 mars 1990, l'Ambassadeur d'Algérie a rappelé que « son peuple avait entendu se libérer d'un système colonialiste, mals que sa lutte n'était pas dirigée contre le peuple français ». Il a souligné que l'action des réseaux de soutien a contribué grandement à sauvegarder dans des circonstances difficiles les liens d'amitié et de coopération entre les peuples algérien et français, rendant hommage aux efforts et au sacrifice de ces précurseurs clairvoyants qui ont eu le grand mérite de contribuer à sauvegarder cette amitié.

Le président de l'Amicale des Algériens en Europe a précisé que cette liste est appelée à être complétée par d'autres reconnaissances de la part de l'Organisation des Moudjahidin.

 

Le 27 avril 1990

En Mairie communiste de Ternes (Landes). salle Maurice Thorez, cérémonie de remise de la médaille du Moudjahid décernée par le Gouvernement algérien à :

- Mme Raymonde Molina (Dax).

– MM. André Moine (Le Boucau) et

- Roger Perles (Bordeaux).

Avec la participation de Henri Alleg, auteur de de La Question Président de l'ACCA (Amicale des Combattants de la Cause Anticoloniale), et de Alban Liechti condamné à 4 ans de prison pour refus de faire la guerre, Secrétaire de l'ACCA. Cette réception sera un témoignage d'antiracisme et d'amitié envers les peuples, et de solidarité avec les luttes pour la liberté, précise l'invitation.

Cette cérémonie était organisée par l'ACCA avec le soutien des Sections Communistes de Boucau et de Tamos, et sous le patronage des personnalités suivantes

- Pierrette Fontenas, Conseiller Général des Landes.

- André Maye; Maire de Tamos,

- Jean Abbadie, Maire de Boucau, Conseiller Général des Pyrénées Atlantiques,

- Jean Prudet et Michel Sanchez, Secrétaires de Sections Communistes.

- Louis Perez résistant,

• Jobic Kerlan résistant et prètre de la Mission de France,

- Edouard Valéry, Officier FTP

- Théo Fiances, ancien des Brigades Internationales d'Espagne.

 

12 juin 1990 :

Les élections municipales sont gagnées par le FIS (islamiste) et le FFS d'Aït Ahmed. Les militaires du FLN jugent que décidément le peuple algérien n'est pas mûr pour la démocratie et mettent le tout sous étroite surveillance.

 

1 Aout 1991:

L'ONASEC est la fusion de deux autres organisations ayant, pour l'essentiel, le même but: accélérer le processus d'intégration des Harkis dans la communauté nationale. Il y a d'abord l'ADOSOM - Association pour le développement des œuvres sociales d'outre-mer. Créée en 1943, l'ADOSOM était chargée de l'accueil des rapatriés d'Indochine avant de gérer, à partir de 1962, les fonds destinés aux Harkis. Sa gestion est "épinglée", c'est le moins qu'on puisse dire, par la Cour des comptes.

Il y a ensuite l'ALASEC - Association laïque pour l'action sociale éducative et culturelle -, déclarée d'utilité publique. L'ALASEC se transforme en 1984 en établissement public, donnant naissance à l'ONASEC. Elle sert d'abord de support financier pour le financement de la construction à Carcassonne des bâtiments où est installée l'ONASEC. "Édification d'un immeuble, achat d'une trentaine de voitures, encadrement souvent issu d'un recrutement "local et familial à Carcassonne" payé à l'échelon le plus élevé de la fonction publique, frais de mission démesurés entacheront le fonctionnement de l'ONASEC à un point tel que le successeur de Raymond Courrière jugera opportun d'en ouvrir publiquement le procès ", rapporte Michel Roux ("les harkis, oubliés de l'histoire").

En effet, dès son entrée en fonctions en mars 1986, le nouveau secrétaire d'état du gouvernement Chirac, Santini, prescrit une enquête de l'I.G.A., remise trois mois plus tard.

Les conclusions sont accablantes. Le rapport de l'IGA met en évidence une administration dont la gestion est digne "des républiques bananières" selon l'expression même des enfants de Harkis qui se sont révoltés l'été 1991.

Que révèle le rapport?

Il met en cause le choix de la ville de Carcassonne comme siège de la nouvelle administration alors que le conseil d'administration se tient lui à Paris. Dès lors, comment s'étonner que les frais de mission atteignent quarante mille francs par personne et par an ... uniquement pour les déplacements Carcassonne-Paris?

Comment ne pas établir aussi la relation entre ce choix et les différentes fonctions électives du secrétaire d'État aux Rapatriés, R. Courrière, qui est également président du conseil général de l'Aude et ensuite sénateur du même département?

Le Rapport de l'IGA découvre que "les postes clefs sont, à une ou deux exceptions près, confiés à un noyau dur de cadres émanant de milieux professionnels de même sensibilité: enseignement primaire et mouvements associatifs locaux ... Ils se sont engagés politiquement dans la même direction et ne s'en cachent pas ... L'existence de solides liens d'amitié entre les principaux cadres, l'évidence d'une sensibilité politique commune ont créé une sorte de caste dirigeante qui s'est octroyé des avantages de carrière substantiels mais qui est progressivement coupée du personnel exécutant ... On peut se demander si, au-delà même de sa mission, l'ONASEC n'a pas une autre raison d'existence qui serait d'assurer le maintien d'une situation matérielle particulièrement avantageuse pour ses propres personnels."

Le rapport met en relief, et à tous les niveaux, l'origine familiale du recrutement. Ce que résume le journaliste Michel Demelin par le titre "L'ONASEC, une "affaire de famille" socialiste" .

Dans ses conclusions, le rapport souligne: "Les conditions du fonctionnement ont suscité de nombreuses critiques, qu'il s'agisse de la gestion du personnel ou de l'emploi des différents moyens qui sont mis à la disposition de cet Office."

En effet, outre la dénonciation du népotisme, les rapporteurs relèvent que les moyens destinés au fonctionnement de cette administration étaient employés à d'autres fins:

- utilisation d'un parc automobile pléthorique à titre privé,

- emploi, au tiers de son potentiel, du matériel informatique qui a coûté plus d'un demi-million de francs,

- édition, par l'imprimerie de l'Office, de documents frappés du logo du PS et destinés à valoriser la politique du conseil général de l'Aude auprès des artisans et commerçants, des sapeurs-pompiers du département, du syndicat des chasseurs, etc., soit plus de 150 000 exemplaires dactylographiés par le personnel de l'établissement public.

Plus grave encore, les rapporteurs révèlent la distribution "tous azimuts" de subventions à des associations qui n'ont strictement aucun lien avec la mission de l'Office: emploi, formation, éducation, logement, en bref l'assimilation de la population harki.

Le rapport dresse la liste des organismes et associations ayant bénéficié de subventions de l'ONASEC alors qu'elles n'ont aucune vocation à défendre la cause des Harkis et plus précisément à favoriser son enracinement et son osmose au sein de l'unité nationale:

- L'association "Coup de Soleil" à Paris, co fondée par le président du conseil d'administration de l'ONASEC, Georges Morin, et parrainée par Guy Bedos, Roger Hanin, Jean Daniel, Jules Roy ... personnalités miraculeusement touchées par la compassion envers le drame de la communauté harki ... et la grâce du repentir. "Coup de Soleil" reçoit une subvention de 100000 francs pour le financement d'une manifestation musicale de Français issus du Maghreb. Organisé le 1er mars 19861, le concert s'est soldé par un déficit qui est aussitôt couvert par une "rallonge" de 20000 francs.

- L'association "Informatique, formation professionnelle des femmes" à Paris reçoit 100000 francs en janvier 1986 mais le versement est bloqué par A. Santini.

- L'Association pour la promotion de l'action interculturelle (APRAI) à Paris reçoit 40000 francs en 1983 et 70000 francs en 1984 directement du secrétariat d'État. En 1985 la subvention de l'ONASEC atteint 150000 francs. "Cette association, qui vise à développer les identités culturelles, n'a pas grand-chose à voir avec les Harkis et leur volonté maintes fois manifestée d'être mieux intégrés dans la société française ", note M. Demelin.

- L'association des pieds-noirs d'Algérie-Méditerranée à Toulouse reçoit une subvention de 50000 francs en 1986 pour lui permettre d'envoyer à Alger une quarantaine d'enfants algériens. Où sont les Harkis?

- L'association" Échange et Culture" à Narbonne et Montpellier qui œuvre pour le rapprochement de l'Occitanie et le Maghreb reçoit 100000 francs en 1985 et 55000 francs en 1986; à son programme un voyage en Algérie avec la visite du monument des martyrs algériens du FLN morts pendant la guerre. Quid de la mémoire des 150000 Harkis victimes du massacre massif, collectif et systématique perpétré après le 19 mars 1962? "Les Harkis ne peuvent pas aller en Algérie alors que les membres d'Échange et Culture sont allés en Algérie sur les fonds qui étaient destinés aux Harkis. Faut-il se taire parce que le rapport nuit à certains membres du Parti socialiste? Je n'en ai pas l'intention. Si la Cour des comptes accepte d'ouvrir une information judiciaire, on va savoir si, depuis 1986, d'autres fonds consacrés aux Harkis ont été détournés et par qui ... ", déclare l'avocat G. Collard.

Parmi les nombreuses associations mises en cause par les enquêteurs de l'IGA, figurent également France-Plus et SOS Racisme.

- France-Plus, qui "n'a pas pour vocation de défendre les intérêts des rapatriés et des Harkis", souligne Maurice Benasssayag, délégué aux Rapatriés, reçoit 100000 francs. Le rapport précise: "L'association France-Plus reçoit également 100000 francs, sans dossier et sans que soit connu le nombre de ses adhérents - décision du conseil d'administration du 10 mars 1986. La somme paraît avoir été immédiatement engagée, mais le visa du contrôleur financier non encore obtenu."

- SOS Racisme bénéficie également d'un financement pour la marche des Beurs et d'une somme non négligeable pour l'achat des badges Touche pas à mon pote. Certains fonds de l'ONASEC servent à constituer des comités de SOS Racisme dans la région de Narbonne, Montpellier et Carcassonne.

Tout en s'étonnant que le conseil d'administration de l'ONAASEC se soit hâté d'engager en mars 1986 - la veille des législatives -la plus grande partie des crédits ouverts au budget 1986, soit 1739000 francs sur 1800000, les rapporteurs de l'IGA se demandent si "la responsabilité du conseil d'administration ne pourrait pas être engagée devant la Cour de discipline budgétaire".

 

La publication du rapport de l'IGA soulève l'indignation générale et l'écœurement de la communauté harki, principale victime.

"Les fonds ont bel et bien été dilapidés dans des directions non seulement différentes de leurs objectifs légaux - ce qui serait déjà grave - mais diamétralement opposées aux Harkis, ce qui est doublement écœurant :

" - film réalisé sur les femmes immigrées,

"- accueil d'enfants algériens de la nomenklatura FLN,

" - subventions incontrôlées, cadeaux divers,

"- location d'appartements parisiens dans le I5e arrondissement,

" - versements au profit de mouvements "orientés" allant de "SOS Sahel" de Marthe Mercadier à "Espace 89" et à "Ici et maintenant" de Mme Castro-Fabius, l'épouse fortunée de l'ex- Premier ministre dont chacun sait la mouvance socio-révolutionnaire.

"On finit même par aboutir à une "Isère-connexions" au profit du couple Morin-Mermaz et de ses activités politiciennes locales. "Le scandale éclate en vraie grandeur.

"Inutile de nous attarder. La vase ... ", écrit B. Moinet. ("Ahmed, connais pas...")

 

Malgré le réquisitoire accablant de l'IGA, le scandale de l'ONASEC fait long feu. Selon Michel Roux, un accord tacite semble bien avoir été conclu entre André Santini et Raymond Courrière pour étouffer l'affaire. On peut supposer que la gestion pour le moins suspecte des fonds publics de l'ONASEC prolongeait les pratiques en usage depuis de longues années par l'ADOSOM. Point de vue que partage B. Moinet: "Si vous insistez dans vos attaques nous sortirons vos dossiers s'écrie la gauche ... Les allusions fusent, des opérations sont évoquées. Fourmis rouges et fourmis noires s'entrecroisent. L'ADOSOM, elle aussi, a connu des fuites et des ombres pendant vingt ans ... Alors on étouffe l'affaire. On étrangle. On se tait ou l'on fait se taire."

Mais c'était oublier la vive indignation soulevée au sein de la communauté harki et en particulier sa jeunesse traumatisée par ce qu'elle a ressenti comme une injustice insupportable et qui est restée profondément ancrée dans sa mémoire.

Et ce scandale rebondit l'été 1991 par la seule volonté des enfants de Harkis en révolte qui, dans la nuit du 1er au 2 août, occupent les locaux de la direction départementale du Travail de Carcassonne, ancien siège de l'ONASEC, et s'emparent du fameux Rapport intégral de l'IGA.

" Trois milliards de francs ont été dilapidés, la seule couleur qu'on en ait vu, ce sont des stages bidon d'évaluation de niveau, organisés dans des municipalités socialistes subventionnées au prix fort ", dénoncent les révoltés de l'été 1991.

"Nous demandons le remboursement intégral des sommes qui se sont éparpillées à travers des campagnes électorales ... Il faut que la France et les Français soient juges ... Nous sommes des Harkis indignés. Certains d'entre nous vivent avec dix francs par jour. Nous désirons seulement qu'on nous rende justice", clament -ils en colère et désespérés.

Voulant que justice soit enfin rendue, les enfants et petits enfants de Harkis en révolte, constitués en coordination nationale, remettent le rapport de l'IGA à Me Collard du barreau de Marseille, et le chargent d'engager des poursuites sur le plan civil, afin d'exiger le remboursement des fonds détournés de leur destination. "A la lecture du rapport de l'IGA, on touche le fond de l'abjection, estime Me Collard. Ces fonds ont très bien pu alimenter des associations qui distribuent des badges, qui chantent partout que leur raison de vivre est la défense du citoyen et qui en réalité font des voyages."

Me Collard ajoute: "Les noms de ceux qui ont puisé dans la caisse pour se faire plaisir, au nom des Droits de l'homme, seront aussi connus et signalés à l'opinion publique", précisant que la somme "dépasse largement les 300 millions".

Le réquisitoire accablant dressé par le rapport de l'Inspection générale de l'administration sur la "gestion" des fonds destinés à sortir la communauté harki de son ghetto psychologique, social, économique, témoigne au grand jour cette fois-ci, du traitement réservé par les gouvernements de 1981 à 1986, à une population tragiquement abandonnée vis-à-vis de laquelle, souvenons-nous, les plus hauts responsables s'étaient engagés à "réparer l'oubli et faire justice".

Politique honteuse que les enfants de Harkis révoltés ont stigmatisée par la formule: "Des copains et des coquins ont sucé le sang des Harkis."

"Non contents d'avoir parqué, isolé les Harkis comme des lépreux, non contents de n'avoir jamais évoqué leurs combats courageux, exemplaires - pas un seul film objectif et crédible sur l'Algérie -, non contents d'avoir caché le génocide qu'ils ont subi~ les responsables de ces problèmes manipulaient, à d'autres fins, les crédits pourtant bien limités destinés aux Français-musulmans.

"Après l'insulte et l'oubli, savamment dosés, on n'a pas hésité en hauts lieux, à détourner les maigres ressources budgétaires de cette communauté à qui rien, vraiment rien, n'aura décidément été ... épargné. "

"Après les trahisons, la honte ", rapporte avec émotion B. Moinet. Politique honteuse, tristement semblable à celles qui l'ont précédée et à celles qui suivirent... à une exception près, celle menée durant la courte période de la cohabitation de 1986 à 1988 par le gouvernement Chirac et son ministre chargé du dossier Rapatriés, André Santini.

Abd-el-Aziz Méliani, "Le drame des Harkis", ISBN 2-262-01035-8

 

26 Décembre 1991 :

Au premier tour des législatives en algérie, le Front Islamique du Salut recueille 47 % des suffrages exprimés (mais 22 % des inscrits tant l'abstention est forte) remportant 188 sièges au premier tour et sûr d'une majorité tant il y a de ballottages qui lui sont favorables. Il a cependant perdu plus d'un million de voix par rapport aux municipales, de nombreux électeurs s'étant réfugiés dans l'abstention au vu des actions du FIS dans ses municipalités.

Les élections sont annulées, le FIS est dissous en mars, une autre guerre civile commence.

 

  11 Janvier 1.992 :

 Le président Bendjedij est limogé par les militaires.

 

12 janvier 1.992 :

 Les élections législatives sont annulées en algérie, mettant en route un nouveau cycle de terrorisme.

 

16 Janvier 1992 :

 Les militaires ramènent d'exil Boudiaf un des derniers historiques encore vivants, pour en faire un président.

 

9 avril 1992:

Nouvel élu à l'académie française, Deniau prononce l'éloge de son prédécesseur, Jacques Soustelle. Il indique que, toujours membre du CNR, Soustelle aurait en 1964 averti le général De gaulle d'un attentat préparé contre lui à l'occasion d'un voyage en Bretagne et d'un cérémonie sur la tombe de Châteaubriant. Il s'agit visiblement d'une histoire inventée (jamais De gaulle ne fût sur cette tombe) et beaucoup de gens croient que Deniau faisait en fait allusion à l'attentat du mont Faron, en Août 1964.

Or cet attentat, longuement raconté par ses trois réalisateurs Susini (dans "Objectif De gaulle") Rossfelder (dans le Onzième commandement) et Roger Dhostie qui fut le secrétaire de Soustelle pendant les années d'exil (L'Afrique française de la gloire à l'abandon) montre de façon unanime que Soustelle approuvait l'action et qu'il n'a jamais été en mesure d'en informer quiconque. Par ailleurs Deniau était coutumier des inventions esthetiques.

 

29 Juin 1992 :

Un membre du service d'ordre assassine à Bône Mohamed Boudiaf, président de la république, l'antépénultième des chefs historiques vivant. Il aura passé en exil plus de la moitié de sa vie, et la quasi totalité de sa vie d'adulte d'abord au Caire et à Tunis en 55 et 56, puis, arrêté avec l'avion de Ben bella, en france de 56 à 62, enfin en suisse de 63 à 92.

Suivant les sources l'assassin (toujours en prison en 2011) est soit un membre du GIA soit (et c'est l'hypothése la plus repandue) stipendié par les militaires du FLN ne supportant pas les tentatives d'independance de Boudiaf.

 

15 Septembre 1992 :

 Décès à Paris du capitaine Sergent, atteint d'un cancer, à 66 ans, la fleur de l'âge.

Né en 1926 dans les deux Sèvres, Sergent rejoint à 18 ans les forces françaises de l'intérieur, et combat les allemands. Il s'engage pour la durée de la guerre, puis décide de faire Saint Cyr. Son niveau exceptionnel lui permet de sortir dans les premiers et donc de choisir la légion étrangère, comme c'était la tradition dans ces temps reculés (de nos jours les premiers de Cyr choisissent la gendarmerie, plus payante et moins dangereuse).

Il a une conduite formidable en Indochine, puis en algérie où il commande une compagnie du premier REP. Après les barricades (février 1960) , muté en métropole, il est avec Degueldre un des premiers officiers à choisir la clandestinité. Il rejoint l'algérie en 1960, assiste impuissant aux manifestations pro F.L.N. montées par les gaullistes en décembre, et est un élément clef dans l'organisation du putsch (il est un de ceux qui convainquirent Challe). Après l'échec du putsch, il rejoint tout naturellement l'O.A.S., mais est un des rares à affirmer que la solution du problème algérien est à Paris. Il est nommé chef de l'O.A.S. métro (mission 2) et essaye de monter des opérations non sanglantes. Il aura dans son réseau des hommes politiques et des hommes de lettre, des acteurs et des artistes, mais n'aboutira à rien. Condamné par contumace à 25 ans de prison pour son action lors du putsch, puis à mort en 62 pour atteinte à la sûreté de l'état, de nouveau à mort pour sa participation au CNR avec Soustelle et Bidault, il vit dans la clandestinité à l'étranger jusqu'aux mesures de grâce de 1968. Il sera un temps l'homme le plus recherché de France.

Il entame alors une carrière d'écrivain (ma peau au bout de mes idées, 1967, la Bataille, 1968, Je ne regrette rien, 1972, Le malentendu algérien 1974, Michel Debré le clairon impudique, 1978, Un étrange monsieur Frey, 1982, et des livres sous pseudonymes à la gloire de la légion et de l'armée). Cette carrière sera couronnée de succès.

En parallèle Sergent entame une carrière politique dans le département des Pyrénées Orientales (et plus particulièrement à Perpignan) où il sera député sous les couleurs du Front National.

 

 5 Mars 1993 :

Jacques Roseau est assassiné à Montpellier, par d'anciens membres des commandos delta. Roseau, ancien président des étudiants d'Alger, membre du comité de salut public Algérie Sahara du 13 Mai 1958, Roseau qui est le porte parole d'une des innombrables associations de rapatriés, le Recours, a petit à petit été choisi par les médias comme le porte parole des rapatriés. Son discours, en effet est tout à fait compatible avec la pensée unique. En particulier il salue la grandeur de De Gaulle et regrette que les pieds noirs se soient si mal conduits avec les arabes. Les anciens delta ne peuvent tolérer cela et l'assassinent, depuis les rapatriés n'ont plus de porte parole, les médias refusant de laisser parler ceux qui ont à dire ce qu'ils pensent et ressentent, et personne n'ayant repris les théses de Roseau.

 

23 Octobre 1993 :

Trois français membre du consulat d'Alger sont enlevés et disparaissent.

 

31 Janvier 1.994 :

 Le général Zéroual, 20 ans en 1962, formé à Moscou, prend la présidence de l 'algérie, il y demeure jusqu'en 99.

La tentative de changer de génération a échoué, le FLN terroriste reste le maître d'Alger.

 

8 Mai 1994:

Le père Henri Vergés, agé de 64 ans, et soeur Paule-Hélène Saint-Raymond, agée de 67 sont assassinés à Alger alors qu'ils quittent leur travail à la bibliothèque catholique.

 

mi 1994:

Paraît enfin, après 30 ans "le premier homme" livre de Camus vibrant d'hommage aux pieds noirs. Des extraits caracteristiques ICI 

 

27 Decembre 1994:

A Tizi-Ouzou, quatre pères blancs sont assassinés.

 

11 juillet 1995 :

L'iman Sahraoui, est assassiné dans sa mosquée rue Myrha à paris, exécuté par ses amis parce que, membre du GIA, il désapprouvait la décision de réaliser des attentats en France, et que ses amis craignaient qu'il ne parle..

 

17 Août 1995 :

Le GIA frappe à paris, attentat avenue de Friedland, 17 blessés.

 

28 Août 1995 :

Attentat contre le TGV Paris Marseille, organisé par le GIA (Kelkal) près de Lyon, et qui échoue à faire dérailler le train.

 

3 Septembre 1995:

Deux religieuses assassinées à Alger, il s'agit de Bibiane Leclerc et de Angèle-Marie Littlejohn, âgées respectivement de 65 and 62 ans. Elles avaient rejoint l'algerie en 1964, faisant partie des chrétiens progressistes partisan du FLN.

 

6 Octobre 1995 :

Attentat du GIA au métro Maison-Blanche à paris, 13 blessés.

 

  3 Décembre 1995 :

 Attentat du GIA à la station Port Royal du métro parisien, une bouteille de gaz chargée de clous et de 13 kilos de poudre explose, panique, 82 blessés.

Ce signe fort donne un nouvel élan à la coopération politique franco- algérienne, en particulier dans le domaine policier.

 

   27 Mars 1996 :

Un commando du GIA enlève les moine trappiste de Tiberhine, ils n'en rendront que les têtes coupées deux mois plus tard.

 

 1 Août 1996 :

 Monseigneur Claverie, évêque d'Oran, pied noir, est assassiné devant son évêché par le GIA dans la nuit du premier au deux Août. Il se savait menacé, il avait décidé de rester en pleine connaissance de cause. Il revenait d'Alger où il avait rencontré le ministre français des affaires étrangères, Hervé de Charette. Accueilli à La Senia par son chauffeur Mohamed Bouchiki, ils regagnent l'évêché (rue Escalonne) et garent la voiture dans la cour. Les deux hommes se dirigent vers la porte, proche d'une porte donnant sur la rue Cuvier, ordinairement fréquentée par des "jeunes" et des marginaux. Des témoins diront, coïncidence, que la police avait fait évacuer cette rue ce jour là. Commandée par radio, une bombe explose de l'autre coté de la porte, dans la rue Cuvier, les deux hommes sont morts sur le coup. La technologie utilisée (explosif spécial, télécommande) pointe sur des organisations puissantes, mais on ignore lesquelles, bien que des soupçons portent sur les services spéciaux algériens. (d'après le Monde du 7 Juin 1998).

Depuis 1993, sur 40 attentats visant des français en algérie, c'est le dix neuvième contre des religieux.

En anglais, car aucune étude semblable n'existe en français:

In 1978 the episcopal vicar of Algiers, Monsignor Gaston Jaquier , was assassinated in the city - probably for no other reason than that he had gone out openly wearing his pectoral cross.>

On May 8, 1994 Father Henri Vergès, aged 64, and Sister Paule-Hélène Saint-Raymond, aged 67, were murdered as they left the Catholic Library where they were engaged in their work for young people

In the town of Kabyli di Tizi Ouzo, four missionaries of the White Fathers (three Frenchmen and one Belgian) were brutally murdered on December 27 1994.>

On Sunday September 3 1995 two nuns were assassinated in Algiers. They were Sister Bibiane Leclerc and Sister Angèle-Marie Littlejohn, aged 65 and 62 respectively. Both had lived in Algiers since 1964.

Bishop Pierre Claverie of Oran was killed by a bomb on August 1 1996, together with his driver Muhammed Pouchikhi. Pierre Claverie had dedicated his life to promoting dialogue between Islam and Christianity; In Catholic circles in Algiers, according to the testimony of the Italian journalist Maurizio Blondet, in an interview with the Vatican Fides press agency, there is a widespread feeling that the government itself might have been involved in some way in the assassination of Bishop Claverie.

During the night of March 26 - 27 1996, seven French Trappist monks were seized close to their village monastery of Tibhrine (60 miles south of the capital) by the GIA (Armed Islamic Group). Following the refusal by the French government to consider the demands of the terrorists and following an announcement of their execution by the GIA, the decapitated bodies of the seven monks were discovered on March 21.

Another seven monks were killed in gun attack in the streets of the Casbah in Bab el-Oued.

 

26 Décembre 1996 :

 L'air bus d'air France pris en otage deux jours auparavant à Alger se pose à Marseille. Les terroristes du GIA ont déjà assassinés trois passagers à Alger, dont un policier algérien et un cuisinier à l'ambassade de France. Le GIGN donne l'assaut, les quatre pirates sont morts, il n'y a que des blessés dont (gravement) le copilote. La France pavoise, le chef du commando a pourtant échappé à la mort, il s'est confondu avec les passagers.

 

 8 juillet 1999 :

La mémoire de cette guerre en algérie est honnête, et tout à fait semblable à celle qui a court en France, qu'on en juge : Voici quelques extraits des manuels d'histoire (traduit de l'arabe classique, toujours une langue étrangère en algérie):

Primaire, Classe de 4ème (âge de 10 ans).

Histoire de notre indépendance.

Ahmad sortit le jour de l'Indépendance pour assister aux réjouissances. Il marcha tout en regardant les drapeaux qui flottaient sur les façades des édifices. Puis Ahmad s'arrête au bord du chemin et lorsque les unités de l'armée passèrent devant lui, il se souvint de l'histoire de son pays, disant: la France occupa notre pays en 1830. Son occupation dura 132 ans. Puis notre pays obtint son indépendance le 5 juillet 1962, Notre célébration de la fête de l'indépendance signifie que nous sommes prêts à défendre la liberté de notre pays (page 12).

Le 1er novembre 1954, le Peuple se souleva par sa révolution qui a abouti à l'indépendance. L'armée de libération a combattu avec des fusils de chasse; puis ses armes se sont perfectionnées. Alors elle utilisa les mitrailleuses et les canons. La guerre de libération a duré 7 ans et demi (page 14).

Primaire. Classe de 6ème (âge de 12 ans).

Lorsque l'année française s'avança, elle se heurta à une résistance opiniâtre du peuple algérien. C'est pourquoi elle ne parvint à occuper la totalité du pays qu'au bout d'environ un siècle. Ainsi l'occupation de la ville de Djanet n'intervint qu'en 1911(page 20). L'opération du transport vers la France des richesses algériennes dura tout au long du règne colonialiste, ce qui entraîna un enrichissement des colons et un épanouissement de l'économie française (page 36).

Le colonialisme français tenta de répandre la religion chrétienne en Algérie. Il utilisa à cette fin diverses méthodes parmi lesquelles le regroupement des enfants orphelins dans des camps. Là, des religieux chrétiens leur apportaient des aides au nom du Christ pour les inciter à embrasser la religion chrétienne.

Les autorités françaises ouvrirent en Algérie des écoles pour enseigner à une minorité d'Algériens, la langue française, pour qu'ils deviennent employés dans l'administration. L'enseignement de la langue française était orienté afin de duper les Algériens (page 37).

Les révoltes populaires en Algérie. Le colonialisme français vainquit le gouvernement de l'émir Abdelkader en tant qu'Etat. Mais il ne vint pas à bout de la résistance du peuple algérien. En effet, après 1847, la résistance se poursuivit sous la forme de révoltes populaires qui englobèrent toutes les régions du pays. Leur nombre dépassa 150 révoltes (page 41).

Collèges. 4ème année

Organes institués par le Congrès de la Soummam.

La police militaire: elle est l'oeil qui veille sur la sécurité de la révolution l'intégrité de ses cellules et la discipline de ses éléments. Elle exerce la surveillance de chaque soldat durant ses permissions. Elle poursuit les traîtres et se charge de les châtier. Ses activités comprennent l'observation des mouvements de l'ennemi et la recherche des renseignements.

Les hôpitaux et les écoles: l'armée de libération créa des établissements médicaux à travers l'ensemble des willayas, pour offrir des services médicaux aux civils comme aux militaires. Certains hôpitaux étaient fixes, d'autres étaient des hôpitaux de campagne mobiles. Pour manifester la prise en charge par la révolution de la responsabilité de la formation de la jeunesse algérienne et la sauver de l'analphabétisme, l'armée de libération ouvrit de nombreuses écoles rurales pour instruire les enfants de six à douze ans (page 125).

La grande révolution algérienne.

L'esprit de la révolution algérienne a pu influer sur le psychisme de l'homme algérien, sur sa pensée et sur son genre de vie; car elle est une révolution Populaire, par le peuple et pour le peuple. Démocratique, elle a repoussé toutes les querelles de personnes, pour fondre l'ensemble dans le creuset du djihâd, sous une direction collégiale.

Secondaire. Classe de terminale

Crise du parti populaire.

C'est l'événement le plus important qui a directement provoqué la naissance du FLN. Cette crise survint au printemps 1953 entre des militants du parti Populaire auxquels étaient apparu avec force et clarté les signes de la contradiction entre les principes et les objectifs du parti et d'autre part ses composantes. (...) En présence de tous ces problèmes, la crise survint et le parti se déchira lui-même. Les militants qui croyaient en la force du peuple et croyaient que le colonisateur ne pouvait être vaincu que par la lutte armée, se retirèrent. La plupart d'entre eux étaient membres de l'Organisation Secrète dépendant du parti. Celle-ci avait été découverte par l'ennemi et ses membres furent condamnés en 1950 (page 197).

Une suite d'opérations de répression de campagnes diaboliques que l'ennemi intitule "opérations de nettoyage" contre les fils de la révolution et du Peuple. Le colonialiste "colla" aux révolutionnaires nombre de surnoms et d'épithètes dans le but de les humilier. Par exemple: rebelles, hors-la-loi, fellaga, coupeurs de routes. A la fin du mois de novembre de 1954 le commandement ennemi annonça qu'il avait tué 4.270 rebelles et arrêté plus de 2000.

(...) Le héros Zighout Youssef entreprit d'organiser le 20 août 1955 contre les positions de l'ennemi des offensives déferlant dans la willaya de Constantine dont il avait la responsabilité. Ces opérations durèrent du 20 au 27 août. Les moudjahidines et les fils du Peuple y participèrent. Leur objectif était de manifester la force de la révolution, à l'ennemi comme au monde, d'émietter les forces ennemies, d'alléger la pression contre la willaya des Aurès, de dévoiler les ennemis de la révolution et enfin de manifester leur esprit de solidarité avec notre frère le Maroc dont le roi Mohammed V avait été exilé à cette date (page 202).

Ainsi l'ennemi se trouva en présence de forces organisées et face à la colère du Peuple. Le nombre de ses tués fut aussi important que celui de nos martyrs, notamment dans les rangs du Peuple désarmé. Que sont les hécatombes du stade de Skikda, sinon le témoignage de l'esprit de représailles par lequel l'ennemi se distingua lorsqu'il rassembla 1.500 patriotes qui furent exécutés sans jugement? C'est la période durant laquelle la révolution s'étendit à l'ensemble du territoire national. Les offensives de l'ALN se multiplièrent chez l'ennemi. La crainte s'accrut. Ses forces furent incapables d'en venir à bout. De même les gouvernements français (qui tombaient les uns après les autres) furent incapables de trouver la solution qui les préserverait des conséquences de la révolution. Ils eurent recours à la prise de mesures sauvages et sectaires (zones interdites, appareil policier sous la responsabilité du bourreau Massu, politique consistant à affamer les populations, création des SAS, regroupements forcés, politique de la terre brûlée, centres de torture et de mise à mort, barbelés électrifiés semés de mines sur les frontières). On multiplia ces dispositions diaboliques qu'on peut à bon droit ranger sous la rubrique: "la guerre d'extermination" .Un soldat français mentionna dans son livre "les appelés témoignent", à la page 34 : "Les instructions reçues indiquent qu'en cas d'attaque contre nous, il faut détruire le lendemain toutes les mechtas sans s'inquiéter de leurs habitants".

Grâce à son organisation stricte, la révolution algérienne alla de victoire en victoire. Malgré leur répression et leurs crimes, les forces de l'ennemi furent incapables de prendre l'avantage sur elle et de l'empêcher de réaliser ses objectifs. Dès le début de l'année 1958, l'ALN devint une véritable armée dotée de son organisation, de ses règlements et de ses diverses unités, disséminées en fonction des missions qui lui étaient confiées. La majeure partie du peuple algérien commença à s'organiser sous la bannière du FLN.

L'école Jeanne d'Arc à Skikda continua d'étudier l'art de la torture; le "Front de l'Algérie française" continua de manipuler comme il l'entendait; de Gaulle entreprit de réorganiser les forces militaires opérationnelles, accroissant leur effectif et leur armement. Au plan intérieur, la révolution eut recours à une nouvelle stratégie pour faire face au plan Challe : réduire la dimension des unités de l'armée et multiplier les opérations de commandos; s'abstenir d'affronter l'ennemi en batailles frontales, sauf en cas de nécessité; recours à la guerre d'embuscades; début des opérations de commandos dans la France elle-même.

Analyse des accords d'Evian

L'article 6 stipule la mise en liberté des prisonniers et internés dans les vingt jours suivant l'arrêt des combats. On est en droit de mentionner que l'Algérie s'aperçut que nombre de ces prisonniers et internés avaient été exécutés sans jugement par l'ennemi.

Un article relatif aux garanties aux Français et à leurs partisans: ces garanties leur accordèrent la sauvegarde de leur sécurité, de leurs biens et leur permit de rester dans notre pays en qualité de minorité privilégiée et dotée de prérogatives. Néanmoins, les milieux colonialistes traditionnels et les milieux militaires fascistes, et particulièrement les fanatiques, considérèrent les accords d'Evian comme une défaite écrasante pour eux et comme une humiliation sans précédent...Ceci les amena à se tourner vers l'Organisation Armée Secrète terroriste. Ils s'efforcèrent de mettre sur pied un régime fasciste en France (p.218), de rallumer la guerre en Algérie et de rendre caduc l'arrêt des combats. Néanmoins, la vigilance du FLN, la façon dont l'ALN respecta les accords et la manière dont le Peuple se groupa autour de ses chefs, tout ceci fit que les colonialistes échouèrent jour après jour. Le mois de juillet n'était pas commencé qu'ils se hâtèrent de fuir notre pays. Ils nous soulagèrent ainsi du fléau des garanties instituées par les accords d'Evian en leur faveur.

Chapitre de la coopération économique, financière et culturelle entre les deux gouvernements.

Parce que les accords avaient stipulé la reconnaissance de la souveraineté nationale algérienne et de son unité territoria1e, ils avaient stipulé en contrepartie de cela, une Politique de coopération entre les deux gouvernements dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle voulait maintenir l'Algérie dans des liens de dépendance, notamment sur les plans économiques et culturels (p.219).

Traduction de Pierre Bataillon (mars 1999).

 

On peut constater que des deux cotés de la Méditerranée, les choses sont vues du même oeil:

"Algérie, le 1er novembre 1954, est créé le FLN; le Front de libération nationale, qui lance un mot d'ordre d'insurrection nationale. Attentats contre la population européenne, guérilla contre l'armée française, répression violente de la part de celle-ci, avec tortures contre les prisonniers nationalistes telles sont les tristes caractéristiques de cette guerre sanglante qui dure huit ans.

Le conflit use l'autorité de la IVe République, favorise le retour du général De Gaulle au pouvoir en France en 1958. Celui-ci utilise d'abord une politique de force contre le FLN: Puis, en 1959, il se prononce pour le droit à l'autodétermination des Algériens en proposant trois solutions : la "sécession" (l'indépendance), la francisation, ou l'Algérie algérienne associée à la France; il espère sans doute faire triompher la troisième solution.

Mais, lors de sa visite en Algérie en décembre 1960, il se rend à l'évidence: le FLN est capable d'organiser une manifestation de masse à Alger: Dès lors malgré l'opposition des Européens d'algérie et d'une partie de l'armée, il accepte de négocier avec le FLN: les accords d'Evian, le 18 mars 1962, accordent à l'Algérie l'indépendance, qui est proclamée le 3 juillet."

 

 

Telle est la présentation succincte que le manuel d'Histoire de Terminale édité par Belin donne de la guerre d'Algérie. Que retenir de cette présentation?

 

Plus loin on trouve d'une part, que l'autorité de Guy Mollet est bafouée par les pieds-noirs, par les chefs militaires et par le FLN, tandis que "la population française réprouve cette guerre où se bat le contingent, et les intellectuels et la presse de gauche dénoncent la torture, les communistes et beaucoup de socialistes s'opposent à la répression". Puis éclate à Alger "une émeute des pieds-noirs pour conserver l'Algérie française", dont l'issue est l'arrivée de De Gaulle "prêt à assumer les pouvoirs de la République" (illustration: un texte).

D'autre part, que "la politique de "la grandeur", qui caractérise les années De Gaulle, est mise en place au cours des premières années de la Ve République. Il faut régler le problème algérien avant d'affirmer la "grandeur nationale". Laissant d'abord croire aux pieds-noirs et à l'armée qu'il soutenait l'Algérie française, De Gaulle évolue vers l'idée d'autodétermination: laisser aux Algériens le soin de leur destin et sortir la France de l'impasse. Malgré les mouvements insurrectionnels de 1960 à Alger et les attentats de l'Organisation armée secrète, il mène à bien l'indépendance de l'Algérie, reconnue par les accords d'Evian, ratifiés par référendum."

 

Sans revenir sur la présentation des événements de mai 1958, soulignons deux entorses majeures à la vérité: "La population réprouve cette guerre où se bat le contingent". Pour la période visée, cette affirmation est globalement fausse. Même si les "rappelés" de 1956 ont marqué peu d'enthousiasme à leur départ, la population était majoritairement pour le maintien de l'Algérie dans le cadre français. La question se discutait d'autant moins que, en dehors du Parti communiste et de certains cercles dits progressistes, personne ne contestait le fait que le territoire algérien était un ensemble de départements français, et la version selon laquelle il ne s'agissait pas d'une guerre, comme en Indochine, mais d'opérations de maintien de l'ordre face à une opposition insurrectionnelle minoritaire.

"Lors de sa visite, en décembre 1960, il,(De gaulle) se rend à l'évidence: le FLN est capable d'organiser une manifestation de masse à Alger". Cette phrase appelle deux remarques: elle omet le fait que de nombreuses manifestations réunirent, en décembre 1960, à l'occasion du passage du chef de l'Etat, Européens et musulmans, non pas sur l'ordre du FLN mais sur celui du Front de l'Algérie française (à Aïn Temouchen et Oran, notamment); d'autre part et surtout, concernant précisément la manifestation évoquée, elle constitue une contrevérité caractérisée. En effet, si cette manifestation s'est effectivement déroulée à Alger, chacun sait aujourd'hui qu'elle n'a pas été organisée par le FLN, de l'aveu même de l'un des chefs de la rébellion, Mohamed Khider: "Notre plus grande humiliation a été ressentie le 10 décembre 1960; car ce jour-là ont manifesté à l'appel de l'ennemi, la France, des foules que nous n'avions jamais pu amener à le faire". Un haut fonctionnaire lié à la Délégation générale a témoigné qu'elle s'inscrivait dans une série de manifestations organisées "par l'administration française", désormais ralliée à l'idée de l'Algérie algérienne, plus précisément par des officiers des SAU (sections administratives urbaines) qui avaient alors notamment préparé les banderoles et poussé les musulmans à manifester. Enfin étrange omission: outre les cris "Yia Yia De Gaulle", "Yia Yia FLN", on vit surtout des hommes armés de haches, de barres de fer, de poignards, bien encadrés, déferler, piller et tout briser sur leur passage, déclenchant une émeute au cours de laquelle furent égorgés non seulement des Européens, mais aussi de nombreux musulmans fidèles au drapeau français, tel Saïd Madani l'un des premiers à prendre la parole le 14 mai 1958 au Forun d'Alger. Bilan: au moins 90 morts dans chaque communauté.

Les auteurs de cet ouvrage ont choisi de présenter la guerre d'Algérie en trois lieux distincts, cela ne facilité guère la lecture, du moins peut-on supposer qu'en réunissant les trois passages on parviendra à une vision d'ensemble satisfaisante. En réalité les trois passages visés ne se complètent pas et reprennent, en dépit du peu de place accordé à la question, les mêmes informations: la création du FLN, la torture, la résistance ou l'opposition des Européens, les émeutes des Européens, l'autodétermination, les accords d'Evian.

 

Aucune mention n'est faite des opérations militaires proprement dites entre 1954 et 1962.

On cherchera en vain pourquoi le contingent a été envoyé. De même ne trouvera-t-on aucune mention de l'évolution des discours successifs allant du thème de l'intégration définitive à l'autodétermination puis à l'indépendance, ni de l'affaire Si Salah, ni bien entendu de la formation d'un Front de l'Algérie française composé de musulmans et d'Européens.

 

 Qu'en est-il des manuels de Nathan, Magnard, Bertrand-Lacoste, Bréal, Bordas et Hachette ( ... )? Confrontons-les en considérant successivement les périodes 1954-1958 et 1958-1962.

  

UNE TOUSSAINT SANS VIOLENCE.

"Le véritable affrontement ne commence cependant que le 1er novembre 1954, lorsque le FLN; quelques semaines (sept mois) seulement après la défaite de la France en Indochine, lance une très vaste insurrection à travers tout le territoire. La France s'engage progressivement dans une véritable guerre. L'armée, renforcée par les appelés du contingent, quadrille le territoire sans parvenir à faire cesser les attentats. La France s'enlise alors dans un conflit où les méthodes utilisées, comme la torture ou la répression aveugle, soulèvent l'indignation de la communauté internationale."

Ces lignes extraites du chapitre consacré à l'émancipation des peuples dépendants, sous le titre "les Indépendances arrachées", de l'ouvrage de Bertrand-Lacoste, reflète parfaitement l'esprit des différents manuels.

Insistance d'abord sur la violence et la torture en même temps que sur l'impuissance de l'armée et des gouvernements face à un nationalisme supposé unifié. A cet égard, le manuel des éditions Bréal est peut-être parmi les plus représentatifs. Alors même que des historiens algériens en reconnaissent aujourd'hui l'existence, ce manuel n'hésite pas, sinon à nier ces divisions internes, du moins à les présenter comme "transcendées par la naissance d'un Front de libération nationale. (FLN) en 1954 qui se veut au-dessus de tous les partis". La "lutte pour l'indépendance" fait, dans ce manuel, l'objet de deux paragraphes: dans le premier, la France répond à "l'insurrection déclenchée par le FLN" par l'envoi du contingent, "présence (...) présentée (sic)comme une opération de pacification, affaire de politique intérieure". Dans le second "le FLN et sa branche armée, l'Armée de libération nationale, intensifient leurs actions militaires", (expression laissant entendre qu'il s'agissait d'une armée régulière), tandis que "l'armée française, engagée dans une chasse aux terroristes", n'hésite pas à pratiquer la torture".

Accusation sur laquelle les auteurs reviennent sans complexe lorsqu'ils évoquent la fin de la IVème aux prises avec le "cancer algérien": "Devant l'extension de la rébellion organisée par le Front de libération nationale", y lit-on, Guy Mollet "décrète l'état d'urgence". Puis il "s'enlise dans la guerre d'Algérie où il envoie le contingent, cède à la pression des Européens et couvre les initiatives de l'armée, qui s'engage dans une guerre à outrance: détournement de l'avion marocain transportant des représentants du FLN à Tunis, opération de Suez contre l'Egypte de Nasser, bataille d'Alger, tortures. Le "cancer algérien" désagrège la majorité qui soutenait le gouvernement Guy Mollet". Présentation que complète un dossier intitulé "l'Algérie, une guerre sans nom", présenté par ce "chapeau" explicatif: "En Algérie, la propagande militaire est prépondérante. Les autorités françaises bannissent le terme de "guerre" et, pendant sept années, on parle surtout "d'événements", d'opérations de police, ou de "pacification".

Les images de propagande étatique sont lénifiantes et cherchent à rappeler et à affirmer la légitimité française face au "terrorisme" du FLN. Les Français ont une vision tronquée de la réalité; Toutefois, même si les images contredisant la version officielle sont rares, la condamnation de la guerre d'Algérie et des atrocités commises se manifeste par la voix des adversaires de l'armée; de nombreux intellectuels et du Parti communiste"...

Propagande lénifiante, violence, atrocités commises ne semblent devoir, ainsi, concerner que l'armée française. Pas un mot en revanche des actes de terrorisme, des massacres collectifs (Melouza, Wagram, etc.), des horreurs pratiquées quotidiennement dans les campagnes par le FLN.

 

S'agirait-il d'une exception ? Non, le manuel de Nathan confirme: "Les gouvernements successifs ont beau engager le contingent, couvrir la pratique de plus en plus systématique de la torture et même s'assurer la maîtrise militaire du terrain au prix de lourdes pertes (on parle aujourd'hui de 200000 morts au total) ( doc. 5 ), ils ne peuvent empêcher les progrès de la cause nationaliste". A l'appui des "lourdes pertes", une photographie (le doc. 5): celle d'un "nationaliste capturé par les commandos de parachutistes français", en fait un fellaga allongé sur le sol sous le canon d'un pistolet mitrailleur et de deux soldats penchés sur lui.

Cette présentation est complétée par le chapitre sur la IVe République. Il y est expliqué que si les violences de l'été 1955 (il s'agit sans doute des émeutes du Constantinois) ont provoqué des affrontements de plus en plus brutaux entre la grande majorité du million d'Européens vivant en Algérie (les "pieds-noirs") et les nationalistes algériens, progressivement, après l'envoi du contingent, "la violence se généralise, les campagnes sont quadrillées, les suspects torturés, voire achevés, malgré les protestations d'intellectuels" , face à une armée "qui devient toute-puissante" et qui a "carte blanche".

Le manuel de Magnard insiste quant à lui sur le refus de négocier des gouvernements successifs. "Ceux-ci, partant du principe que "l'Algérie c'est la France" (...) intensifient la répression". Du moins est-il fait mention, parallèlement à l'évocation de la bataille d'Alger, des tentatives de pacification: "400 000 soldats tentent à la fois de "pacifier" le terrain et d'alphabétiser et de soigner les populations afin de les rassurer sur l'attitude de la France."

Bordas, pour sa part, reconnaît: "Les succès militaires français sont incontestables". Pour ajouter aussitôt: "Mais les moyens employés, notamment la torture, heurtent l'opinion française (. ..)". Dès lors que Guy Mollet "obtient du Parlement les pouvoirs spéciaux pour maintenir l'ordre en Algérie", poursuivent les auteurs du manuel Bordas, "l'escalade de la violence est engagée: les effectifs militaires doublent, le contingent est envoyé en Algérie, ce qui introduit le conflit dans des millions de foyers en métropole; le gouvernement entame le crédit international de la France en laissant l'armée pratiquer la torture, en couvrant les militaires qui détournent sur Alger un avion marocain qui transportait vers Tunis cinq dirigeants du FLN - parmi lesquels Ben Bella -, et en entraînant les Britanniques dans l'opération de Suez."

Hachette, enfin, évoque de manière peut-être moins appuyée l'envoi du contingent, la recherche de la paix en Algérie "qui intensifie en 1956 l'effort de guerre", la guérilla du FLN contraignant l'armée française "à de difficiles opérations de quadrillage", la torture enfin.

 

L'envoi du contingent, la présence de l'armée à Alger, les revendications nationalistes, la torture, la toute-puissance de l'armée, les problèmes posés à la IVe République par l'opposition des Européens, reviennent ainsi comme des leitmotive, qui ne sauraient suffire à permettre de comprendre la véritable nature de cette "guerre sans nom". A la lecture de ces manuels, il est, de fait, impossible de comprendre ce que vient réprimer l'armée, et en quoi consistent les réseaux du FLN. Tout juste trouve-t-on quelques expressions allusives sans aucune explication: "escalade de la violence", "répression".

Les éditions Belin n'évoquent que d'un mot les attentats du FLN, tandis que Hachette n'en parle qu'incidemment, à propos de la torture "pratiquée afin d'obtenir des informations permettant de faire cesser l'action des poseurs de bombes du FLN".

Nulle part il n'est précisé que ces attentats ne visaient pas les seuls Européens, mais un nombre encore bien plus élevé de musulmans, ainsi que de soldats du contingent, pris dans des embuscades meurtrières s'achevant en supplice (comme celle de Palestro en 1956). Pas un mot des massacres d'innocents, de femmes, de vieillards, d'instituteurs, de gardes champêtres, de l'assassinat de personnalités politiques, des mutilations, des bombes placées dans les bus bondés ou les cafés, pas une seule photographie évoquant cette terreur. La violence a un visage unique: celui de l'armée française dans sa manière de traiter la "révolte" et non celui de la terreur contre laquelle cette même armée a été appelée à lutter.

 

LES ANNALES DU BAC.

Dans l'édition 2000 de son livret de préparation aux sujets du baccalauréat - livret où se trouvent traités des sujets proposés; et donc approfondis certains thèmes - Bréal offre le commentaire d'une affiche de 1957 représentant, en fond, un soldat français sur une carte d'Algérie à côté du mot "pacifier" et, au premier plan, les deux mains serrées d'un soldat français et d'un musulman sous le signe "Unir" en capitales. Précédé d'un avertissement incitant le candidat à veiller à la présentation des faits et à rester "suffisamment critique" quant à la "signification de ce document", le corrigé s'articule en trois points: "1/ Il s'agit d'une affiche présentant la politique de la France en Algérie en 1957: depuis novembre 1954, le Front de libération nationale algérien réclame l'indépendance de cette colonie (... ) Après quelques essais de réformes, le gouvernement français envoie en 1956- 57 des réservistes et des appelés pour "pacifier" le pays. 2/ Cette affiche précise le rôle officiel de l'armée française en Algérie: l'union prônée entre Français et Algériens semble surveillée et contrôlée par l'armée française, représentée par un soldat au second plan. 3/ Cette affiche représente la politique de pacification mise en place par le gouvernement français dans les départements algériens. Dans ce document, Algériens et Français doivent rester ensemble dans cette colonie, sous la protection et le contrôle de l'armée. Cette politique méconnaît donc l'ampleur des revendications qui s'expriment en Algérie et qui aboutiront, par la guerre, à l'indépendance de ce pays en 1962."

Première surprise: à aucun moment ne sont définis les termes principaux de l'affiche - une exigence pourtant élémentaire du commentaire de documents: "pacifier" et "unir". "Pacifier"? Il est seulement indiqué: "Les réservistes et les appelés sont envoyés pour pacifier le pays". Unir? "L'union prônée entre Français et Algériens semble contrôlée par l'armée". Il se trouve que ces deux termes ont, en 1957, une importance particulière, la "pacification" passant alors, notamment, par l'action sociale, le travail des Sections administratives spécialisées (les SAS), mais aussi simplement par le retour à la paix et à la sécurité, la fin de la terreur par les moyens militaires. Quant à "l'union", on cherchera en vain la mention de l'appel à la fraternisation de l'année 1958. L'union était-elle alors "contrôlée et surveillée par l'armée française"? On remarquera, dans la même optique, que si le FLN réclame l'indépendance - d'un ensemble de départements du territoire de la République, et non d'une "colonie" - depuis 1954, on a l'impression que c'est de manière pacifique, comme autour d'une table de négociations. Peut-être le commentaire corrigé aurait-il pu préciser les moyens employés par le FLN pour réclamer ladite indépendance - la terreur "révolutionnaire" à l'encontre tant des populations européennes que musulmanes. Cela aurait permis d'éclairer plus précisément le terme "pacification".

Parmi les sujets proposés par Rues du bac, manuel édité par Flammarion, figure le commentaire d'un support photographique au titre évocateur: "Fouille d'une femme au détecteur à métaux pendant la bataille d'Alger en juin 1957". Le futur candidat au baccalauréat, muni de principes d'analyse très précis sur les lieux, les personnages ("sont-ils célèbres, anonymes, représentatifs d'un mouvement, d'un peuple... "), leur disposition (qui permet de "deviner les rapports qu'ils entretiennent entre eux" , "amitié, peur, soumission, liens hiérarchiques..."), le sens de la photographie ("Gardez cependant à l'esprit qu'une photographie ne montre pas forcément la vérité et qu'elle est le résultat des partis pris du photographe: montrer tel ou tel aspect d'un événement, voire, dans certains cas, le valoriser ou le dénoncer"), doit aboutir à cette conclusion dont on peut citer l'intégralité: "La bataille d'Alger a été menée par le général Massu entre janvier et septembre 1957 pour pacifier la capitale algérienne et pour éliminer le FLN qui y multipliait les attentats. La photo ci-contre montre l'un des aspects de cette pacification: la fouille systématique des civils y compris femmes et enfants, soupçonnés de transporter des armes et des explosifs ( cf le détecteur à métaux)."

Jusqu'ici, en dehors peut-être du caractère systématique des fouilles, rien à dire. Cependant, poursuit le commentateur, "cette photo illustre le choc brutal de deux univers: celui d'une femme musulmane, voilée, vaquant à ses occupations quotidiennes, arrêtée en compagnie de son fils par un militaire français armé et casqué. La présence de ce soldat, inattendue dans une petite ruelle de la Casbah, mais aussi les regards que lui jettent la femme et l'enfant (on ne voit pas le regard de l'enfant et on devine à peine celui de la femme) symbolisent bien les rapports de tension extrême qu'entretiennent à cette époque la France et le peuple algérien. La coexistence des deux plaques de rue (une en arabe, une en français), tout comme celle des deux communautés, n'a alors plus rien d'une coexistence pacifique. "

Outre le caractère mécanique de l'emploi de certains termes et leur total anachronisme - la "coexistence pacifique", par exemple, qui désigne dans l'histoire des relations internationales la période qui suivit la guerre froide - la présence du soldat dans une petite ruelle - pacifique, sans doute - de la Casbah, au moment même où celle-ci se trouve être l'épicentre du terrorisme, était loin d'être inattendue. Quant à la coexistence des deux plaques, elle s'explique par une pratique administrative aisée à comprendre. Rappelons qu'à l'époque, le maire de la Casbah d'Alger est Joseph Hattab Pacha, connu par la suite pour s'être engagé aux côtés des insurgés des barricades, et actuellement membre du Front national de Jean-Marie Le Pen.

 

UN 13 MAI SANS FRATERNISATION.

Année charnière puisqu'elle voit au niveau politique la fin d'une république et le début d'une autre, l'année 1958 est l'objet d'un traitement tout aussi discutable. "Une émeute prend d'assaut, à Alger le siège du Gouvernement général. Un comité de salut public, dirigé par le général Salan, est créé pour imposer au pouvoir des hommes favorables à l'Algérie française." (Bordas)

Le "cancer algérien" met fin à la IVe République, soulignent Magnard et Bréal: "Une manifestation d'Européens à Alger tourne à l'insurrection. Un comité de salut public, créé autour des généraux Massu et Salan, réclame le retour du général De Gaulle" (Magnard); des émeutes, soutenues par une partie de l'armée, aboutissent à la "création de comités de salut public, les menaces de gouvernement militaire en France, la prise de pouvoir en Corse par des militaires venus d'Algérie, tout fait craindre un coup d'Etat ou la guerre civile. Les ministres ne savent comment réagir: L' appel au général De Gaulle, qui a la confiance de l'armée en Algérie et qui a gardé sa popularité auprès de la population, apparaît aux yeux de nombreux hommes politiques comme le seul moyen de sauver le régime républicain". (Bertrand-Lacoste).

Sans faire une critique mot à mot de chacun des textes, on peut noter que les différentes éditions soulignent le climat insurrectionnel précédant la mise à mort de la IVe République - "crise fatale", "mise en place d'un pouvoir insurrectionnel" -, la participation des Européens et de l'armée. Aucun ne dit qu'à partir du 13 mai, chaque jour, sur le forum d'Alger, on vit se rassembler une foule immense, de plus en plus nombreuse, acclamant l'armée, des personnalités musulmanes montées sur la tribune, puis le général De Gaulle. Journées au cours desquelles on vit des scènes de fraternisation entre les Européens et les musulmans qui venaient crier leur volonté d'en finir avec la guerre et de s'intégrer définitivement, sui des bases rénovées, à l'espace français; que ce fut cette foule - et non les émeutiers clairsemés - qui acclama le général De Gaulle, dans les principales villes d'Algérie; que ce fut grâce à elle, et grâce à cette "émeute" que De Gaulle fut conduit au pouvoir. Mention est faite de la stricte histoire politique (chute du gouvernement Pf1imlin, l'investiture, le 1er juin, du général De Gaulle comme président du Conseil...), parfois (exceptionnellement Hachette) des manoeuvres et du "complot gaulliste". Il n'est pas dit non plus qu'à la fin du mois d'avril, trois soldats français prisonniers du FLN avaient été mis à mort, ouvrant la voie à la colère des Algérois devant le manque de fermeté du gouvernement face à un crime de guerre commis au vu et au su de l'opinion internationale.

 

L'HISTOIRE S'ACCÉLÈRE.

A partir de 1958 et du retour au pouvoir du général De Gaulle, l'histoire de la guerre d'Algérie semble se précipiter, même si certains manuels - Bordas ou Hachette - sont apparemment plus prolixes. "En 1958, la guerre d'Algérie débouche sur une crise politique grave qui entraîne la chute de la Ive République. Pourtant ce n'est qu'à l'issue de quatre années de combats supplémentaires que cessent les hostilités. Les négociations engagées par De Gaulle, à partir de 1960, débouchent sur les accords d'Evian et l'indépendance de l'Algérie. En juillet 1962, un million de pieds-noirs quittent l'Algérie". Les éditions Bertrand-Lacoste complètent cette présentation succincte dans la leçon consacrée aux débuts de la Ve République: "Dans le conflit algérien, il (De Gaulle) choisit la voie d'une indépendance rapide, mais progressive, succédant à une courte phase d'autodétermination (1959- 1962). Pour imposer ce choix aux deux camps, il utilise la force et la répression. 1/ combat la droite nationaliste qui veut empêcher l'indépendance et fait échec en avril 1961 à la tentative de coup d'Etat organisée autour des généraux Challe et Salan. 2/ pourchasse ensuite les activistes de l'OAS, qui multiplient les attentats.

Par ailleurs, il continue sans faiblir la guerre en Algérie, marquée par la violence de la répression (bataille d'Alger; 1959-sic) et par les moyens extrêmes utilisés par les deux camps (tortures, attentats, ratissages et exécutions sommaires)."

Comment De Gaulle peut-il choisir, afin d'imposer "aux deux camps" l'indépendance, de poursuivre sans faiblir une guerre marquée par la répression? Surtout, comment une erreur aussi grossière que celle qui consiste à situer la bataille d'Alger en 1959 est-elle possible? Le souci de concision n'excuse pas tout.

Les différents manuels prennent comme fil conducteur l'évolution de l'opinion publique métropolitaine à la pression de laquelle se soumet le chef de l'Etat. Ainsi peut-on lire, dans le manuel de Nathan: "En 1959, convaincu que l'indépendance est inéluctable, le général De Gaulle proclame qu'après le retour de la paix, les Algériens auront droit à l'autodétermination. C'était enclencher la mécanique de l'indépendance qui sera finalement proclamée en juillet 1962, après la signature des accords d'Evian."

L'opinion publique, poursuivent les auteurs, approuve le principe d'autodétermination, et "tout en condamnant les attentats du FLN [il y a donc des attentats], redoute les ultras de l'Algérie française surtout s'ils ont le soutien de l'armée (en 1961, quatre généraux tentent un putsch)."

Pour les éditions Magnard, qui martèlent que l'emploi de la torture a permis aux parachutistes de briser les réseaux du FLN, "les dissensions françaises et la pression internationale incitent De Gaulle à proposer des solutions négociées" qui aboutissent aux accords d'Evian. Entre-temps, tandis que s'accéléraient ces négociations, quatre faits ont caractérisé la "sortie du guêpier algérien": le projet d'autodétermination de septembre 1959 "vécu comme une trahison par les Européens d'Algérie"; les barricades dressées à Alger en janvier 1960, début de "multiples affrontements qui culminent en avril 1961 avec une tentative de putsch militaire"; la formation de l'OAS qui "multiplie les actions violentes, laissant planer la menace d'une guerre civile".

Plus elliptique encore, Bréal présente une armée française "engagée dans une chasse aux "terroristes" , qui n'hésite pas à pratiquer la torture", tandis que "les Français d'Algérie, et notamment de l'Organisation de l'armée secrète (OAS),participent à la complication de la guerre en multipliant les actions violentes pour maintenir l'Algérie française" , et que "le général De Gaulle procède à un désengagement progressif pour aboutir après huit ans de conflit sanglant, aux accords d'Evian, le 18 mars 1962". Le panorama est complété d'une phrase: "Bien qu'il soit revenu au pouvoir sous la pression des partisans de l'Algérie française, il infléchit sa politique et s'engage dans un processus qui aboutit par étapes à l'indépendance de l'Algérie, acquise en 1962 par la signature des accords d'Evian".

Bordas présente enfin le même "processus" qui "conduit à l'indépendance de l'Algérie" en insistant à deux reprises sur "l'opposition des Français d'Algérie": la "résistance des pieds-noirs les plus extrémistes et de certains éléments de l'armée qui tentent un putsch en avril 1961 puis, après son échec, constituent l'Organisation armée secrète (OAS) pour s'opposer par la violence aux négociations" ; De Gaulle lance en 1959 "l'idée d'autodétermination qui provoque l'hostilité des Français d'Algérie et de l'armée, mais qui est approuvée par une large majorité en France. Les réactions en Algérie sont vives: le régime est menacé par deux fois: lors de la semaine des barricades (24 janvier- 2 février 1960) et lors du putsch des généraux".

 

LA VICTOIRE OCCULTÉE.

D'un manuel à l'autre, l'histoire de ces quatre années se résume aussi à l'autodétermination et aux négociations qui aboutiront aux accords d'Evian, à quoi s'est opposée la résistance des Européens "les plus extrémistes" (les barricades de janvier 1960) et d'une partie de l'armée (le putsch d'avril 1961), qui débouchera sur les attentats perpétrés par l'OAS pour faire échouer les négociations, puis faire capoter l'application des accords d'Evian.

La présentation des négociations comme événement majeur, voire unique, de cette période, sans autre obstacle que la résistance des pieds-noirs et d'une partie de l'armée, laisse songeur.

Si De Gaulle "continue sans faiblir la guerre en Algérie", il faut souligner que nulle part ne sont évoquées les opérations de grande envergure menées par le général Challe en 1959-1960 - si ce n'est peut-être par allusion discrète, avec le terme "ratissages", ou une carte faisant apparaître la ligne Morice, "ligne électrifiée et minée". Infligeant de lourdes pertes aux rebelles, instillant la peur qui devait aboutir à des luttes intestines sanglantes entre les chefs (mort du sanguinaire Amirouche notamment), cette véritable victoire militaire est ainsi ignorée. "Ni le plan de Constantine pour développer l'économie algérienne, ni la "paix des braves" proposée au FLN qui répond en créant le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), ne permettent de trouver un compromis", indique à ce propos Bordas, avant de conclure que De Gaulle doit, "dès 1960" , entamer avec le GPRA "des négociations qui conduisent au retrait de la France" et, "devant les violences de l'OAS et du FLN", décider "d'en finir", de céder sur le Sahara et signer les accords d'Evian.

Rien ne permet de "trouver un compromis"? Le procédé employé ici est le mensonge par omission. En effet, pas un mot sur l'affaire Si Salah. Et pour cause, puisque celle-ci est un démenti à la thèse selon laquelle la victoire obtenue sur le terrain par le général Challe n'aurait pu enrayer le cours de l'histoire. Conscients d'avoir militairement perdu la guerre et refusant l'autorité du GPRA, Si Salah et les principaux chefs de la rébellion, après plusieurs contacts avec Bernard Tricot, obtinrent d'être reçus secrètement à l'Elysée par le général De Gaulle, en juin 1960. Il s'agissait pour eux de cesser un combat qui paraissait désormais vain. Amenant la paix sur un plateau, ils devaient être renvoyés par De Gaulle, qui préférait relancer les négociations avec le GPRA. Tandis que Si Salah publiait des lettres annonçant un cessez-le-feu unilatéral, le chef de l'Etat s'adressait aux dirigeants de la rébellion, leur indiquant qu'il les attendait "pour trouver une fin honorable aux combats qui durent encore". Le passage sous silence de cette affaire capitale - qui pouvait faire cesser la guerre dès 1960 et dont les premières victimes furent Si Salah et ses compagnons, éliminés dans des conditions douteuses - en dit long sur l'honnêteté de ces manuels, où l'on semble surtout soucieux d'insister sur le fait que l'autodétermination, puis l'indépendance, sont "approuvées par une large majorité en France". La guerre d'Algérie "divise de plus en plus l'opinion publique", complète un manuel de préparation au bac dans une étude de documents sur la France et les Français face à la guerre d'Algérie (Guide plus, Belin, 1998), qui évoque avec insistance le fait que De Gaulle, "prenant conscience que la décolonisation est devenue inéluctable", et devant la pression d'une opinion "lassée par l'emploi de la torture, les attentats d'une OAS qui radicalise son action et l'enlisement d'une guerre où est envoyé le contingent", "s'engage vers la voie de l'indépendance".

Les retombées des "tensions" en métropole sont parfois même évoquées sous forme de dossier, telle sujet du bac proposé par Magnard sur les Français et la guerre d'Algérie, où apparaissent les passages du Manifeste des 121 appelant au devoir si sacré de l'insoumission face à la restauration de la torture, manifeste évoqué notamment par Bordas - qui indique, sans commentaire, qu'à Paris "des intellectuels répondent [à la répression]par le "Manifeste des 121", incitant les jeunes recrues à l'insoumission, et organisant des réseaux d'aide au FLN."

Ce sont surtout les manifestations du 17 octobre 1961, puis celle de février 1962, au métro Charonne, qui attirent l'attention des différents manuels: photographies et/ou commentaire desdites manifestations, des arrestation ou de la répression consécutives: "le 17 octobre 1961, les forces de l'ordre tuent à Paris une centaine d'Algériens et, le 8 février 1962, les charges de la police provoquent près du métro Charonne la mort de 9 manifestants protestant contre des attentats de l'OAS" (Nathan). Soulignons seulement que le cheval de bataille des réseaux de soutien du FLN - ce fameux 17 octobre 1961 - est fondé sur une large incertitude à propos des faits et surtout du bilan de la "répression" des manifestations.

Tout au long de ces quatre années (1958-1962), le terrorisme du FLN ne paraît plus exister - si, toutefois, il avait déjà existé avant 1958 - alors que l'insécurité semble avoir grandi dans les villes du fait seul de l'OAS. L'application des accords d'Evian, signés le 18 mars 1962 et consacrés par le référendum du 1er juillet (Magnard), ne suscite guère de commentaires. Si certaines éditions évoquent, en fin de dossier, le nombre des morts, mais aussi l'exode massif des Européens et parfois "les représailles contre les musulmans qui ont soutenu les Français" ou "les luttes pour le pouvoir à l'intérieur du FLN" (Bordas) - c'est d ailleurs par cette seule incidence qu'on apprend que des musulmans "ont soutenu les Français" -, d'autres évoquent la politique de la terre brûlée qui "précipite le départ des Français d'Algérie", mais aucun n'évoque la signature proprement dite des dits accords. Aucun manuel ne raconte comment les harkis ont été désarmés par l'armée française et laissés sur place pour être massacrés. Seul Hachette les mentionne dans une légende sur les "rapatriés d'Algérie à Marseille en 1962": "Aux pieds-noirs d'origine européenne, se joignent les musulmans qui avaient choisi de combattre pour la France (les "harkis") dont la vie est menacée en Algérie après l'indépendance." comme s'ils avaient pu effectivement, protégés par le gouvernement français, se réfugier dans la métropole. Nulle part il n'est expliqué comment Louis Joxe a diffusé une directive secrète pour les empêcher au contraire de prendre les bateaux, et refouler ceux que leurs officiers auraient voulu emmener dans l'exil.

Rien non plus - ne serait-ce qu'une allusion - pour indiquer que jamais les accords d'Evian ne furent appliqués, en particulier eu égard à la sécurité des "ressortissants français". Pourtant il faut bien dire qu'en Algérie, le mois de mars 1962 ne marqua en rien - et bien au contraire - la fin des enlèvements, des égorgements et des massacres.

Alors qu'était instaurée une force locale de police (ATO, recrutée parmi les membres de la Fédération de France du FLN), à laquelle était intégrée une partie de l'armée française - aux ordres du nouveau pouvoir algérien -, les victimes furent en premier lieu les musulmans qui avaient placé leur confiance en la France, mais aussi ceux qui - alors que l'armée ne les protégeait plus - ne purent échapper aux attentats.

De tout cela, il n'est fait nulle part mention. De même, aucun des manuels visés n'évoque les tueries des premiers jours de l'indépendance, en particulier celles du 5 juillet 1962 à Oran. Et encore moins la période de troubles consécutive à l'indépendance de l'Algérie. Les seuls morts de l'année 1962 semblent être ceux du métro Charonne et les victimes du terrorisme de l'OAS.

Honteusement copié en intégralité sur les pages 190 à 195 , par Marie Dumont, dans "Le Livre Blanc de l'Armée française en Algérie." ISBN 2-9517809-0-7

 

14 Octobre 1999 :

Nouveau et sémillant président de la république algérienne, le président Bouteflika en préparation des grandes fêtes de repentance du 17 Octobre déclare à radio beur : "en luttant contre les terroristes islamiques, nous ne faisons pas les mêmes erreurs qu'en 1962 où, pour un harki, on a éliminé des familles et parfois des villages entiers ;" (repris dans La Croix du 17 juin 2000).

 Il réinvente la pacification, il devrait embaucher Vaudrey et Trinquier.

 

Juin 2000:

Affronté avec les maquis islamiste, obligé de lutter avec les grands moyens, Bouteflika appuyé sur ses camarades terroristes et porteurs de valise français relance la campagne sur la torture.

Il trouve bien entendu les plus larges échos dans le Monde et Liberation, ainsi que dans les médias d'état, et les partis communistes et socialistes. De nombreux (faux) témoignages de malheureuses victimes sont pieusement recueillis sans aucune vérification, et un livre est publié sous la signature de Aussaresses, général chargé des éxecutions sommaires en algérie, qui en rajoute pas mal.

Pour lutter contre cette désinformation 521 généraux ayant servis en Algérie rendent public un manifeste (LA) et publient un livre (le livre blanc de l'armée française en algérie) deux initiatives qui n'intéressent personne.

 

14 juin 2000:

Bouteflika est reçu solennellement à l'Assemblée nationale, comme le veut désormais la coutume. S'exprimant en français "au nom de Dieu, le Clément et le Miséricordieux" (formule rituelle), il en profite pour inviter la France à battre sa coulpe à propos de son action passée en Algérie: "La lourde dette morale des anciennes métropoles envers leurs administrés de jadis s'avère ineffaçable et, pourquoi ne pas l'avouer imprescriptible. En tout cas, elle continuera à peser sur les rapports Nord-Sud aussi longtemps qu'elle n'aura pas été exorcisée, c'est-à-dire lucidement prise en compte."

Le président algérien ajoute: "De vénérables institutions, comme l'Eglise, des Etats aussi vieux que le vôtre n'hésitent pas, aujourd'hui, à confesser les erreurs et parfois les crimes les plus iniques qui ont, à un moment ou à un autre, terni leur passé ( ...). Toutes ces mises à plat de l'Histoire sont une contribution appréciable à l'éthique de notre temps. Elles gagneraient certainement à être poursuivies et étendues à d'autres contextes le fait colonial, notamment, ne saurait être ignoré." Et M. Bouteflika se félicite de voir sortir "des oubliettes du non-dit la guerre d'Algérie".

 

20 juin 2000:

Le premier, le Monde va répondre au souhait de M. Bouteflika en publiant dans son édition du 20 juin le récit d'une ancienne combattante de l'Armée de libération nationale (ALN), Louisette Ighilahriz, alias Lila, Française mariée à un Algérien. Elle n'a pas été arrêtée par hasard: âgée de vingt ans, elle a rejoint un maquis décimé dans une embuscade le 28 septembre 1957. Grièvement blessée, elle a été transférée à Alger où, pendant trois mois, selon ses dires, elle a été torturée. Elle dénonce ses tortionnaires: "Massu était brutal, infect. Bigeard n'était pas mieux, mais, le pire, c'était Graziani. Lui était innommable, c'était un pervers qui prenait plaisir à torturer: Ce n'était pas des êtres humains."

Personne, à la lecture de ce texte, ne semble alors s'étonner qu'une jeune femme grièvement blessée au combat ait pu survivre à trois mois consécutifs de tortures quotidiennes. Ni qu'une petite auxiliaire des terroristes nécessite l'attention pendant trois mois d'officiers aux importantes responsabilités.

Le général Bigeard s'insurge : "Le témoignage de cette femme est un tissu de mensonges Tout est faux, c'est une manoeuvre."

A l'appui de ses dires le Monde reproduit une photo de torturé, --

Le 26 juin, un nouveau personnage sort du bois: le général Paul Aussaresses, quatre-vingt-deux ans, qui fut attaché au cabinet du général Massu pendant la bataille d'Alger. Interrogé par Georges Fleury, écrivain et ancien militaire ayant servi en Algérie, il confirme l'emploi de la torture dans cette guerre où, pour l'adversaire, tous les coups étaient permis. Ce qui permet au Journal du dimanche, dans lequel paraît cet entretien, de titrer: "Torture : tout le monde savait ".

Dès lors, la machine est lancée. Devancée par le Monde l'Humanité reprend le relais, elle publie à son tour les affabulations de Lila, le 8 Juillet il reprend l'intégralité du livre de Alleg, continue pendant tout l'été, et le 31 Octobre "demande à Jacques Chirac et à Lionel Jospin de condamner ces pratiques"

Cette supplique est signée par les porteurs de valises survivants, Alleg, Audin (la veuve), de Bollardiére (la veuve) Dreyfus, Favreliére, Halimi, Liechti, Reberioux, Schwartz, Tillon, Vernant, Vidal-Naquet.

D'après "Le Livre Blanc de l'Armée française en Algérie." ISBN 2-9517809-0-7

 

23 Novembre 2000:

Dans un interview au Monde, Massu déclare: "J'ai dit et reconnu que la torture avait été généralisée en Algérie (. ..) On aurait dû faire autrement, c'est surtout à cela que je pense. Mais quoi, comment? Je ne sais pas. Il aurait fallu chercher; tenter de trouver. On n'a malheureusement pas réussi, ni Salan, ni Allard, ni moi, ni personne. "

le Monde demande: La France doit-elle officiellement condamner la pratique de la torture, comme l'ont réclamé les signataires de l'appel publié par l'Humanité? "Je pense que ce serait une bonne chose. Moralement, la torture est quelque chose de moche, je prendrais donc cela pour une avancée. Et si cela pouvait avoir d'heureuses conséquences, je trouverais cela très bien."

En général on ne cite que "on aurait dû faire autrement".

 

25 novembre 2000:

Le 24 Novembre, les députés communistes demandent la création d'une commission d'enquête sur "les tortures et les crimes contre l'humanité commis par la France durant la guerre d'Algérie". Cette commission, affirment-ils, "devrait permettre de contribuer à la vérité, recueillir des témoignages, mesurer l'ampleur des crimes commis, les motivations et les conséquences".

Comment vont réagir les socialistes ? Le hasard - mais s'agit-il d'un hasard? -fait que toute cette agitation intervient à quelques jours de leur congrès, prévu à Grenoble. Le premier secrétaire du PS, François Hollande, réaffirme la position définie par Lionel Jospin au dîner annuel du Crif, le 4 novembre: si un "devoir de mémoire" et un "travail de vérité" s'imposent, c'est aux historiens, et non aux politiques, que cette tâche incombe. Il n'est donc pas question d'appuyer la demande de commission d'enquête formulée par les communistes. Le premier ministre (qui soulignera devant l'Assemblée nationale, en juin, que son ancien engagement chez les trotskistes était notamment justifié par son anticolonialisme) le confirme le 25 novembre à Grenoble: "Le conflit colonial (la guerre d'Algérie) ne relève pas d'un acte de repentance collective, ni de procédures judiciaires."

On attendait une prise de position de Jacques Chirac. Elle survient le 14 décembre, à l'occasion d'un entretien télévisé. Le chef de l'Etat affirme: "Nous devons être attentifs à ne pas créer d'événements qui peuvent raviver les plaies. Il y a eu des deux côtés des atrocités qu'on ne peut que condamner sans réserve. Elles ont été le fait de minorités. Mais il y a eu des milliers, des centaines de milliers de jeunes Français qui se sont battus avec courage, et dont la France peut être fière. Je ne ferai rien qui puisse salir leur mémoire ou briser leur honneur: Dans ce type de situation, il faut prendre son temps et laisser faire l'Histoire. "

En somme, le débat pourrait être clos.

D'après "Le Livre Blanc de l'Armée française en Algérie." ISBN 2-9517809-0-7

 

16 Mai 2001:

La salle de commandement du 2éme RPIMA dans l'île de la Réunion est baptisée "Lieutenant Colonel Chateau-Jobert". Retour en grâce du celebre baroudeur, Conan de son nom de résistance, commando SAS, Indochine, Algérie, rejoint l'OAS, condamné à mort par contumace.

 

19 Mai 2001:

Quelques jours après la sortie du livre d'Aussaresses, le Figaro brosse un portrait fouillé, sans complaisance, de cet officier atypique: le lettré qui a obtenu un premier prix de version latine au concours général et a rédigé un mémoire sur "l'expression du merveilleux dans l'oeuvre de Virgile", le résistant gaulliste et anti-franquiste, le spécialiste du renseignement servant en Indochine puis en Algérie, l'original qui déteste les militaires "classiques" (comme le colonel Godard, l'un des hommes-clés de la bataille d'Alger) et fait jouer à la musique du 1 er régiment de chasseurs parachutistes, qu'il a commandé pendant quelques mois en 1966, l'air du Déserteur de Boris Vian, l'homme des réseaux que Jacques Foccart avait constitués en Afrique, lorsque le général De Gaulle régnait à l'Elysée, l'amoureux de Christine Deviers-Joncour quand, après son départ de l'armée, il se fait embaucher à la direction commerciale de Thomson...

A travers le portrait publié par le Figaro, appuyé sur le livre du général et de nombreux témoignages, se dessine en fin de compte une personnalité trouble, portée à la mythomanie et à l'égocentrisme. Mais ce livre, Paul Aussaresses l'a-t-il vraiment écrit?

Toujours dans le Figaro du 19 mai, l'écrivain Georges Fleury, qui connaît bien le général, répond par la négative. A l'origine, explique-t-il, il existait un manuscrit, trois cents pages pudiques de généralités et de réflexions", impubliables. Georges Fleury a conseillé à Paul Aussaresses de "revoir sa copie", en insistant sur la période algérienne. Mais le général a préféré confier ce travail à un "nègre", selon le jargon du monde de l'édition. Du coup, le livre de souvenirs s'est transformé en "une espèce de "torture story", avec un goût morbide pour le voyeurisme intégral".

En somme, le vieil officier, spécialiste des services secrets et des "coups tordus", s'est retrouvé roulé dans la farine. Comme un bleu.

Sur ce livre on se reportera utilement aux pages 15 et suivantes de "Le Livre Blanc de l'Armée française en Algérie." ISBN 2-9517809-0-7 où il est amplement démontré que l'on a affaire à un pur montage médiatique, n'ayant que peu à voir avec la réalité.

 

Dans le tumulte médiatique provoqué par la publication du livre de Paul Aussaresses, dont la première édition a été rapidement épuisée, un petit ouvrage va passer quasiment inaperçu: Guy Mollet face à la torture en Algérie (1956-1957), éditions Bruno Leprince. Ecrit par Denis Lefebvre, président du centre Guy Mollet et secrétaire de l'Office universitaire de recherche socialiste (Ours), créé par celui-ci, il s'efforce de réhabiliter la mémoire de l'ancien secrétaire général de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière, transformée en 1969 en Parti socialiste au congrès d'Alfortville ).

Guy Mollet, authentique résistant, fut en effet appelé à diriger le gouvernement de la France de janvier 1956 à mai 1957. A ce titre, il eut à prendre, en janvier 1957, la lourde décision suggérée par Robert Lacoste - ministre résidant en Algérie, socialiste lui aussi - de confier à l'armée, les moyens de là police étant insuffisants, la charge du maintien de l'ordre à Alger. C'est donc Guy Mollet - dont le garde des Sceaux, ministre de la Justice, s'appelait François Mitterrand - qui assume devant l'Histoire la bataille d'Alger, avec toutes ses conséquences.

Cela lui valut jusqu'à sa mort, en 1975, d'être vilipendé par la "génération morale" de son propre parti, à laquelle appartenait Lionel Jospin. Il vécut ses dernières années dans la solitude. Sans rien renier de son action passée.

Comme Jacques Soustelle, authentique homme de gauche, nommé gouverneur général de l'Algérie par Pierre Mendès France, Guy Mollet était arrivé au pouvoir avec des intentions généreuses: la solution du problème algérien, pensait-il, passait par la négociation.

Mais, de même que Jacques Soustelle avait été bouleversé par l'horrible massacre de plusieurs dizaines d'Européens à El-Halia, en août 1955, et avait modifié son attitude en conséquence, Guy Mollet avait rapidement compris que l'intransigeance du FLN impliquait que toute solution politique passât par l'éradication du terrorisme. D'où sa décision de confier ce soin à l'armée.

Pour autant, rappelle Denis Lefebvre, le président du Conseil s'efforça de maintenir des garanties quant au respect des droits de l'homme (dont le FLN ne se souciait nullement). A sa demande, deux missions d'enquête du Comité international de la Croix-Rouge se rendirent en Algérie en 1956. Une "Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels" fut créée en avril 1957 , composée de personnalités indépendantes et présidée par un conseiller à la cour de Cassation, Pierre Béteille. Présidée par David Rousset, "autorité morale" indiscutable, la Commission internationale contre le régime concentrationnaire, reconnue par l'Onu, se rendit de la même manière en Algérie alors même que Guy Mollet venait de perdre la direction du gouvernement. Ces enquêteurs ne furent évidemment pas en mesure de tout voir, ni de tout contrôler. Il est assez facile de dissimuler ce que l'on ne veut pas montrer.

Du moins les autorités politiques de l'époque accomplirent-elles un effort de clarté dont leurs adversaires se souciaient comme d'une guigne.

D'après "Le Livre Blanc de l'Armée française en Algérie." ISBN 2-9517809-0-7

  

  6 septembre 2.001:

post repris sur soc.culture.algeria.

DU sang !!!! DU SANG Après l'attentat perpétré à la plage de Séraïdi à Annaba (en fait c'est Bône)

Des rescapés racontent l'horreur

Sept personnes ont été assassinées dans la nuit de lundi à mardi. Des campeurs dans une plage très prisée d'Annaba, Oued Bagrat. Parmi eux, une jeune fille de 16 ans. Les rescapés entendent encore ses cris quand les terroristes, venus en tenue militaire, la violaient, avant de l'égorger.

Retour sur une nuit d'horreur. (De notre correspondante à Annaba Sakina B).

La région d'Annaba, qui a été épargnée par les attentats terroristes depuis près de trois ans, renoue avec la violence barbare. La nuit du dimanche à lundi a été une nuit d'enfer pour les quelques estivants et campeurs de la plage Oued Bagrat, qui profitaient des derniers jours de l'été. Cette plage, située à 7 km de la ville, a été le théâtre d'une incursion d'un groupe terroriste composé d'une quinzaine d'éléments en tenue militaire (lire notre édition d'hier). Ces derniers, munis d'armes blanches et à feu, se sont attaqués sauvagement aux paisibles vacanciers qui se trouvaient sur les lieux. Selon les témoignages recueillis auprès des rescapés, il était 20 h 30 quand un groupe de terroristes a investi le parking. " Nous croyions que c'étaient des militaires d'autant que l'on savait qu'il y avait un ratissage dans la région. C'est pourquoi nous étions sereins ", nous confia un rescapé encore en état de choc. "J'étais avec mon ami quand j'ai remarqué un incendie qui s'est déclaré sur le parking. Alors qu'on s'apprêtait à nous rendre sur les lieux, les intégristes armés ont surgi sur la plage et ont tiré à bout portant sur les présents. Affolés, ces derniers se sont jetés à l'eau et regagné le large où ils sont restés. Mon camarade et moi avons couru vers les rochers où nous nous sommes cachés. Ce n'est que bien après l'arrivée de la gendarmerie qu'on est revenus sur la plage. Nous avons plié tout de suite bagage et regagné la ville vers le matin." Deux autres jeunes, qui ont échappé à la folie meurtrière en se cachant derrière une falaise, racontent des scènes macabres auxquelles ils ont assisté de loin : "C'est surtout les cris de la jeune fille qu'ils (les terroristes) ont ligotée pour la violer qui résonnent encore dans ma tête. C'était un cauchemar. Je les ai vus l'égorger et comment elle se débattait Son compagnon, un jeune également, a été égorgé à son tour après s'être défendu." Après un silence, apparemment encore choqué, il reprendra : "La jeune fille égorgée a à peine 16 ans, elle est de Skikda, et campait sur la plage depuis quelques jours. C'est terrible comment elle a été suppliciée." Son camarade renchérira : "En cinq minutes, cette bande de sauvages a pu perpétrer ces carnages en toute quiétude. Avant de se diriger vers les baigneurs, ils ont mis le feu aux voitures légères et aux engins appartenant à une entreprise de travaux publics ; ensuite ils ont pris d'assaut la plage et ont tiré à bout portant." A l'hôpital où nous nous sommes rendus hier matin, le blessé par balle a regagné son domicile, quant au second, qui a la gorge tranchée, il se trouve toujours au service réanimation, son état serait critique. A Seraïdi, lors de notre passage, la population est gagnée par la terreur. La psychose s'est installée au village. Des témoignages concordants font état d'un bilan plus lourd en plus de la disparition de deux jeunes filles de 25 ans, qui seraient originaires de la région. Selon les témoignages, lors de leur repli, les terroristes auraient croisé une voiture (Clio) avec à son bord deux jeunes gens, qui auraient également été égorgés. Une troisième personne, agent de la Protection civile de son état et qui se rendait à pied à la plage, aurait reçu une balle dans la tête. En l'absence de tout bilan officiel, et malgré nos multiples tentatives, nous nous sommes référés aux témoignages des citoyens. Depuis hier, un ratissage est lancé par les forces combinées et un important dispositif sécuritaire est déployé sur les monts de l'Edough qui surplombent les lieux du drame. Cette zone montagneuse a connu au cours de cette année deux importantes attaques terroristes, l'une dans la région de Berrahal, au mois de janvier, où cinq Russes ont été assassinés, et l'autre dans la région de Chettaïbi où un chef de la brigade de la gendarmerie a été tué et deux gendarmes blessés. Ces deux massacres ont été perpétrés par les hommes de l'émir Mebrek, activement recherchés par les forces de sécurité. La population annabie (en fait Bônoise), touchée dans sa chair et son sang, enterre ses morts dans le silence et la dignité. Sakina B.

Hé hé on dirait un reportage de l'écho d'Alger de 1.956 ou 57 et pourtant c'est de 2001.

 

23 septembre 2001 :

A la recherche de voix Chirac déclare : "la France n'a pas su sauver ses enfants de la barbarie.

Il parle des harkis assassinés par la FLN.

Depuis, création le 25 Septembre d'une journée d'hommage et de souvenir, médailles, poignées de mains.

Ce même 25 Septembre, Mesmer (de l'académie française) déclare au Monde: "Le principal responsable, c'est le FLN qui a trompé les harkis et qui les a ensuite massacrés (...) Il faut poursuivre les dirigeants du FLN y compris certains ministres algériens en exercice. Monsieur Bouteflika est un ancien FLN et je le tiens pour l'un des principaux complices des crimes commis contre les harkis".

Lui-même poursuivi par les associations harkis, c'est un plaidoyer pro domo, mais bon il peut plaider avoir cru en la parole (et même la signature) des terroristes, plaider en quelque sorte le vide intellectuel et l'incapacité à voir la réalité.

 

12 Mars 2.002:

La France remet au gouvernement algérien le lycée Lamoriciére d'Oran (rebaptisé Pasteur lors de l'indépendance pour pas froisser les susceptibilités FLN). Il n'y a plus d'enseignement français à Oran. La France oublie de rapatrier le monument au mort des anciens du lycée, laissant aux algériens le soin d'éradiquer ces morts inopportuns.

 

5 Juillet 2002 :

 Le juge Jean-Baptiste Parlos a refusé d'instruire une nouvelle plainte contre X pour crimes contre l'humanité déposée par onze familles de pieds-noirs disparus ou assassinés entre les accords d'Evian et l'indépendance de l'Algérie. On peut discuter du bien fondé d'une telle plainte, mais c'est le motif du rejet qui attire l'attention, car il est parfaitement erroné. Ce qui est grave est qu'il a été établi par le parquet de Paris, et que le juge a suivi le parquet les yeux fermés. Le motif, c'est que les crimes commis durant la guerre d'Algérie sont amnistiés depuis la loi de 1968; qu'en outre la notion de crime contre l'humanité n'est reconnue en France que depuis 1994 ou pour des faits commis par les forces de l'Axe pendant la seconde guerre mondiale. C'est, avec une variante, ce qui fut également opposé aux anciens prisonniers de Boudarel. Or il s'agit d'une imposture juridique. La loi de 1994 n'a fait que préciser ce que l'on entendait par crimes contre l'humanité et a consacré l'imprescriptibilité de ces crimes: il sont ainsi, par le fait même, distincts des crimes amnistiés. Le rôle de la justice est de distinguer ce qui relève des crimes amnistiés et ce qui peut relever éventuellement du crime contre l'humanité, et non pas de rejeter l'examen a priori.

 

3 Avril 2003:

Dans une tribune du Monde, le 3 avril 2003, Germaiine Tillon plus connue par une intervention malheureuse dans le même Monde où elle affirmait à tort que Saadi, à sa demande, avait interrompu la pose de bombes, écrit un superbe article sur les harkis. Elle y dit notamment:

"Je suis en train de me battre pour les harkis. Car quarante ans après la guerre, la permanence du rejet et de l'intolérance, ce sont des bêtises noires! Pourquoi les harkis n'auraient-ils pas le droit d'être des harkis? Quand on a porté un uniforme de soldat, on reste fidèle à cet uniforme, quand on habite un pays, on reste fidèle à ce pays et on est aussi innocent dans les deux cas. (...) Les harkis sont les liens entre l'Algérie et la France car les mots à prononcer sur les deux rives de la Méditerranée, à l'égard de tous, sont amitié, connaissance, franchise amicale".

Entre 1934 et 1940, Germaine Tillon avait réalisé quatre séjours en Algérie, pour étudier - elle était ethnologue - les Berbères Chaouias dans le cadre de sa thèse. Pendant l'Occupation, elle deviendra chef du réseau de résistance du musée de l'Homme, avec Jacques Soustelle.

Germaine Tillon reviendra en Algérie en 1954. Elle y participera à la demande de son ancien camarade de combat à la création des centres sociaux. Pas pour contrer la France "coloniale" mais pour soulager la vie de tous les Algériens.

 

10 Juin 2004:

Décès à Vittel, à quelques kilomètres de sa maison natale où il s'était retiré après sa libération de prison, en 1968, le dernier des combattants de l'algérie française, du colonel Argoud.

Il se consacrera à la graphologie, avec un certain succès et écrira un livre de souvenir "La décadence, l'imposture et la tragédie" (chez fayard) dont la lecture ces jours montre son incomparable prédiction de l'avenir.

 

Juillet 2004:

Le gouvernement français donne enfin aux parents accès aux archives officielles concernant leurs disparus:

Des archives nouvelles révèlent le sort atroce réservé aux Européens d'algérie après le cessez-le-feu du 19 mars 1962.

Je demeure engagé dans notre entreprise commune visant à traduire dans un traité d'amitié notre partenariat d'exception. Il y va de l'avenir de notre pays et de nos deux peuples. Ces lignes ont été adressées par Jacques Chirac, début janvier, à Abdelaziz Bouteflika. Plus que jamais, le chef de l'État souhaite la signature d'un traité d'amitié entre les deux pays. À quel prix ? Le président algérien n'a cessé, l'an dernier, d'appeler la France à faire repentance: "L'occupation (française) a adopté la voie de l'extermination et du génocide qui s'est inlassablement répété durant son règne funeste ", accusait-il le 8 mai 2005 à Sétif.

Or, dans le même temps, la France lève le voile sur des archives effrayantes: elles concernent les enlèvements d'Européens et les sévices infligés aux harkis après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il s'agit de documents du 2e Bureau conservés au Service historique de l'armée de terre : procès-verbaux de gendarmerie, dépêches et analyses du 2e Bureau, listes, photographies...

Sous la pression des familles de victimes et de la Mission interministérielle aux rapatriés, le Quai d'Orsay a autorisé en juillet 2004 l'accès aux dossiers des Européens disparus en 1962: 2 281 dossiers contenant les correspondances des ambassades et des consulats de France en Algérie, ainsi que des fiches individuelles d'enquête établies par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ce qu'y découvrent les familles des disparus confine à l'horreur.

"Probablement égorgé, cadavre jeté dans le four d'un bain maure (témoin européen anonyme). "Viviane Ezagouri-Pinto a lu ces mots le 24 août 2004, quarante-deux ans après la disparition de son père dans les émeutes du 5 juillet 1962 à Oran. "Pendant un an, j'ai perdu le sommeil, je ne pouvais plus m'approcher d'une source de chaleur sans pleurer", raconte cette Oranaise de 60 ans, anéantie par la brutalité de la nouvelle. Sans un mot de condoléances, le ministère des Affaires étrangères lui a envoyé le rapport établi le 21 août 1963 par la Croix-Rouge suisse, indiquant les circonstances terribles de la mort de Joseph Pinto. "Nous voulons savoir pourquoi la France a caché pendant quarante-deux ans qu'elle savait ce qu'étaient devenus ces gens", dit Jocelyne Quesada, vice-présidente de l'association des Oraniens.

Joseph Pinto était représentant de commerce. Il a disparu le 5 juillet 1962, date choisie par le FLN pour fêter l'indépendance nouvellement acquise. La veille, les voitures de l'armée ont sillonné les rues d'Oran pour inciter les pieds-noirs, apeurés, à sortir de chez eux: "L'armée française garantit la sécurité des Européens. Vous ne courez aucun danger!" Vers dix heures, Joseph Pinto décide d'aller "sentir l'atmosphère". Le rapport de la Croix-Rouge précise: "L'enlèvement a eu lieu à 15 h 30, rue Léon-Djéan, à hauteur du n° 18" Sa fille sort elle aussi rejoindre son fiancé. Tous deux sont arrêtés, mais rapidement libérés par un commandant de l'Armée de libération nationale qui la connaissait de vue.

Vers onze heures et demie, après un tir de rafale, civils et militaires musulmans de l'ALN entament une chasse à l'Européen. "On rafale, on égorge, on entasse les otages dans des camions qui les emmènent en direction de l'aéroport ou derrière le commissariat central. C'est la boucherie" raconte Geneviève de Ternant dans l'Agonie d'Oran. Le général Katz, alors commandant du secteur autonome d'Oran, accuse l'OAS d'être à l'origine du coup de feu initial. Le journal de marche du 4e zouave parle d'une rafale tirée par "un individu musulman (vêtu d'une robe verte)".

Le 6 août 1962, les Pinto, en Algérie depuis cent dix ans, partent définitivement sur le bateau des rescapés du 5 juillet, l'Exodus. Jean de Broglie, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, leur envoie un courrier le 19 septembre 1963. Il parle de "forte présomption de décès", expliquant sans plus de précisions "qu'il n'y a malheureusement plus d'espoir de retrouver en vie Joseph Pinto". Une lettre type envoyée à un très grand nombre de familles. En 1967, les Pinto reçoivent un certificat de décès, délivré automatiquement au bout de cinq ans. À chaque fois, il leur est répété que le gouvernement met tout en oeuvre pour le retrouver...

Plus de nouvelles jusqu'en 2004. Informée de l'ouverture des archives, Viviane remplit un formulaire sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères. Un mois plus tard, elle lit la formule habituelle, "Ci-joint copie des documents conservés à Paris" avant de découvrir la terrible vérité: "Probablement égorgé" "Je connais enfin le sort de mon père, mais à quel prix!", déplore Viviane. Elle repense aux journées passées à chercher son père, dans les bureaux, les hôpitaux, les morgues, à la mairie, sans pouvoir accéder au stade où étaient parqués des centaines de prisonniers. Elle se souvient des photos des massacres prises par les gendarmes, sur l'une desquelles elle avait reconnu une marchande de loterie." Les photos des cadavres existent, nous demandons à les consulter: nous avons le droit de savoir où ont été enterrés les corps de nos proches."

Depuis août 1963, l'Algérie et la France étaient en possession des résultats de l'enquête concernant les disparus européens, résultats que les deux pays ont décidé de ne pas rendre publics. "Ils ont voulu étouffer l'affaire!", clament les associations de rapatriés. Pour elles, le gouvernement de l'époque a empêché les militaires présents à Oran d'intervenir pour arrêter le massacre, se rendant complice des assassins. "L'armée est intervenue sur-le-champ", rétorque le général Katz. Une affirmation en contradiction avec le journal de marche et d'opérations (JMO) manuscrit de l'armée française, sur lequel figure, après la fusillade, cette indication: "Les troupes restent consignées." Il y a eu cependant quelques actions individuelles, notamment celles des 2e et 4e zouaves ou du 8e Rima, qui ont permis de sauver un grand nombre de civils européens. "Il ne s'agit pas d'une intervention générale de l'armée française (...), mais de la décision de se soustraire partiellement à la rigueur des directives de l'état-major français, devant l'ampleur et la gravité inattendues des troubles", explique l'historien Jean Monneret dans la Phase finale de la guerre d'Algérie.

Abdelaziz Bouteflika veut que la France fasse repentance et la France veut son traité d'amitié. Le 17 octobre 2001, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a déposé sur le boulevard Saint-Michel une plaque "à la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1962".

L'an dernier, le gouvernement a demandé pardon pour les événements du 8 mai 1945 à Sétif. Oublier les victimes de la fusillade de la rue d'Isly à Alger le 26 mars 1962 ou les massacres du 5 juillet serait une injustice.

L'administration a fait preuve d'une froideur choquante.

Le 22 septembre 1995, Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité du gouvernement de l'époque, affirmant: "La France, en quittant le sol algérien, n'a pas su sauver ses enfants... Il faut réparer aujourd'hui les erreurs qui ont été commises." Dix ans après, Bernard Coll, secrétaire général de l'association Jeune pied-noir, demande "la reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État, à travers l'abandon et l'absence de protection, la non-évacuation ou non-récupération des Français d'Algérie de toutes origines, harkis, pieds-noirs et amis, dans les massacres et disparitions" postérieurs au 19 mars.

L'administration française, en envoyant d'une manière aussi brutale le rapport de la Croix-Rouge, a fait preuve d'une froideur choquante. "Ils ne se sont pas rendu compte combien ça pouvait faire mal", explique Viviane.

Depuis, les choses ont évolué, et le ministère a changé d'attitude: les formulations se sont affinées. Au rapport envoyé à M. Fulgencio, dont la mère et le frère ont disparu, a été joint ce message de condoléances: "Dans cette douloureuse circonstance, soyez assurés que les plus hautes instances de la République sont sensibles à votre peine." Avant d'envoyer le rapport, le Quai d'Orsay propose désormais un psychologue et vérifie que les familles sont soutenues et préparées au choc.

La campagne réduisant la présence française en Algérie à cent trente ans de violences et de morts est loin d'être terminée. Mais l'ouverture de ces nouveaux fonds d'archives laisse espérer une approche des faits plus objective et surtout plus historique, fondée sur des preuves tangibles.

Agnès Lacombe

Valeurs Actuelles n° 3608 paru le 20 Janvier 2006

 

15.08.2004

A l'occasion de la commémoration du soixantième anniversaire du debarquement de Provence, Chirac fait fête au président Bouteflika.

Ces manifestations sont l'occasion de constater la totale disparition des pieds noirs de l'histoire, les gens ayant débarqués en Provence étant tous devenus des algériens, représentés par Bouteflika.

 

5.11.2004:

Jamais en retard d'une désinformation ou d'un mensonge, le Monde salit la mémoire de Degueldre. Toute l'affaire, Degueldre_et_le_Monde.

 

8.01.2005:

Emouvante ceremonie à Paris, les officiels du FLN embrassent leurs porteurs de valise et leur remettent une médaille commemorative frappée pour l'occasion. De façon étonnante, cette médaille ne montre ni harki égorgé, ni enfants dechiquetés par les bombes.

 

15.03.2005:

."L'Etat chiraquien planifie la profanation officielle des cimetières français d'Algérie", dénonce Bernard (Romain, Marie) Antony, président de l'AGRIF, après l'annonce que 62 cimetières vont être rasés, sur instruction non du gouvernement algérien, mais du gouvernement français.

Et sans qu'une modeste plaque ou un petit monument ne rappelle leur emplacement.

Poursuite de l'éradication de cent trente ans de progrès en algérie.

L'AGRIF "dénonce cette nouvelle ignominie de la Ve République à l'encontre des Français d'Algérie et la qualifie de profanation d'Etat."

Les familles qui souhaitent rapatrier les restes de leurs parents n'ont que jusqu'au 15 mai pour les identifier, et devront payer 1500 euros.

"L'Etat français, accuse l'AGRIF, n'a-t-il pas les moyens de financer ce rapatriement, lui qui subventionne le régime algérien? L'ignominie est totale."

Notez, on en a l'habitude. Un cimetière non soumis au regroupement.

 

8.05.2005:

Un message du président Bouteflika a été lu lors d'un colloque organisé samedi à Sétif, dans l'Est algérien, pour commémorer les massacres de civils commis par l'armée coloniale française dans cette ville le 8 mai 1945. Ce carnage a fait, selon les sources, entre 10.000 et 45.000 morts, au moment même où la guerre se terminait de l'autre côté de la Méditerranée.

Malgré ce texte, dans lequel le président algérien évoque "un génocide" commis par la France et compare l'Algérie à "un gigantesque camp de la mort" pendant l'épisode colonial (1830-1962), le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattei, a affirmé mercredi que l'objectif de la France était "de conclure le traité (d'amitié franco-algérien, ndlr) avant la fin de l'année".

 

Principaux extraits du texte du chef de l'Etat algérien :

 

"Dès le 1er mai 45, les forces d'occupation avaient l'intention de perpétrer des massacres contre le peuple algérien", écrit le chef de l'Etat algérien dans un discours lu en son nom par le ministre des Moudjahidines (Anciens combattants), Mohamed Cherif Abbas.

"La manière avec laquelle l'Etat français a fait face à ces événements (de Sétif, ndlr) est somme toute barbare et traduit clairement le mépris de l'occupant pour la vie des Algériens et son dénigrement de leurs droits en les livrant à ses avions, ses chars et ses canons et en faisant d'eux des proies aux colons comme dans une partie de chasse. (...)

"Qui ne se souvient des fours de la honte installés par l'occupant dans la région de Guelma au lieu dit "El hadj Mebarek" (...) Ces fours étaient identiques aux fours crématoires des nazis. (...)

"De telles pratiques se sont multipliées notamment durant la deuxième moitié du 19e siècle sans oublier les affres endurées par la population durant la guerre de libération, l'ennemi ayant perfectionné ses moyens de torture, d'extermination et de destruction faisant de l'Algérie un gigantesque camp de la mort et de la torture ceint de fils barbelés et de champs de mines. (...)

"L'occupation a foulé la dignité humaine et commis l'innommable à l'encontre des droits humains fondamentaux et au premier plan le droit à le vie et adopté la voie de l'extermination et du génocide qui s'est inlassablement répétée durant son règne funeste. (...)

"Les massacres du 8 mai 45 étaient-ils la récompense des Algériens pour avoir défendu héroïquement la France, un héroïsme que l'histoire a retenu et que les historiens du colonisateur ont eux-mêmes reconnu? L'Etat français qui a essuyé un échec cuisant en quelques semaines devant le nazisme cherchait-il une victoire illusoire sur des innocents et des opprimés ? (...)".

 

Saluant les propos de l'ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, qui en février avait qualifié les massacres de Sétif de "tragédie inexcusable", Abdelaziz Bouteflika dit toutefois attendre "un geste plus probant" de la France. "Un geste qui libérerait la conscience française des cauchemars de la longue nuit coloniale et des remords du monde", une démarche nécessaire selon le président algérien "pour voir s'ouvrir de larges et nouvelles perspectives d'amitié et de coopération entre deux peuples".

 

Juin 2005 

Hocine Hait-Ahmed, l'un des chef historique du FLN a déclaré a un journaliste de La revue " ENSEMBLE " N° 248 de l'Association Culturelle d'Education Populaire en juin 2005 :

"Plus qu'un crime, une faute ! - Une faute terrible pour l'avenir politique, économique et même culturel, car notre chère patrie a perdu son identité sociale. N'oublions pas que les religions, les cultures, juive et chrétienne se trouvaient en Afrique du Nord bien avant les arabo-musulmans, eux aussi colonisateurs, aujourd'hui hégémonistes. Avec les Pieds-Noirs et leur dynamisme - je dis bien les Pieds-Noirs et non les Français - l'Algérie serait aujourd'hui une grande puissance africaine, méditerranéenne. Hélas !

Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents et dont l'Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens."

D'accord c'est un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais !

 

 18.09.2005: 

La guerre d'Algérie revisitée : zones d'ombre, points aveugles (2002) Enfin des historiens non engagés essayent de faire honnêtement leur métier, Cet effort resistera-t-il aux pressions conjointes des vainqueurs de cette guerre?

Le dimanche 18 septembre 2005 l'enseignant d'histoire contemporaine à l'université de Toulouse, Guy Pervillé met en ligne le texte suivant:.  

Cette communication a été présentée au colloque La guerre d'Algérie dans la mémoire et l'imaginaire, organisé à Paris par Anny Dayan-Rosenman et Lucette Valensi les 14, 15 et 16 novembre 2002, et publié en 2004 par les Editions Bouchène, Saint-Denis (pp. 225-233).

 La guerre d'Algérie est entrée depuis une douzaine d'années dans l'étape de la relève de la mémoire par l'histoire, en France tout au moins. Les colloques se sont multipliés [1], et plusieurs thèses et ouvrages fondamentaux ont abordé de front les sujets les plus délicats : le vichysme en Algérie [2], la révolte et la répression de mai 1945 [3], la justice en guerre [4], la torture et l'armée [5], la mémoire douloureuse des appelés [6]...Pour des historiens du XXIème siècle, marqués par l'héritage de l'école des Annales, la tentation est forte de définir des problématiques audacieuses, en dédaignant l'histoire événementielle considérée comme suffisamment connue. Et pourtant, la connaissance des événements par les historiens reste largement tributaire des publications antérieures, oeuvres d'acteurs, de témoins et de journalistes, qui étaient les principales sources d'information avant l'ouverture de la majeure partie des archives publiques françaises à partir de 1992. C'est pourquoi elle souffre de graves insuffisances qu'il convient de signaler. Comme le dit Gilbert Meynier, l'histoire positiviste est le degré numéro 1 de l'histoire, mais ce degré reste indispensable. 

De nombreux auteurs, parmi lesquels celui de la présente communication [7], se sont crus obligés de présenter des synthèses globales de la guerre d'Algérie pour répondre à la demande sociale, sans disposer des monographies et des synthèses partielles que les maîtres de l'école méthodique jugeaient un préalable indispensable à toute généralisation bien fondée : " une vie d'analyses pour une heure de synthèse " (Fustel de Coulanges). Ainsi, nous avons mis la charrue avant les boeufs. Ce n'est pas une raison de condamner toutes ces synthèses prématurées, mais il serait bon de confronter leurs idées générales à des recherches plus limitées qui permettraient de les vérifier, de les infirmer ou de les nuancer. 

Notre connaissance des faits privilégie les "grands événements" qui ont retenu l'attention des journalistes parce qu'ils se sont déroulés, le plus souvent, à Alger ou à Paris. Mais elle laisse dans l'ombre ou le flou de larges intervalles chronologiques et de vastes espaces géographiques [8], parce que les témoignages qui les concernent sont très dispersés et fragmentaires. C'est pourquoi nous avons besoin de séries de monographies locales ou régionales, couvrant toute la durée de la guerre, et permettant des comparaisons systématiques avant toute généralisation. Etant donné la répartition très inégale de la population dite européenne (y compris les juifs autochtones) à travers l'espace algérien, il conviendrait d'établir des séries de monographies urbaines, en distinguant les villes ayant eu longtemps une majorité non musulmane (Oran, Alger, Sidi-Bel-Abbès, Bône et Philippeville) et celles qui ont toujours conservé une majorité musulmane absolue ou relative (Tlemcen, Constantine). De même, il conviendrait d'étudier séparément les campagnes fortement marquées par la colonisation (plaines d'Oranie et des environs d'Alger) et celles qu'elle n'a pas directement touchées (montagnes de Kabylie, de l'Aurès, du Nord-Constantinois), en distinguant également les régions arabophones et les berbérophones. Or, les études monographiques sont encore trop rares [9]. Elles sont pourtant très rentables, car elles permettent de découvrir et de révéler rapidement des faits inconnus [10]. Et elles permettraient ensuite de vérifier , d'infirmer ou de nuancer des hypothèses suggérées par la géographie : par exemple, celle suivant laquelle la force du nationalisme algérien musulman était inversement proportionnelle à l'importance du peuplement européen [11]. 

Mais les "grands événements" sont-ils aussi bien connus qu'on le croit? Disons plutôt qu'ils sont moins mal connus que les autres [12]. Par exemple, les bilans de la " bataille d'Alger " et de la " bataille de Paris " sont encore loin d'être incontestablement établis. Et ces incertitudes statistiques traduisent des problèmes de fond.

L'exemple de la " bataille d'Alger " est particulièrement significatif. Le bilan officiel du terrorisme, cité en 1958 par Jacques Chevallier [13](751 attentats, ayant fait 314 morts et 917 blessés, en quatorze mois) n'a été cité depuis par aucun autre auteur [14]. Il convient sans doute de le vérifier soigneusement, pour savoir s'il inclut ou non les victimes des attentats "contre-terroristes", ou messalistes ; mais aucune étude n'en a été faite à ma connaissance. Au contraire, le bilan supposé de la répression militaire française a été largement diffusé. Depuis la publication par Yves Courrière, en 1969, du deuxième volume de sa Guerre d'Algérie, intitulé Le temps des léopards, l'idée s'est accréditée que l'action répressive du général Massu à Alger en 1957 s'était soldée par 3.024 disparitions dans les trois premiers mois, et près de 4.000 en tout. Bilan fondé par l'auteur sur la lettre de démission du secrétaire général de la préfecture d'Alger chargé de la police, Paul Teitgen, [15] et sur la reproduction d'un document communiqué par celui-ci [16]. Or, le colonel Godard, ancien chef d'état-major de la Xème division parachutiste, a démontré d'une façon convaincante que ce document présenté comme une preuve indiscutable ne prouvait rien. Dans son livre, Les paras dans la ville, il a reconstitué l'intégralité du document publié sous une forme tronquée par Yves Courrière, indiqué qu'il s'agissait d'un tableau des entrées et des sorties du centre de transit et de tri de Beni Messous (ou de l'ensemble des CTT d'Alger) entre le 28 janvier et le 2 avril 1957, et constaté que le total des 3.024 "qui manquent" était la somme des 1.112 détenus libérés, des 1.829 transférés au camp d'internement de Paul Cazelles, et des 83 remis aux autorités militaires ou de police [17].

Lors d'un séminaire sur l'information des Français pendant la guerre d'Algérie, organisé à l'Ecole normale supérieure par un groupe d'élèves le 6 février 1973, j'ai plusieurs fois demandé à Paul Teitgen ce qu'il pensait de l'interprétation du colonel Godard [18]. Il n'a pas répondu directement sur ce point, mais il a clairement démenti les allégations d'Yves Courrière sur le nombre de disparus de la "bataille d'Alger". En effet, il a déclaré que les nombres qu'il avait cités ne concernaient pas seulement la ville d'Alger, mais les cinq départements de la région (le tiers de l'Algérie du Nord), et que celui de 3.024 disparus ne portait pas sur les deux premiers mois de la bataille d'Alger, mais comptabilisait les disparus jusqu'au 1er septembre 1957, date de son départ. Pourtant ces explications, fournies par Paul Teitgen, ne correspondent pas aux données du document précisément expliqué par le colonel Godard, et malgré plusieurs tentatives durant cette séance, je n'ai pas obtenu de réponse satisfaisante [19]. Il n'en reste pas moins que l'affirmation d'Yves Courrière ne peut être retenue.

Pouvons-nous attendre plus de lumière des responsables militaires? Le général Massu a reconnu en 1971, dans son livre La vraie bataille d'Alger, qu'en neuf mois " Yacef Saadi avait perdu moins d'un millier d'hommes - très probablement le nombre relativement faible de trois cents tués - dans l'organisation terroriste de la zone autonome d'Alger " [20], estimation qui ne semble pas incompatible avec les listes de disparus publiées jusqu'à présent [21]. Or, tout récemment, le général Aussaresses a prétendu fournir la clé des statistiques officielles, en indiquant que les " suspects qu'on ne garde pas " se trouvaient camouflés dans la colonne "libérés" [22](ce qui donnerait 1112 disparus sur le document cité plus haut). Mais est-il vraisemblable que toutes les morts inavouables aient été enregistrées dans la même catégorie, et que celle-ci leur ait été entièrement réservée? Il me semble plus prudent d'admettre que le vrai bilan de la bataille d'Alger est encore inconnu, et qu'il reste à établir. Au-delà de l'approche statistique, nous manquons encore d'une grande étude systématique de la " bataille d'Alger " qui ne se limite pas à la seule répression militaire, mais qui prenne en compte l'ensemble de l'affrontement entre le FLN et les forces françaises en 1956 et 1957 pour en éclairer la logique.

Le bilan de la "bataille de Paris", ou plutôt de la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, a gagné en précision grâce à l'action de Jean-Luc Einaudi, qui a obligé les pouvoirs publics et même l'ancien préfet de police Maurice Papon à démentir l'ancien bilan officiel grossièrement minimisé (trois morts) en le multipliant par dix. Mais il subsiste encore un écart de dix contre un entre les bilans proposés par Jean-Luc Einaudi (" 393 morts et disparus en septembre et octobre 1961, dont 159 à partir du 17 octobre " [23]) et par l'historien Jean-Paul Brunet, qui retient une 'fourchette' de 30 à 50 morts [24]. Sans pouvoir traiter ici le fond du problème, il me semble bon de rappeler quelques principes de méthode indispensables pour tirer des conclusions fondées. Nul ne doit affirmer davantage que ce qu'il est en mesure de prouver, ni confondre ce qui lui paraît une hypothèse très vraisemblable [25] avec un fait établi. Il faut distinguer très clairement le bilan de la répression du 17 octobre 1961 et celui de l'escalade de la violence mutuelle qui l'avait précédée, depuis la fin août au moins. Il n'existe que deux méthodes sûres pour compter des victimes : dresser des listes de corps retrouvés, ou des listes de disparus définitifs, et il n'est pas permis de les additionner sans précaution (par exemple, additionner des cadavres non identifiés et des disparus identifiés). L'imputation de chaque mort identifié à la police ou au FLN, ou à une autre cause, ne peut se faire sans une enquête approfondie cas par cas, sous peine d'être faussée par des a priori politiques, et en cas d'incertitude il faut s'abstenir de conclure. Enfin, il ne faut pas extrapoler le bilan du 17 octobre 1961 à l'ensemble de la " bataille de Paris " ou de la guerre d'Algérie en France : on sait que celle-ci a été un affrontement triangulaire entre le MNA, le FLN et les " forces de l'ordre " pour le contrôle de la colonie algérienne émigrée en France, dont le bilan reste lui aussi à établir, puisque les statistiques officielles ne distinguent pas les victimes des deux terrorismes algériens, et semblent ignorer les victimes de la répression policière [26]. Ainsi, le problème très médiatisé depuis quelques années du 17 octobre 1961 cache celui, beaucoup plus important mais encore mal connu, de la guerre d'Algérie en France.

D'autres événements non moins importants restent méconnus ou très mal connus, soit parce que les enquêtes sérieuses qui ont été faites sont trop peu diffusées et trop peu relayées par les médias, soit parce qu'aucune enquête méthodique n'a pu être faite.

Dans le premier cas, nous pouvons citer l'ouverture du feu par un barrage de tirailleurs algériens de l'armée française sur une foule manifestant pacifiquement pour l 'Algérie française dans la rue d'Isly à Alger le 26 mars 1962, et la fusillade suivie d'une vague d'enlèvements et de massacres d'Européens par des Algériens à Oran le 5 juillet 1962, lors du défilé de l'indépendance. Les témoins du premier événement contestent vigoureusement le bilan officiel du nombre des victimes en s'appuyant sur des listes nominatives de morts et de blessés hospitalisés [27], et surtout l'imputation à l'OAS de la responsabilité directe du premier coup de feu qui aurait déclenché la fusillade. Ceux du deuxième contestent également l'attribution du premier tir à un desperado de l'OAS en déroute, ils dénoncent la passivité des troupes françaises encore présentes à Oran [28], et la volonté officielle de minimiser l'ampleur et la cruauté du massacre. Ces deux événements, qui concernent principalement des Français d'Algérie, ont fait l'objet d'enquêtes approfondies [29] par des témoins appartenant à la même communauté ; mais elles n'ont été publiés que par des éditeurs de même origine et ne sont pas diffusées en librairie, parce qu'elles sont censées ne pouvoir intéresser que des " pieds-noirs " et des sympathisants de leur cause.

Ces deux enquêtes ont été reprises et complétées par la thèse d'un historien natif d'Alger, Jean Monneret [30], qui aborde également deux autres grands drames de la fin de la guerre d'Algérie : les milliers d'enlèvements [31] qui ont frappé les Français d'Algérie et précipité leur exode massif après le cessez-le-feu et après l'indépendance, et les massacres de " harkis " commis à la même époque, par le FLN ou par des groupes armés s'en réclamant à tort ou à raison. Ces deux événements de très grande ampleur sont moins faciles à cerner que les deux cités plus haut, parce qu'ils se sont produits sur tout le territoire algérien, et en grande partie loin du regard des autorités civiles ou militaires françaises. C'est pourquoi il est très difficile d'en établir des bilans statistiques incontestables (tout particulièrement au sujet des massacres de harkis). Et c'est pourquoi leur reconnaissance par la mémoire nationale souffre de la diffusion, dans un secteur minoritaire de l'opinion publique, de nombres mythiques aussi invraisemblables qu'impossibles à prouver (25.000 " pieds-noirs " disparus, dont 3.000 à Oran le 5 juillet [32], et 150.000 harkis massacrés). Par un véritable cercle vicieux, le silence officiel provoque l'exagération de la part des intéressés, qui suscite à son tour l'incrédulité générale. La levée des incertitudes ne pourrait se faire que par une confrontation systématique des témoignages et des documents dans les deux pays, qui suppose une égale bonne volonté des deux Etats ; mais celle-ci est encore inimaginable, parce que ces deux tragédies contraires aux accords d'Evian mettent en cause leur responsabilité.

Il existe encore quelques événements très mal connus faute d'enquête sérieuse, dont voici deux exemples.

La "nuit rouge de la Soummam", racontée par Yves Courrière dans Le temps des léopards [33], serait l'événement le plus sanglant de toute la guerre: le massacre en une seule nuit, au printemps 1956, de 1.000 ou 1.100 habitants d'un village nommé Ioun Daguen, en Petite Kabylie, par les troupes du futur colonel Amirouche qui leur reprochait d'avoir formé une harka pour combattre l'ALN. Intrigué par l'absence de date précise, j'avais cherché ce gros village sur les cartes de l'époque et dans les répertoires officiels de circonscriptions administratives, sans succès. Le mémoire de maîtrise d'Arnaud Jeanjean, La guerre d'Algérie en Kabylie [34], a fait le point sur les contradictions des diverses versions existantes, et montré qu'il ne s'agissait probablement pas d'un seul massacre, commis en un seul lieu et en une seule nuit. Même ainsi étalés, ces 1.100 morts supposés n'apparaissent pas dans les statistiques officielles des victimes du terrorisme, dont la courbe culmine en mai 1957 avec les massacres de Melouza et de Wagram [35]. Comment donc expliquer leur éventuelle occultation, alors que la divulgation d'un tel événement aurait pu aider efficacement la propagande française à contester la représentativité du FLN ?

Un autre exemple tout aussi frappant est celui du charnier de Khenchela, exhumé en 1982 à l'emplacement d'un ancien camp militaire français. Ce charnier contenant près de 1.200 cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants, le plus important jamais découvert en Algérie, a été imputé à l'armée française par les autorités et par la presse algériennes, ainsi que par le quotidien français Libération après une enquête de son envoyé spécial Lionel Duroy [36]. De nombreux anciens officiers français, indignés, ont attribué ce charnier à un massacre de harkis après l'indépendance, sans autre preuve que leur intime conviction de l'impossibilité qu'un tel crime pût être l'oeuvre de l'armée française. Or, l'affirmation du capitaine Pierre Rivière, suivant lequel les harkis d'Edgar Quinet auraient été massacrés à Khenchela avec leurs familles, a été reproduite dans plusieurs livres, notamment dans ceux du général Maurice Faivre [37] et de Jean Monneret [38], mais elle a été démentie par le lieutenant-colonel Jean Nouzille, qui a retrouvé en France ses anciens harkis d'Edgar Quinet. Ce n'est pourtant pas une confirmation suffisante de la version de Lionel Duroy, qui a eu le tort de se contenter d'une demi-enquête en ne cherchant pas à savoir ce qui avait pu se passer après le départ des troupes françaises, début juillet 1962. Ce journaliste a d'ailleurs modifié ses conclusions en affirmant que le charnier existait déjà en 1958, et qu'il résultait d'un massacre commis vraisemblablement peu après l'insurrection du 20 août 1955, tout en admettant qu'une partie des cadavres pouvait ne pas en provenir. En dépit de ses insuffisances, cette enquête reste incontournable. La seule tentative de réfutation argumentée est celle du commandant Déodat du Puy Montbrun, qui avait un terrain d'atterrissage d'hélicoptères à l'emplacement même du charnier de 1955 à 1960, et qui juge son existence à l'époque matériellement impossible en se fondant sur des photographies aériennes [39]. Mes tentatives de dissiper le mystère en diffusant un appel à témoignage n'ont abouti, jusqu'à présent, qu'à l'épaissir. L'enquête reste donc à poursuivre.

Les historiens ne peuvent évidemment pas borner leur ambition à jouer le rôle de juges d'instruction, comptant des cadavres ou des disparus et cherchant à en identifier les bourreaux ; et ce d'autant moins qu'ils ne sont pas sûrs de pouvoir y arriver si longtemps après les faits. Mais ils ne peuvent pourtant pas se résigner à laisser subsister de si graves incertitudes sans s'efforcer de les dissiper, et encore moins se contenter de répéter des idées reçues sans les vérifier, au nom de l'argument d'autorité.

Enfin, notre connaissance des faits risque d'être biaisée par le mécanisme suivant. Durant la guerre d'Algérie, la plupart des moyens d'information français ont plus ou moins consciemment contribué à la propagande officielle, en braquant les projecteurs sur les crimes du FLN beaucoup plus que sur ceux des "forces de l'ordre", qui n'en existaient pas moins : "les rebelles n'ont pas de journaux", observait alors l'écrivain algérien Mouloud Feraoun dans son journal intime. En réaction, une partie des intellectuels français se réclamant des valeurs républicaines, suivant l'exemple des dreyfusards, ont jugé devoir faire connaître prioritairement les crimes commis au nom de la France, en supposant bien connus ceux de l'adversaire. Mais ils ont par là même transmis aux générations postérieures une image simplifiée des cruelles réalités de cette guerre. Depuis que les archives publiques françaises ont commencé à s'ouvrir (et à révéler des documents qu'on aurait préféré ne pas y trouver, selon Georgette Elgey [40]), de jeunes historiens ou historiennes ont inscrit leurs recherches dans la même perspective, avec le même souci de faire oeuvre civique en "balayant devant notre porte". Les contraintes de la thèse nouveau régime et les conditions d'accès aux archives en France ont également contribué à limiter les sujets au versant français de la guerre. C'est ainsi que plusieurs thèses publiées ont attiré l'attention des lecteurs sur les aspects les plus sombres de l'action de l'armée française : les directives draconiennes données au printemps 1955 pour déclencher une guerre totale contre les " hors-la-loi " (citées par Claire Mauss-Copeaux [41]), la soumission de la justice au pouvoir politique et au pouvoir militaire (Sylvie Thénault), la diffusion de la torture, des exécutions sommaires et d'autres violences illégales dans l'armée française (Raphaëlle Branche). Ces publications sont intervenues en pleine recrudescence de la guerre des mémoires antagonistes, qui oppose plus que jamais depuis deux ans les anciens partisans et adversaires de l'indépendance de l'Algérie. Elles l'ont alimentée en fournissant aux uns des arguments, et aux autres l'occasion de dénoncer ce qu'ils ont appelé "la caution de l'Université" à une campagne de "désinformation" Les recherches historiques pourraient au contraire aider à dépasser les vieux débats et les vieux combats en se situant dans une perspective comparative et en mettant l'accent sur les interactions entre les comportements des deux camps qui sont le propre de toute guerre, si inégales que soient les forces en présence.

En histoire comme en photographie, c'est le cadrage qui définit l'image et qui lui donne son sens : une recherche ayant pour objet la justice, ou la torture, dans les deux camps, n'aboutirait pas aux mêmes conclusions qu'une autre considérant le même thème dans un seul d'entre eux. Le livre tant attendu de Gilbert Meynier a heureusement démontré que des études complétant celles de Sylvie Thénault et de Raphaëlle Branche du côté du FLN étaient possibles, même sans avoir accès aux archives algériennes. Nous pouvons donc souhaiter que désormais les recherches historiques sur la guerre d'Algérie procèdent par des enquêtes parallèles sur des sujets analogues (avec échanges d'informations), ou par des synthèses prenant en compte l'interdépendance entre les adversaires qui est une des régularités les mieux établies par l'histoire comparée des guerres.

Guy Pervillé http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=27

N B : Ce grand colloque international et pluridisciplinaire, ouvert par Anny Dayan-Rosenman et conclu par Lucette Valensi, contient les communications de Pierre Vidal-Naquet, Mohammed Harbi, Ismaël Sélim Khaznadar, Daho Djerbal, Omar Carlier, François Pouillon, Michèle Baussant, Alain Soufflet et Jean-Baptiste Willatte, Fouad Soufi, Catherine Brun, Claude Liauzu, Catherine Dana, Daniel Rivet, Abdelhafid Hamdi-Chérif, Benjamin Stora, Guy Pervillé, Anny Dayan-Rosenman, Mireille Calle-Gruber, Charles Bonn, Catherine Milkovitch-Rioux, et Lucienne Martini.

S'adresser aux Editions Bouchene, 113-115 rue Danielle Casanova, 93200 Saint-Denis, www.bouchene.com.

[1] La guerre d'Algérie et les Français, sous la direction de Jean-Pierre Rioux, Fayard, 1990, 700 p ; Les accords d'Evian en conjoncture et en longue durée, Karthala, 1997, 265 p ; La guerre d'Algérie et les Algériens, sous la direction de Charles-Robert Ageron, Armand Colin, 1997, 346 p ; La guerre d'Algérie au miroir des décolonisations françaises, colloque en l'honneur de Charles-Robert Ageron, Société française d'histoire d'Outre-mer, 2000, 688 p ; Militaires et guérillas dans la guerre d'Algérie, Bruxelles, Editions Complexe, 2001, 562 p.

[2] Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Editions Odile Jacob, 2002, 418 p.

[3] Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d'Algérie, 1940-1945, de Mers-el-kébir aux massacres du Nord-Constantinois, Editions La Découverte, 2002, 403 p.

[4] Sylvie Thénault, Une drôle de justice, les magistrats dans la guerre d'Algérie, La Découverte, 2001, 360 p.

[5] Raphaëlle Branche, La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie, Gallimard, 2001, 474 p.

[6] Claire Mauss-Copeaux, Appelés en Algérie, la parole confisquée, Hachette, 1999, 324 p ; et Jean-Charles Jauffret, Soldats en Algérie, 1954-1962, Expériences contrastées des hommes du contingent, Editions Autrement, 2000, 365 p.

[7] Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Editions Picard, 2002, 256 p.

[8] Voir notre Atlas de la guerre d'Algérie (Autrement, 2003, cartographie de Cécile Marin), essai de penser géographiquement la guerre d'Algérie.

[9] La thèse pionnière de Miloud Karim Rouina, Essai d'étude comparative de la guerre d'indépendance de l'Algérie de 1954-1962 à travers deux villes, Oran et Sidi-Bel-Abbès, Université de Montpellier III, 1980, est restée inédite.

[10] Par exemple, le mémoire de maîtrise de Robert Davezac, Chronique des événements et des actes de violence dans le Grand Alger, juin 1958-avril 1961, Université de Toulouse-Le Mirail, 2000, a montré grâce à la presse algéroise que le terrorisme du FLN avait fait sa réapparition à Alger le 6 juin 1958 et n'avait pas cessé de se manifester par la suite ; voir sa communication au colloque Des hommes et des femmes dans la guerre d'Algérie, octobre 2002.

[11] Voir notre Atlas de la guerre d'Algérie, pp. 8-15.

[12] Je suis parvenu à cette conclusion en rédigeant plusieurs articles de l'ouvrage collectif dirigé par Jean-Jacques Jordi et moi-même, Alger 1940-1962, une ville en guerres, Autrement, 1999, 261 p.

[13] Jacques Chevallier, Nous, Algériens, Calmann-Lévy, 1958, p. 147.

[14] Philippe Tripier a publié la courbe du nombre mensuel des attentats en 1956 et 1957 dans Autopsie de la guerre d'Algérie, Editions France-Empire, 1972, p. 631 ; celle des victimes est en partie lisible sur une photographie d'un exposé du colonel Godard, illustrant le tome 3 des Mémoires du général Salan, Algérie française, Presses de la Cité, 1972 (cahier de photos central).

[15] Yves Courrière, Le temps des léopards, Fayard, 1969, pp. 515-517.

[16] Courrière, op. cit., fac-similé à gauche de la p. 289.

[17] Yves Godard, Les trois batailles d'Alger, t 1, Les paras dans la ville, Fayard, 1972, pp. 390-391 et 431-437.

[18] Compte-rendu dactylographié de la séance du 6 février 1973, présidée par Guy Pervillé, pp. 1, 17, et 22. Les invités étaient Paul Teitgen (accompagné par Pierre Vidal-Naquet) et le colonel Trinquier.

[19] Paul Teitgen a répondu à ma dernière question : "Il n'a rien compris" et j'ai cru comprendre sur le moment qu'il parlait d'Yves Courrière.

[20] Jacques Massu, La vraie bataille d'Alger, Plon, 1971, pp. 173, 257 et 324.

[21] Les deux Cahiers verts, publiés par le collectif des avocats du FLN en 1959, recensaient près de 200 plaintes, datant essentiellement de 1957 (cf. Sylvie Thénault, op. cit., p. 197).

[22] Paul Aussaresses, Services spéciaux , Perrin, 2001, pp. 124-127.

[23] Jean-Luc Einaudi, Octobre 1961, un massacre à Paris, Fayard, 2001, pp. 348-370 (cf. son livre précédent : La bataille de Paris, 17 octobre 1961, Le Seuil, 1991, pp. 313-318).

[24] Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, le drame d'octobre 1961, et Charonne, lumière sur une tragédie, Flammarion, 1999 et 2003. Le deuxième livre revient sur le sujet du premier dans ses deux premiers chapitres, et formule des objections précises et convaincantes contre le bilan de Jean-Luc Einaudi.

[25] Dans le premier des deux livres de Jean-Luc Einaudi, le bilan de 210 morts qu'il qualifie d' "évaluation très vraisemblable" p. 268 devient un fait sur la quatrième de couverture. Et dans le deuxième, une liste de 325 victimes "dont la mort peut très vraisemblablement être imputée à l'action de la police" est annoncée à la p. 347 sans que cette supposition soit pleinement prouvée.

[26] Réponse du ministre Louis Joxe à une question écrite sur le " nombre des Français musulmans victimes en métropole des deux terorismes (FLN et MNA) " de 1956 à 1961, JORF, Débats de l'Assemblée nationale, 14 avril 1962, pp. 638-639. Cf. les autres données citées par Benjamin Stora, Ils venaient d'Algérie, l'immigration algérienne en France, 1912-1992, pp. 206-209.

[27] 46 morts suivant le bilan officiel, 61 morts et 101 civils hospitalisés d'après les listes nominatives publiées dans le Livre blanc, Alger, 26 mars 1962 (premier recueil de témoignages).

[28] Voir la version officielle maintenue par le général Katz, L'honneur d'un général, Paris, L'Harmattan, 1993, pp. 329-333, et le témoignage opposé du sous-lieutenant Guy Doly-Linaudière, L'imposture algérienne, Paris, Filipacchi, 1992, pp. 251-257.

[29] Francine Dessaigne et Marie-Jeanne Rey, Un crime sans assassins, Alger, le 26 mars 1962, Editions Confrérie Castille, Ivry-sur-Seine, 1998, et L'agonie d'Oran, 5 juillet 1962, historique des faits par Claude Martin et témoignages recueillis par Geneviève de Ternant et L'Echo de l'Oranie, réédition en 3 volumes, Nice, Editions Jacques Gandini, 2001.

[30] Jean Monneret, La phase finale de la guerre d'Algérie, thèse, Paris IV, 1997, version abrégée publiée par l'Harmattan, 2001, 400 p.

[31] 3.093 enlèvements du 19 mars 1962 au 30 avril 1963, selon le " bilan des exactions contre les personnes civiles " établi par l'ambassade de France à Alger, SHAT 1 H 1783/3, cité par Maurice Faivre, Les archives inédites de la politique algérienne, 1958-1962, L'Harmattan, 2000, p. 368, et par Monneret, op. cit., p. 382.

[32] L'agonie d'Oran, t. 1, donne une liste de 145 noms de morts et de disparus.

[33] Courrière, op. cit., p 374.

[34] TER inédit, soutenu à l'Université de Nice en 1996, pp. 80-83. Gilbert Meynier a fait le même constat dans son Histoire intérieure du FLN, enfin publiée par Fayard en novembre 2002, pp. 445-447.

[35] Archives du SHAT (Vincennes) 1 H 1933/1, reproduit dans notre Atlas de la guerre d'Algérie, Autrement, 2003, p. 55.

[36] Libération du 3 au 7 juin et du 21 juin 1982.

[37] Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, des soldats sacrifiés, L'Harmattan, 1995, p. 185.

[38] Monneret, op. cit., p. 346.

[39] Voir Déodat du Puy Montbrun, L'honneur de la guerre, Albin Michel, 2002, pp. 258-260, et pp. 344-347 sa réaction à l'enquête de Libération (cf. Libération du 15 juillet 1982).

[40] " Crimes de la guerre d'Algérie : divulguer pour ne pas répéter ", in Le Monde, 5 mai 2001, pp. 1 et 16.

[41] La directive du général Allard (SHAT 1 H 1944/1), citée par Mauss-Copeaux, op. cit., p. 161, et par Meynier, op. cit., p. 284, semble confirmer ce qu'avait écrit Yves Courrière, Le temps des léopards, p. 113.

Perville est bourré de bonnes intentions, mais il n'échappe pas à la critique qu'il fait à ses collégues quand dans cet article il parle à propos des 150.000 harkis épurés il écrit "chiffre mythique" sans justifier son opinion, et quand, dans son livre interessant "pour une histoire de la guerre d'algérie" il écrit page 112 que le bilan officiel de l'insurrection de mai 1945 est "manifestement insuffisant", sans même tenter d'expliquer pourquoi.

On lui pardonnera quand même beaucoup, pour avoir mis en evidence dans l'atlas de la guerre d'algérie que le nombre d'attentats était inversement proportionnel au nombre d'européens, Oran ville européenne ont eu proportionnellement beaucoup moins de morts que le bled, en particulier le bled constantinois.

 

 

2005:

Toute l'année 2005 a bruit du grand traité d'amitié que Chirac parlant au nom de la france, et Bouteflika, au nom de l'algérie allaient signer. Le contenu du traité n'a jamais été explicité, mais la repentance française est sous-jacente, voir les échos de 2005 ci-dessus.

AJIR pour les harkis résume lumineusement le problème:

Ces dernières années, la France a multiplié les gestes de bonne volonté pour faciliter le rapprochement avec l'Algérie. La signature d'un traité d'amitié Franco-Algérien est prévue pour la fin de l'année 2005.

Si la France a de son côté respecté son contrat:

- en organisant l'année de l'Algérie en 2003

- en attribuant la légion d'honneur à la ville d'Alger

- en invitant M. Boutéflika au fort de Brégançon lors de la commémoration patriotique du 60e anniversaire du débarquement de Provence malgré ses insultes envers d'anciens soldats Français.

- en accordant une remise de dettes de 250 millions de dollars malgré les dizaines de milliards de dollars de réserves accumulées grâce au pétrole et au gaz

- en présentant par l'entremise de son ambassadeur en Algérie les excuses officielles de la France pour les massacres perpétrés lors de la répression des émeutes et des exactions dans le Constantinois de mai 1945

On ne peut hélas constater que du coté du pouvoir Algérien, non seulement aucune manifestation destinée à rapprocher les deux peuples n'a été organisé, mais au contraire, les insultes et les contrevérités historiques se sont multipliées contre la France.

Pire, le président Bouteflika en personne compare la présence Française en Algérie à l'occupation nazie de la France. Il a multiplié les mensonges et les diffamations envers les Français et les Harkis, décidé à ne pas tourner la page d'une histoire malgré le rôle flatteur de son parti.

Nous ne sommes pas dupe et nous savons que son objectif est l'obtention d'une repentance sonnante et trébuchante au mépris de l'Histoire commune des deux peuples de la méditerranéenne.

Aussi nous nous interrogeons sur le sens que le président Bouteflika a du mot "amitié" au moment où nous nous apprêtons à recevoir de nouveaux ressortissants de son pays, remontés par cette haine de la France.

- On nous répondra que c'est "un problème Algéro-Algérien".

Oui mais sa propagande, car c'est ce dont il s'agit, est largement diffusée sur les ondes et relayées en France comme naguère les émission antisémites, important des conflits étrangers. En guise de cadeau d'amitié, Bouteflika sème en France les germes d'une guerre civile.

Pour ces raisons, nous déclarons vouloir un traité d'amitié qui profite aux peuples Algériens et Français et non seulement aux industriels ou autres puissances économiques. Nous voulons, non pas un traité au rabais mais un véritable socle qui scellera définitivement notre amitié.

- Les conditions préalables à la signature du traité n'étant pas réunies, nous nous opposons à toute forme de repentance unilatérale et nous signons contre ce traité humiliant.

http://www.harkis.info/portail/encapsulation.php?page=petition

 

Janvier 2006; Les faux harkis

Crédit de la page: Article de Harkis.info

De faux Harkis contre les Harkis

Après l'article sur les faux moudjahidins, au tour des faux Harkis par Abdelkader Hamiche

Le débat sur la loi du 23 février 2005, ou plutôt la polémique artificielle née de son article 4, a un gros avantage secondaire : celui d'obliger les différents protagonistes à se découvrir. Ainsi, sans doute pour répondre à mon appel au soutien des élus qui ont porté, défendu et voté la loi, l'association « Harkis et Droits de l'Homme » de Madame Fatima Besnaci-Lancou a lancé un appel pour l'abrogation des articles 4 et 13 de la loi du 23 février 2005.

Pour mémoire, que disent ces articles ?

Le premier, qui a été largement commenté dans toutes la presse abrogationniste, et explicité ici-même, demande aux programmes scolaires de reconnaître « en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ». Le second, dont on n'avait pas parlé jusqu'à présent, autorise à « demander le bénéfice d'une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française (...) ayant fait l'objet, en relation directe avec les événements d'Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d'expulsion, d'internement ou d'assignation à résidence (...) » En clair, cette disposition vise les anciens membres de l'OAS condamnés puis amnistiés qui n'ont pas pu bénéficier des dispositions de l'article 1 de la loi du 3 décembre 1982 parce qu'ils n'étaient pas fonctionnaires, militaires ou magistrats.

La loi du votée par les Socialistes le 3 décembre 1982 est à l'origine d'une injustice inexplicable que personne en vingt-quatre ans n'avait osé corriger, alors même que cette loi avait bénéficié d'un toilettage en 1987 : elle rétablissait les anciens putschistes ou sanctionnés comme tels qui étaient fonctionnaires, militaires ou magistrats dans leurs droits au regard de la retraite avec effet rétroactif mais elle ne disait rien pour les autres. C'est cette injustice que l'article 13 tente de réparer en instituant une possibilité d'indemnisation forfaitaire pour les intéressés, selon une procédure parfaitement encadrée par un décret en Conseil d'Etat des plus précis. Concrêtement, sont visées les personnes dont la retraite de base est moindre du fait de l'abandon d'une activité professionnelle consécutive à une sanction pour faits en relation avec les événements d'Algérie (en clair, ceux qu'on appelle les « activistes »). Elles pourront, si elles parviennent à prouver 44 ans plus tard leur manque à gagner et sous réserve d'un avis favorable d'une commission ad hoc, prétendre à une « indemnité forfaitaire égale, pour chaque trimestre d'inactivité, à 70% du quart du montant annuel du minimum vieillesse » sachant, comme le précise le décret du Conseil d'Etat réduite pro rata temporis ».

Qui cet « avantage » peut-il concerner ? Au-delà des personnes condamnées à des peines d'emprisonnement ferme ou assignés à résidence, pas grand monde, assurément. On imagine mal en effet des activistes libres de leurs mouvements rester les bras croisés sans rien faire à une période (les années soixante) où il y avait du travail à revendre, si on ose dire. Restent les condamnés ayant purgé une peine de prison ferme ou d'assignement à résidence. L'indemnisation forfaitaire à laquelle ils ont droit s'élèverait à 2275 E pour chaque trimestre d'emprisonnement ou d'inactivité forcée, sachant qu'aucun n'a « fait » plus de quelques mois. Aux Français de juger.

Mais, de toute évidence, c'est là le cadet des soucis de nos pétitionnaires. Il leur suffit de comprendre « OAS » pour dire « non ». Cette énième pétition de droits-de-l'hommistes sélectifs n'a évidemment rien à voir avec la justice et beaucoup avec la haine. Une haine qu'on entrevoit également dans certaines chapelles de l'autre camp, où on se fait peur en faisant mine de croire que cet article 13 profitera à d'anciens FLN (?).

Venant de Madame Besnaci-Lancou et de sa filiale de la Ligue des Droits de l'Homme, on n'est pas étonné. Et, d'une certaine façon, on peut même lui tirer son chapeau pour cette persévérance dans l'erreur. Elle, au moins, avance à découvert. Son combat résolument porté sur la défense des bourreaux de son père, elle le mène au vu et au su de tous. Elle fait partie, et elle l'assume, de ces enfants de Harkis de gauche auxquels on a inoculé le virus du victimisme, leur permettant ainsi de résoudre leur propre conflit intérieur en donnant l'absolution à leur père d'avoir, à leurs yeux, commis le péché de fidélité à la France. Ce sont ni plus ni moins que des racistes, ces enfants de Harkis qui ne comprennent pas que leurs parents « arabes » musulmans aient fait un choix contraire à d'autres « arabes » musulmans prétendus plus nombreux (l'Histoire a déjà fait litière de cette fable). Car c'est du racisme que de suivre, rétrospectivement, en l'occurrence, la thèse selon laquelle les Harkis ont fauté en ne respectant pas l'adage selon lequel « qui se ressemble s'assemble ».

Parmi eux, il y a les faibles, malades et manipulés, comme Madame Besnaci-Lancou, qui, encore une fois, dit ce qu'elle pense et avance à découvert. Ce qui ne l'excuse en rien. Mais il en est qui, depuis quarante ans pour certains, mènent sournoisement le même combat que nos ennemis. Gaullistes ou Socialistes, voire, pour certains, Gauchistes, la plupart élus, ils occupent le devant de la scène, investissant les organismes-clés de gestion de la question harkie comme le Fonds d'Action Sociale, dirigeant des associations « nationales » sans adhérents mais grassement financées et parrainées par les politiques qui leur ouvrent les portes des commissions et autres groupes de travail, créant des structures comme UNIR où enfants d'immigrés et de Harkis sont mélangés, freinant des quatre fers les initiatives capables de sortir définitivement les Harkis de leur position de sous-citoyens assistés, comme, en 1999, une certaine procédure judiciaire auprès de la Cour européene des droits de l'homme. Ils entretiennent des relations cordiales avec l'Algérie (où on les voit dans les cortèges officiels des ministres ou du Président en visite) avec laquelle certains font du commerce, et où les mêmes ont tenté une carrière politique, dans le giron du FFS, notamment, à l'occasion de la tentative d'ouverture en 1991-92, en un temps où les Harkis de Narbonne étaient bastonnés et gazés par de gardes mobiles déchaînés.... Ils sont tous médaillés de l'Ordre National du Mérite. Et vrai, ils ont bien mérité de ceux qui avaient intérêt à ce que la parole des Harkis fût étouffée !

Ceux-là sont impardonnables et doivent être d'autant plus combattus que ce sont le plus souvent des enfants de Harkis (ou plus encore de notables « français musulmans » n'ayant jamais combattu) qui ont eu la chance de faire des études, d'obtenir des positions enviables et qui sont capables d'écrire des livres. Il faut d'autant plus les combattre que ce sont des lettrés qui auraient pu se mettre au service de leur communauté pour la tirer vers le haut et l'amarrer définitivement au quai France au lieu de contribuer à les ballotter d'une rive à l'autre par l'écho qu'ils donnent au chant des sirènes algériennes, et par le rejet des Pieds-Noirs qu'ils entretiennent dans l'esprit de nos jeunes. Il faut les combattre durement car, soutenus qu'ils sont par le ban et l'arrière-ban du lobby algérien qui leur ouvrent l'accès aux médias (cf Dalilah Kherchouche qu'on a entendue partout à la télévision dire fièrement que son père était aussi un agent du FLN), ils font bien du mal aux Harkis qu'ils divisent et qu'ils rendent suspects de double jeu : Algériens de coeur et Français par intérêt comme beaucoup d'immigrés.

Sur cette liste -qui ne manquera pas de s'enrichir d'autres noms- il en est trois qui, par leur engagement politique à gauche et par leurs pratiques anciennes et actuelles, trompent délibérément les Harkis et qui doivent être démasqués. M. Ali Aissaoui préside UNIR, une association créée sous l'égide des clubs 89 de Jacques Toubon, richement dotée financièrement et qui travaille en étroite concertation avec l'Elysée pour mobiliser indifféremment enfants de Harkis et d'immigrés sous la dénomination improbable de « Français musulmans ». Plusieurs signataires de cette pétition en font partie, dont M. Amar Assas, élu socialiste et protégé de M. Jean-Louis Bianco, Président du Conseil Général des Hautes-Alpes et qu'on a connu en son temps peu scrupuleux quant à l'usage qu'il faisait des fonds destinés aux Rapatriés. M. Smaïl Boufhal est un vieux de la vieille. Elu socialiste de Grand-Couronne et fidèle de Laurent Fabius, il a toujours entretenu d'excellentes relations avec l'Algérie où il peut aller et venir à sa guise, contrairement à beaucoup de vrais Harkis.

Les intentions de tout ce beau monde sont évidentes : servir leurs maîtres politiques et le lobby pour lequel ils travaillent, qui grignotent petit à petit la loi du 23 février 2005. C'était l'article 4 ; voici maintenant l'article 13 tandis que Gilles Manceron parle de l'article 3 et alors qu'il est question dans la presse d'abrogation de l'ensemble de la loi.

Il arrivera un moment où, s'ils ne sont pas vigilants, les Harkis perdront tout.

A. Hamiche -

Beziers pour Harkis.info

 

23 Mars 2006:

La cour d'appel de Montpellier condamne l'amiral Philippe (hommage au parain) de Gaulle ("Sosthéne") pour avoir attenté à l'honneur des harkis en pretendant mensongerement que "100.000 d'entre eux se sont ralliés au FLN." lza cour juge que "en connaissant parfaitement la situation des Harkis, le prévenu ne pouvait justifier de sa bonne foi, et que l'intention coupable était présumée car la divulgation des faits livrés par lui à la publicité était de nature à nuire à leur honneur et à leur considération".

 

9 Mai 2006:

Message reçu en date du 9 mai 2006 de Ricardo M. "...,je voulais ke vous sachiez aussi k'il ya tjrs un francais ki vi dans mon quartier,k'on apel (pere lucas) c'est un pretre ki a refuser de kiter palestro, il vi tjrs dans sa petite chapel et tlmd dans le quartier le respect, il parle l'arabe courament aussi. je suis sure ke lui pouras (nous) aider aussi pardonez moi si jai dis (nous), car je me sens concerner aussi et je veux faire tt mon possible pr aider ces gens ki cherche leur membres de famille. je vais essayer de contacter mon frere pr kil me connecte avec PERE LUCAS , et j'espere ke je pourais vous trouver plus d'infos. excuser moi pr mon fraancais si jai fais bcp de faute ,car non seulement je ne suis pas francais, enplus je suis en angleterre depui plus de 10 ans.

 

2006

A mon père, Walter

Réfugié politique dans mon propre pays.

Par Robert Redeker ( www.redeker.net)

Début février, mon père, qui avait vu le jour en 1923 à Steinbergen, près de Hanovre est mort, dans son lit, un peu par surprise. Pendant l'heure où mère, née à Hildesheim en 1921, préparait le café du petit-déjeuner à la cuisine. Ces gens, de nationalité allemande, se sont installés dans le sud de la France, pour y mener une laborieuse et honnête vie d'ouvriers agricoles, voici plus de 60 ans. Les autorités policières ne nous permirent pas de faire afficher l'avis de décès à la mairie, sur le panneau d'état-civil, comme le veut la coutume. Il ne fut pas non plus possible de passer une annonce funèbre dans le quotidien local, La Dépêche du Midi.

La sécurité l'imposait : personne ne devait savoir qu'un homme portant mon nom serait accompagnée dans sa dernière demeure, le mercredi 7 février. Ce serait beaucoup trop dangereux : on pourrait prendre des photos du cortège, et par la suite menacer certaines personnes, ou bien tirer dessus, jeter un coktail molotov ou une bombe. Nous - le cercle de famille - dûmes donc enterrer Walter Redeker, mon père, en cachette, dans la clandestinité. Comme des voleurs. Comme des pestiférés. Comme des exclus de la société. Comment en est-on arrivé là ?

Courant septembre 2006 j'ai écrit dans un grand quotidien français, Le Figaro, un article titré " Contre les intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ". Il s'agissait d'une vive critique de la pression que fait peser l'islam sur la vie quotidienne des pays occidentaux. La religion musulmane elle-même, dans ses aspects excessifs, était blâmée. Il s'agissait également de comparer Jésus et Mahomet, à l'avantage de Jésus ; de comparer le christianisme et l'islam, en donnant l'avantage au christianisme. Je souhaitais aussi prendre la défense de Benoît XVI, contre qui un climat hystérique de fanatisme et d'intolérance se développait dans le monde musulman. A travers cet article j'exerçais un droit constitutionnel, qui est aussi un droit intellectuel. Le ton employé était celui de l'Appendice au Livre I de l'Ethique de Spinoza, et de nombreux écrits de Voltaire, c'est-à-dire un ton à la fois vif et ironique. Dans la vie intellectuelle européenne, la critique antireligieuse par des philosophes et des écrivains est une tradition solidement établie. Il ne suffit pas de dire que cette critique est un élément de la liberté. Elle a fait avancer la liberté. C'est par la critique de la religion que la liberté s'est élargie en Europe, qu'elle s'est étendue au point de devenir une sorte de loi fondamentale de nos sociétés. Toutes les libertés - liberté de penser, liberté d'écrire, liberté de publier - sont issues de la critique antireligieuse, qui se développa en Europe à partir du XVIIème siècle. Mon article n'avait donc rien d'anormal pour un Européen.

Très vite je fus submergé par des menaces de mort. Sur la chaîne de télévision Al Jazzera, l'influent prédicateur Yousef Al Qaradawhi me désigna à la vindicte publique. Plus : sur Al Hesbah, le site web officiel de toute la mouvance djihadiste, j'étais condamné à mort.

Un appel était lancé aux musulmans du monde entier pour me couper la tête. " Ce porc, qui a osé critiquer Mahomet, doit avoir la tête tranchée " - voilà ce qui fut écrit sur Al Hesbah. Les musulmans étaient invités à me faire subir le sort de Théo Van Gogh. Cette condamnation à mort était accompagnée de ma photo, de mon adresse, de mon numéro de téléphone, de l'adresse de mes lieux d'enseignement et du plan détaillé pour se rendre à mon domicile. Tout était prêt pour les tueurs. Le permis d'assassiner et la feuille de route étaient diffusés dans le monde entier. Il pouvait être reçu dans les banlieues des grandes villes françaises, où existent des réseaux islamistes. Tout à coup, pour un simple article irréligieux dans un journal occidental, je devins un homme à abattre. Condamné à mort pour délit d'opinion ! Je devins une cible ambulante. Bref, j'étais devenu l'objet d'une sorte de fatwa au pays de Voltaire.

Ma vie, celle de mon épouse, de mes enfants, a basculé dès ce moment. Immédiatement toute la famille a été placée sous protection policière. Nous fûmes chassés, sur ordre de la police, de notre maison. Une photographie de celle-ci en effet figurait sur le site web des terroristes.

Nous avons été obligés de nous cacher, de changer d'habitation chaque soir, comme si nous étions bandits. Que l'on se rende compte de ceci: il fallait se cacher, dans son propre pays! La police nous l'ordonnait. La police nous accompagnait dans cette clandestinité. Dans cette vie de fugitifs, nous n'avions plus de domicile fixe. Le matin, nous ne savions pas où nous dormirions le soir. Nous devions nous débrouiller pour trouver un asile différent chaque vesprée.

D'habitude, ce genre d'existence est réservé aux bandits et aux terroristes, poursuivis par la police. Généralement, ce sont les criminels qui se cachent, la police qui les poursuit. Or, c'estl'inverse que nous avons eu à subir: cette vie de fuite fut la nôtre, protégée par la police, sous la menace des terroristes. Autrement dit, nous vivions une situation étonnante et scandaleuse:nous étions en fuite, dans notre propre pays, alors que nous n'avions commis aucun délit, avec la bénédiction de l'Etat. Nous ne pouvions plus sortir au grand jour, marcher dans les rues, fréquenter les magasins et autres lieux publics, rencontrer des amis. Nous n'étions plus libres d'aller et de venir où nous voulions. Je ne pouvais plus me rendre à mon travail. J'ai été alors suspendu de mes fonctions d'enseignant. En fait, la vie nous avait été ôtée. Nous ne pouvions plus vivre. Nous étions vivants, certes, mais nous n'étions plus dans la vie.

Cette période de traque, d'existence de vagabond sans feu ni lieu, de sans domicile fixe, a duré plus d'un mois. Ensuite ma femme et moi fûmes autorisés à retourner dans notre maison, mais à condition de vivre dans le noir, de n'ouvrir ni portes ni fenêtres, de ne pas sortir, de donner l'impression d'une maison inhabitée. A condition aussi de la mettre en vente. Dès le 20 septembre, cette petite maison de la banlieue toulousaine eut le privilège d'être gardée en permanence, 24 heures sur 24, par la gendarmerie. Un ou deux camions de police, suivant les jours, et plusieurs gendarmes la surveillaient. Parfois ils étaient armés de mitraillettes. La rueest restée, du 20 septembre jusqu'à ce que je puisse déménager, fin décembre, en état de siège.

Les voisins se sont plaints à la mairie de la présence permanente de la police dans la rue. Dans ce petit village peureux et lâche, Escalquens, les voisins préféraient que je coure le risque d'êtreassassiné chez moi plutôt que de supporter la vue des policiers dans la rue.

Toute l'affaire se déroula dans un climat de capitulation. L'intimidation islamiste en France, ce pays qui pourtant se vante de sa laïcité, est telle que je n'ai pas eu beaucoup de soutien. Une bonne partie de la gauche et des syndicats se déchaîna contre moi. C'était bien fait pour moi, affirmait-on! Je l'avais bien cherché ! J'avais provoqué la fatwa, s'écria-t-on! Le respect pour l'islam est la limite de la liberté de penser, prétendait-on. Autrement dit, la gauche française, qui a toujours été contre la peine de mort, qui a toujours prétendue être la mère et la protectrice de la laïcité, comprenait que je puisse être condamné à mort pour avoir critiqué l'islam. Elle estimait que j'avais commis un crime très grave. Aux yeux de cette gauche - c'est un gouvernement de droite qui a interdit le port du voile islamique dans les classes, pas la gauche qui refusa de légiférer sur ce problème - la laïcité concerne surtout le catholicisme, pas l'islam. Intolérante vis à vis du catholicisme, la gauche française est souvent complaisante avec l'islam. Dans les salles des professeurs des lycées, je fus lynché par voie d'affiche. Des professeurs de philosophie écrivirent que j'avais abusé de la liberté. Les syndicats d'enseignants - très puissants en France - ne m'ont pas soutenu. Pourtant quelques mois auparavant ils organisèrent des pétitions et des manifestations pour venir en aide au terroriste italien Cesare Battisti, meurtrier de plusieurs personnes du temps des Brigades Rouges. Mais moi, qui ne suis pas un terroriste, je n'ai pas eu droit au soutien syndical ! Ces syndicats - à l'image d'une bonne partie de la gauche - héroïsent les terroristes, et méprisent leurs victimes.

C'est du moins ainsi que je comprends les campagnes menées par les syndicats d'enseignants en faveur de Cesare Battisti et leur refus de m'aider. Toute la corporation m' accusa de plusieurs péchés tenus pour impardonnables chez les professeurs : réactionnaire, pro-américain, pro-israélien et islamophobe. Ces positions idéologiques me rendaient, à leurs yeux, indéfendable. Des associations de gauche organisèrent des débats ici ou là sous le titre "Y'a-t-il une affaire Redeker?", j'en étais l'accusé. Le maire (communiste) de la ville où je travaille me traîna dans la boue. Il est vrai qu'en France les communistes sont proches des islamistes. Certes, le soutien et l'aide et de Nicolas Sarkozy ont été immédiats et sans faille. Mais d'autres ministres déclarèrent à la télévision que j'étais allé trop loin dans la critique de l'islam, que c'était irresponsable de ma part. Dans la France de l'automne passé, c'est mon procès qui fut instruit, pas celui des assassins et des terroristes qui m'avaient condamné à mort, pas celui de l'islamisme.

Les soutiens ont été rares. Ils ne vinrent pas des collègues professeurs, ni de leurs syndicats. Ils ne vinrent pas de la gauche. Ils ont été le fait de quelques intellectuels de grand renom: Claude Lanzmann, André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner,Christian Delacampagne, Pierre-André Taguieff, Roger-Pol Droit, Chantal Delsol. Quelques hommes politiques ont volé à mon secours : Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn, André Gérin. Mais ils n'ont pas été nombreux. Sarkozy m'a écrit deux lettres de soutien, dont une très belle et très humaine après la lecture de mon livre "Il faut tenter de vivre". Deux meetings ont été organisés, à Toulouse et à Paris, réunissant quelques centaines de personnes. Un compte bancaire a été ouvert à Paris pour permettre aux gens de me verser de l'argent, car cette histoire entraîne des frais très importants. Ce compte, dont les coordonnées ont été publiées sur le web, a bien fonctionné pendant un mois. Mais les employées de la banque chargées de le gérer ont été visées par des menaces de mort. L'agence a été avertie qu'elle risquait un attentat. Il lui a fallu renforcer son dispositif de surveillance, faire garder son bâtiment par des gens armés tenant en laisse des chiens policiers 24 heures sur 24.

Devant cette situation, la nécessité s'est imposée, à la demande de la banque, d'effacer du web les coordonnées de ce compte, ce qui a tari son approvisionnement. A partir de ce moment, l'aide financière que je pouvais recevoir s'est tarie. C'est ainsi que règne la terreur. N'est-ce pas une victoire des islamistes ?

Depuis, je suis passé de l'autre côté de la vie ordinaire. Je ne peux plus exercer mon métier de professeur de philosophie. Le risque existe que cela mette en danger la vie des adolescents qui assisteraient à mes cours. Donc, les grilles du lycée dans lequel je travaillais depuis plus de dix ans se sont fermées devant moi d'un coup, probablement pour toujours.

J'enseignais aussi dans une grande école d'ingénieurs, très prestigieuse, l'Ecole Nationale de l'Aviation Civile, à Toulouse. Lorsqu'en janvier 2007 les médias annoncèrent qu'un dangereux terroriste international qui avait lancé contre moi la condamnation affichée sur le site web Al Hesbah venait d'être arrêté au Maroc, les dirigeants de cette école de très haut niveau me signifièrent que je ne pourrai plus y travailler. Ils ont été pris de panique. Ils me dirent : c'est beaucoup trop dangereux que vous donniez encore des cours ici, vous ne pouvez plus venir travailler chez nous. Parallèlement, toujours en conséquence de l'arrestation de ce terroriste, le président de l'Université des Sciences Sociales de Toulouse me fit dire que je ne pourrai plus donner mon cycle annuel de conférences, pour des raisons de sécurité. Ce cycle existait pourtant depuis 1994 - et d'une heure à l'autre, à la nouvelle de l'arrestation d'un terroriste, on me le supprime! L'arrestation de terroristes me menaçant montre que le danger existe, que l'affaire est sérieuse. D'où la réaction de peur, manifestée par ces institutions.

Ma maison étant repérée par les terroristes, la police nous fit savoir qu'il faut déménager.

La vendre, en acheter une autre, ailleurs, sans se faire connaître. En attendant, il faudrait vivre dans le noir. Jusqu'à l'achat d'une autre maison, fin décembre, je vécus comme dans un tombeau. J'étais enfermé dans le noir jour et nuit, enterré entre quatre murs, n'ayant de communication avec l'extérieur que par le moyen d'internet et du téléphone. C'est ma femme qui a trouvé un autre logement. Ce n'était pas facile à faire, compte tenu des innombrables précautions qu'il fallait prendre. Pour le déménagement, personne ne nous a aidé. Le Ministère de l'Education nationale, mon employeur, ne nous a pas fourni de logistique, n'a pas mis à notre disposition un camion. C'est ma femme et moi, clandestinement, qui avons passés quinze jours à transporter nos affaires en voiture d'une maison à une autre. Nous en avons été réduits à transporter les meubles lourds - y compris le piano, le frigo américain, les pesantes armoires - à nous deux! Nous avons, évidemment, perdu beaucoup d'argent dans ce déménagement. Il faut continuer de payer les frais pour deux maisons.

Et aujourd'hui ? Les autorités m'ont trouvé un nouvel emploi, chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Cette affectation professionnelle n'a rien d'insolite, le CNRS s'étant à plusieurs reprises honoré d'accueillir des réfugiés politiques - à ceci près, que ces réfugiés venaient de l'étranger, étant poursuivis dans leur propre pays par leur propre Etat. Cependant, mon affectation au CNRS est déterritorialisée. Il n'existe pas de lieu matériel, d'université, de bureau où j'irais poursuivre mon travail. Condamné à la solitude, avec le risque de la désocialisation, je ne suis rattaché à aucune équipe, à aucun laboratoire physiquement existant. On me l'a expliqué: exercer dans des conditions normales - c'est-à-dire avoir une adresse professionnelle, un lieu où aller travailler, avec des bâtiments etdes collègues - pourrait mette en danger la vie du personnel du laboratoire auquel je serais rattaché. Finalement, mon domicile, dont quelques personnes seulement connaissent l'adresse, sera mon lieu de travail. J'y poursuivrai mes recherches, écrirai des livres de philosophie, dans la solitude. Tout seul, sans contacts professionnels physiques, largement désocialisé!

Ce qui s'est passé, la façon dont je suis maintenant obligé de vivre, sont des choses impensables pour un citoyen d'un Etat démocratique, de surcroît laïque, de l'Europe de l'Ouest.

Surtout en France, cette nation si sourcilleuse sur sa souveraineté. Deux éléments inédits sont intervenus: ma condamnation à mort, et le style de vie qui en suit, autrement dit la survie au-delà de cette condamnation. Jamais en France un intellectuel (je suis membre de la revue Les Temps Modernes, fondée par Jean-Paul Sartre et dirigée aujourd'hui par Claude Lanzmann, l'auteur du film Shoah) n'a été condamné à mort pour ses écrits. Par suite, jamais personne n'aeu à vivre comme je vis: vivre dans une sorte de clandestinité, protégé par la police, afin d'échapper à une condamnation à mort prononcée depuis l'étranger par des fanatiques. La police m'a appris à me méfier de tout le monde. Cette situation entraîne une conséquence désagréable: la menace d'assassinat qui me poursuit m'oblige à regarder l'autre, surtout s'il est arabe, comme un suspect, un assassin potentiel, comme une personne qui voulant m'éliminer du monde des vivants.

La vie ne sera plus jamais la même, ni pour mes proches, ni pour moi. Pourquoi ? Parce que la condamnation à mort dont je suis la cible est infinie. Elle court sur internet, sur les sites islamistes. Ce n'est pas une menace ponctuelle, passagère. Elle ne s'efface pas avec le temps, elle reste. Le permis de tuer peut être appliqué n'importe quand, par la personne qui croira y sauver son âme, y gagner le paradis. Ce pourra être demain, dans dix ans, dans vingt ans. Ma vie doit désormais être ordonnée à cette condamnation. Cette situation interdit que je retrouve mon métier d'enseignant un jour. Aucun proviseur de lycée, aucun président d'université, aucun recteur d'académie ne prendra le risque - même si avec le temps ce risque diminue - d'un attentat à cause de ma présence comme professeur. Impossible de vivre normalement: il faut éviter que sois connu dans le village du sud de la France où j'habite maintenant. Autrement dit: je ne peux pas sortir acheter le pain, le journal, aller au café boire un apéritif ou un ballon de vin rouge. Je ne peux pas avoir mes habitudes, jouer à la pétanque sur la place, sous les platanes. Je ne peux pas flâner dans la rue, les mains dans les poches, marcher au hasard. Je ne peux pas aller chez le médecin, chez le dentiste, chez le coiffeur. Les activités habituelles de la vie quotidienne sont devenues un casse-tête. Les gestes simples sont devenus compliqués. Je suis bel et bien un réfugié politique de l'intérieur.

Je ne peux plus prendre le train, le bus, le métro. Je ne puis voyager qu'en avion, et en voiture personnelle. Lorsque je vais à paris, je suis pris en charge à l'aéroport de Toulouse par la Police de l'Air et des Frontières (la PAF), qui passe l'enregistrement et tous les contrôles à ma place avant de m'installer dans l'avion. A la descente de l'avion, je suis remis entre les mains de deux anges gardiens, des policiers des Renseignements Généraux (RG) qui ne me lâchent pas d'une semelle, m'accompagnent partout, dans tous mes déplacements, même au restaurant.

Comment une pareille situation d'oppression est-elle possible en France ? Si elle l'est en France, cela signifie qu'elle pourra l'être également bientôt en Allemagne ? C'est une situation d'un type radicalement nouveau. Ce n'est pas, en effet, la traditionnelle situation d'oppression d'une personne par l'Etat dans lequel elle vit, comme elle a pu être décrite par Soljénitsyne. Ou comme elle a pu être vécue par le peuple sous les dictatures des années 1970 en Argentine ou au Chili. C'est le contraire: l'Etat est avec moi. Nicolas Sarkozy a été à mes côtés pour m'aider et me protéger dès le début. Pourtant, une étrange inversion, par rapport au schéma classique, s'est produite : je suis comme un prisonnier politique, mais pas d'un Etat.

L'Etat est à mes côtés, l'Etat me protège, Nicolas Sarkozy m'aide. En ce sens, je suis le contraire de Soljénitsyne, qui avait l'appareil de l'Etat soviétique contre lui. Je ne suis pas prisonnier d'un Etat, et pourtant je suis un prisonnier politique puisqu'il est hors de question que je vive comme les autres citoyens. L'oppression qui s'abat sur moi est une oppression d'un type nouveau face à laquelle l'Etat éprouve beaucoup de difficultés. Une oppression qui n'a pas encore de nom, celle du IIIème millénaire. C'est une oppression invisible également: je ne vois pas mes assassins éventuels, je ne vois pas mes geôliers. Mais, le seul fait de leur existence implique que, sous la protection de l'Etat, il m'est impossible de vivre comme les autres citoyens, comme avant cet article du Figaro. On l'aura compris : cette odieuse oppression, cette terreur à laquelle les pays libres ne sont pas préparés explique, outre mes conditions de vie,qu'il a fallu enterrer mon père, un homme modeste, juste et travailleur, en cachette.

 

Octobre 2006 la delinquance:

«Mon grand-père était face à l'uniforme en Algérie, moi, je suis face aux policiers.» article du Point

 Le Point : Les jeunes d'origine étrangère sont-ils surreprésentés dans la délinquance?

Sebastian Roché : J'ai mené une étude à Grenoble et à Saint-Etienne sur un échantillon de près de 2 300 jeunes de 13 à 19 ans qui prouve que les jeunes d'origine étrangère commettent plus de délits que les autres, et surtout des délits plus graves. Parmi les adolescents dont les deux parents sont français, 30,2 % ont commis au moins trois petits délits dans leur vie, alors que le chiffre s'élève à 42,4 % pour les adolescents d'origine maghrébine.

 

Et pour les actes graves?

La différence est plus importante. S'agissant des agressions, des vols de voiture, cambriolages,vols avec violence, 3,9 % des jeunes d'origine française en ont commis au moins trois, contre 9,7 % des jeunes Maghrébins. J'ai, par ailleurs, fait dépouiller tous les dossiers des jeunes jugés par le tribunal des mineurs en quinze ans dans l'Isère. J'ai trouvé que 39,5 % des auteurs sont issus de parents français, et 46,9% d'origine étrangère.

 

L'explication est-elle relative au niveau social?

En fait, 87 % des parents des jeunes d'origine étrangère sont ouvriers ou employés, alors que seulement 42 % des parents «français» le sont. Mais la prise en compte du statut socio-économique n'explique pas tout. Comparons, par exemple, les chiffres de la délinquance des jeunes qui habitent en HLM et de ceux qui n'y habitent pas. Quelle que soit leur origine, les jeunes des HLM sont plus délinquants que les autres. Mais la différence est infime si l'on s'intéresse seulement aux jeunes d'origine étrangère. Il y a donc un facteur spécifique.

 

Quel est-il?

Il est difficile de déterminer les variables pertinentes. La perception des autorités semble importante. Ceux qui ont une image positive de la police et de leur père acceptent plus facilement les normes de la société. Les voyous raisonnent ainsi: «Mon grand-père était face à l'uniforme en Algérie, mon père s'est retrouvé bêtement à l'usine, je suis, moi, face aux policiers.» Plus les jeunes ressentent l'indifférence des pouvoirs publics, plus ils sont impliqués dans la délinquance. A tort ou à raison, il y a une mémoire collective d'un exercice de l'oppression française -

http://www.lepoint.fr/dossiers_france/document.html?did=148942

 

30 septembre 2006:

C'est 42 ans après que l'on découvre ce livre.

Titre : 1962. La France m'a oublié Auteur : Robert Palmade, Dora Mabrouk Paru le : 01/12/2006 Editeur : BACHARI (EDITIONS) Isbn : 2-913678-29-7 / Ean 13 : 9782913678293

" Un jour, la France est partie.

Toute la France. L'armée, les colons, les politiques, les administrations, les documents de première importance, les résidents, les pieds-noirs, les harkis, les familles et leurs enfants, les meubles et les animaux. En 1962, tous les Français qui l'ont souhaité sont partis pour la France, sauf moi et d'autres orphelins laissés à l'orphelinat, à ses murs, à ses nouveaux occupants. Je suis né un soir de juillet 1955 à l'hôpital d'Aumale où ma mère, après m'avoir donné un nom, m'a abandonné. C'était au lendemain de ma naissance, et c'était la guerre en Algérie française. Je suis Robert Palmade. Et, puisque vous me lisez, je vais vous prendre par la main, et vous dire ce qu'il en est. "

Dans un témoignage surprenant, Robert Palmade se livre à travers les mots de l'enfant abandonné, puis oublié par sa patrie. Il raconte " sans lamentations obscènes, sans larmes impudiques, sans rancune, ni rancoeur ", les jours d'un orphelin chétif, ballotté d'une famille d'accueil à une autre. Il plonge le lecteur clans le quotidien d'un adolescent. Il confesse le combat qu'il mène pour survivre à la misère et sortir de la déchéance. Mais ce que nous révèle Robert Palmade, au-delà de sa propre vie, c'est une vérité historique bouleversante. Son histoire, inédite, n'est pas unique, nous dit-t-il.

La France a aussi oublié Paulette Lignette, Julien Ruffet, René Tenguy et d'autres orphelins dont on ne connaît ni les noms, ni le nombre. Ainsi, en filigrane, Robert Palmade, interroge la République, il interpelle les Français, et appelle à la reconnaissance des Pupilles de la Nation oubliés en Algérie. " 1962, la France m'a oublié ", c'est une lecture poignante et troublante. C'est un destin qui nous concerne tous.

   

Noël 2006: 

"La mort venue de l'Occident" ou le Père Noël en Algérie"

 Le 24 décembre 2006, jour du Réveillon de Noël, le quotidien algérien El-Shourouq El-Yawmi a publié un article pour se plaindre que le Père Noël, en plein faste royal, errait dans les rues de Tizi Ouzou, dans la région berbère de Kabylie, en Algérie. L'article évoque "l'évangélisation" de la région, décrite comme "la mort venue de l'Occident". 

L'article a été publié dans le contexte de la polémique sur le christianisme en Kabylie. En 2004, le ministre des Affaires religieuses Bouabdellah Ghlamallah a d'abord dénoncé le prosélytisme chrétien, mettant l'accent sur le "risque d'effusion de sang". Quelques semaines plus tard, il a fait volte-face, affirmant que le christianisme ne représentait pas un danger et que "chacun est libre de se convertir à la religion qu'il estime bonne pour lui." 

Dernièrement, le président Abdelaziz Bouteflika a toutefois fait des déclarations allant dans le sens contraire. Le 17 avril 2006, le quotidien L'Expression rapportait en ces termes les propos de Bouteflika lors d'une visite à Constantine : "Nous n'accepterons pas que nos enfants oublient leur religion pour le christianisme sous prétexte de démocratie." Il a précisé : "Les Algériens n'accepteront pas qu'une autre religion vienne s'ajouter à l'islam." 

Quelques mois plus tard, l'Algérie votait une loi sur la "Régulation des pratiques religieuse", instaurant une peine de prison allant de deux à cinq ans et de lourdes amendes à toute personne accusée d'encourager un musulman à changer de religion.

 Si la grande majorité des Kabyles est musulmane, la tendance est toutefois à la laïcité. Lors des élections de 1991, qui a valu au FIS l'écrasante victoire ayant mené à la guerre civile, la Kabylie fut l'une des rares régions où la majorité des voix n'est pas allée au FIS. Voici des extraits de l'article d'El-Shourouq El-Yawmi :

 "Le Père Noël est descendu. sans demander l'avis de qui que ce soit"

 "Nous n'en croyions pas nos yeux en nous promenant dans les rues de Tizi Ouzou. Sans cette photo saisie par notre appareil photo, nous aurions crié au mensonge, et vous aussi - à juste titre.

 Le Père Noël est descendu dans les rues de Tizi Ouzou sans demander l'avis de qui que ce soit. Le voilà. qui passe et repasse allègrement dans sa voiture remplie de cloches, attirant les gens de peu de foi pour leur distribuer des "cadeaux" au nom du "Seigneur Jésus". Tout cela sans que personne, du ministère des Affaires religieuses à la dernière des autorités islamiques, n'élève la voix ni n'émette la moindre objection.

 Tous ceux qui se promènent dans les rues du quartier de Tizi Ouzou ces jours-ci se heurtent à ce curieux refus des principes islamiques : les rues de la ville affichent les signes distinctifs de la fête du Nouvel an chrétien - phénomène qui ne se limite pas au quartier de Tizi Ouzou, mais qui englobe aussi certains quartiers importants du pays, où les préparatifs sont comparables à ceux des fêtes religieuses nationales et prennent parfois encore plus d'ampleur.

 Ceux qui entrent dans les boulangeries de la ville constateront qu'elles se consacrent à la préparation de gâteaux de Noël. Le propriétaire de l'une d'elles nous a confié qu'à la veille de la fête, la demande dépassait l'offre, malgré le prix élevé de ces gâteaux. Il a en outre affirmé que parfois, la queue formée par ces citoyens incapables de se passer de ces gâteaux s'étend jusqu'à l'extérieur. Voilà qui reflète la dévotion de certains résidents de la région pour cette cause [Noël]. En outre, les rues de Tizi Ouzou ne sont pas dépourvues de magasins vendant des arbres de Noël."

 "Les chèvres tirant l'attelage du Père Noël " présentent des signes de détresse face à l'imitation des chrétiens"

 "Ce qui ajoute à l'impression que laisse sur l'âme des individus cette festivité est le Père Noël dans sa voiture légendaire, décorée de rouge,remplie de cloches et tirée par deux chèvres - sauf que ces chèvres proviennent des montagnes de Tizi-Ouzou, et non des. Alpes d'Europe. Ces chèvres présentent des signes de détresse face à l'imitation des chrétiens une détresse que n'exprimait nullement le visage de la personne qui les a forcées à participer à une telle scène. La foule grouillait autour de cette procession pour prendre des photos souvenirs.

 L'atmosphère de fêtes qui règne pour le Nouvel an chrétien se manifeste aussi par la décoration du centre ville avec des lumières rouges, tandis que les vitrines affichent les mots "Bonne année" en français. Face à ce dépouillement des principes de foi et de culture, les mosquées - dans la région et au-delà - continuent de lutter pour éloigner ces personnes de leur ivresse occidentale - surtout dans ces régions [berbères] et en ces occasions [de festivités chrétiennes] où la conscience religieuse est absente au point qu'on en verserait des larmes de chagrin."

 "L'apparition publique du Père Noël. est certainement un signe du danger qui descend rapidement."

 

Août 2007:

La syrie dont l'action internationale actuelle est assimilable au terrorisme, delivre à Zorha Driff, ex compagne de Yacef Sadi, senateur, le titre de "meilleure combattante musulmane".

 

11 Novembre 2007:

Algérie : Juifs et chrétiens méprisés par l’état islamique Algérien

Véritables monuments historiques, les cimetières juifs et chrétiens et les rares églises qui restent encore debout en Algérie sont laissé à l’abandon. Tombe juive en Algérie: Durant ma tendre enfance, J’aimais m’asseoir face à une colline à Tizi Ouzou pour admirer le paysage et les moutons brouter l’herbe verte de Kabylie, encadrés par le berger et son chien. Mais quelle fut ma surprise lorsque j’ai appris que cette même colline était un cimetière chrétien, un lieu où reposaient des morts. Je n’ai plus vu les choses de la même manière, ayant l’impression que ces moutons arrachaient les cheveux des gens qui reposaient sous le sol qu’ils piétinaient. Il en est de même pour les cimetières juifs, ces dernières ont même droit à des tags dignes des pires périodes nazi de l’histoire de l’humanité.

Les premiers responsables ? L’état bien sur. Après l’indépendance de l’Algérie, les responsables politiques ont fait interdire l’entretien de ses cimetières et autres lieus de cultes. Mais la population Algérienne n’en est pas moins coupable, allant même jusqu’à considérer parfois ces lieus comme la demeure du diable. Des mots graves certes mais réels. L’Algérie compte officiellement 523 cimetières français civils, chrétiens et juifs. Mais un grand nombre de cimetières ont disparus après 1962, vandalisés, détruits, transformés en champs ou en terrains de foot.

Après la décennie de terrorisme qu’a connu l’Algérie (et que connaît encore malgré les médias autruches), beaucoup de pieds noirs sont revenu sur les traces de leur ancêtres enterrés en Algérie. Scandalisés et choqués, ils sont repartis avec des images dignes des grands films d’horreur. En 2003, à la demande du président français de l’époque M.Jaques Chirac, le ministère français des Affaires étrangères a financé la réhabilitation des grandes nécropoles urbaines et le regroupement des cimetières difficilement récupérables dans des ossuaires. Laissant à l’état Algérien la charge de l’entretien. Mais cette action touche seulement les cimetières chrétiens car La doxa judaïque interdit le déplacement des dépouilles mortuaires.

Depuis, la ville d’Annaba a construit un mur de protection autour du grand cimetière de la ville et a entrepris la réhabilitation des quelques 2000 tombes juives. Esperons que l'action va être menée à bout.

Par Amazigh pour La-Kabylie.com

 

mercredi 14 novembre 2007

Actualité Var Édition du mercredi 14 novembre 2007

Racisme anti pieds-noirs : mille euros d'amende, une premiére.

Injurier quelqu'un en prétextant son origine rapatriée d'Afrique du Nord peut être considéré comme du racisme? Ainsi en a décidé, lundi, le tribunal correctionnel de Toulon, par un jugement sans doute inédit en France, en infligeant une amende de 1000 e à un habitant de La Garde pour sanctionner ses écarts de langage. Le 3 janvier dernier, un contentieux de longue date entre deux copropriétaires avait atteint un paroxysme verbal lorsque l'un des antagonistes - au patronyme pourtant nettement méditerranéen - avait publiquement traité l'autre "d'enculé de pied-noir".

" Vous n'êtes pas des Français " Pour faire bonne mesure, il avait encore ajouté : " La plus grande connerie que De Gaulle a fait, c'est de faire entrer les pieds-noirs ; Defferre avait raison de vouloir vous jeter à la mer. Je suis allé en Algérie pour vous défendre, vous les pieds-noirs, vous n'êtes pas des Français ! "

Évidemment, la victime de ces insultes n'entendait pas rester sans réagir, et il a d'ailleurs été suivi par le parquet de Toulon, engageant des poursuites sur le fondement de la loi Gayssot (qui réprime le racisme). Audiencée lundi matin, cette affaire n'a pas permis d'en savoir plus sur les raisons de cette haine des rapatriés, le prévenu - qui n'avait pas désigné d'avocat - ayant refusé de s'expliquer.

La Licra également dédommagée Le tribunal, présidé par Mme Isabelle Defarge, n'en n'a pas moins retenu sa culpabilité, donnant ainsi raison à la victime, représentée par Me François Coutelier, et lui accordant 1 e de dommages et intérêts ainsi que 1000 e au titre de l'article 475-1 du code de procédure pénale. Également partie civile (le bâtonnier Jean-Guy Lévy), la Ligue contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Licra) a obtenu le même dédommagement. Le tribunal a également ordonné la publication du jugement dans la presse.

 

22 Novembre 2007:

Le 22 novembre 2007, Rolande Girard, la veuve de Georges Arnaud, absente pour hospitalisation, a été décorée par le consul général d'Algérie à Paris, en même temps que Paul-Louis Thirard, pour aide au FLN

 

dimanche 9 decembre 2007:

problèmes de transfert d'avoir d'Agérie vers la France sur un livret, rien n'a changé de puis 1963.

C.N.E.P.(similaire à la Caisse d'épargne) provenant de la succession d'un beau-frère décédé à Oran en 1991.Les formalités sont complètes.Un fondé de pouvoir à été nommé par les héritiers par devant un notaire en France .Le transfert à été accueilli favorablement par les autorités Algériennes en 1995….Depuis cette date le transfert n'a pas été effectué ; J'ai écrit 10 L.R. avec A.R au Ministère des Affaires Etrangères à Paris , aux présidents de la Répulique qui se sont succédés,au médiateur de la République par l'intermédiaire d'un député de l'Assemblée Nationale…..TOUJOURS RIEN. Depuis 1995 la plupart de héritiers agés sont décédés …..Moi j'ai 80 Ans… Qu'attend le gouvernement Algérien pour effectuer ce transfert ??????? Cet argent provient d'un ouvrier qui à économisé durant sa vie et il est normal que ses héritiers en profite et non l'Etat Algérien ;

Je remercie par avance les personnes qui pourraient m'aiguiller pour arriver à la conclusion de cette procédure

Message relevé sur l'excellente liste liste-pieds-noirsyahoogroupes.fr

 

29 Janvier 2008:

La cour de cassation, saisie par l'amiral Philippe (hommage au parrain) de Gaulle ("Sosthéne") de sa condamnation de mars 2006 au sujet de sa diffamation volontaire à l'égard des Harkis casse le jugement, au motif que trois harkis ne peuvent se porter civil au nom de tous les harkis.

 

30 avril 2008:

Ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet a qualifié devant des étudiants à Guelma “d’épouvantables massacres” la répression, il y a 63 ans, de manifestations d’Algériens en faveur de l’indépendance. Ce nouvel acte de repentance s’inscrit dans la politique de criminalisation de l’œuvre coloniale française en Algérie, et tend à légitimer les propos scandaleux du président Bouteflika qui avait qualifié la répression coloniale en Algérie de “génocide”.

Le Front National dénonce le silence des autorités françaises et notamment du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, face à cette entreprise de falsification de l’Histoire et rappelle que la première mission d’un ambassadeur de France est de défendre les intérêts français à l’étranger et non d’insulter le passé.

 

15 mai 2008:

Une nouvelle association de pieds noir est née, à Perpignan, 46 ans après l'independance de l'algérie et le départ massif des pieds noirs. Il s'agit de l'"association des pieds noirs progressistes et de leurs amis" (P.N.P.A. et non APNPA, PN doit être bien en evidence). Une poignée de pieds noirs et une foultitude d'amis. L'association a vocation à completer la desinformation sur l'algérie française en parlant au nom des pieds noirs. Les médias ont enfin trouvé quelqu'un pour parler au nom des pieds noirs, et qui ne contrarie pas leurs mensonges et leurs desinformations.

 

 

 

 

La mairie de Marignane demonte et sequestre une stéle consacrée aux morts pour l'algérie française, de 1830 à 1962, la nuit à minuit. 

 

 

fin 2008:

Le magazine présenté par Marie Drucker et Max Gallo sur France 3 le 3 décembre a atteint un sommet dans la désinformation de l’opinion. Les enquêtes consacrées à la Marseillaise, aux femmes dans la guerre de 1914 et aux engagés du commando Kieffer présentaient une image objective du dévouement à la patrie des Français, même si l’on peut regretter que n’aient pas été évoqués les combattants de l’Armée d’Afrique et ceux d’Indochine.

La séquence consacrée à l’Algérie, en revanche, appelée le grand doute, présentait une histoire tronquée de cette guerre , centrée sur les massacres de population par l’armée, la torture et la résistance des appelés aux putschistes. Oubliés, la bataille des frontières, les fraternisations du 13 mai, l’action humanitaire de l’armée (SAS, EMSI et soldats du contingent), l’engagement et le massacre des harkis, les enlèvements et l’exode des pieds noirs, les mensonges du pouvoir. S’il y a un doute, c’est celui de la connaissance historique des présentateurs.

Le film initial, présentant des soldats (ou des gendarmes) abattant sans sommations de pauvres fellah sortant de leurs tentes sans intention belliqueuse, pose un premier problème historique. On nous dit là qu’il a été tourné par un journaliste et que sa diffusion a été interdite. Yves Courrière en revanche l’attribuait à un sud-américain non identifié. Souvent, cette tuerie est située au 8 mai 1945 et non au 20 août 1955. Certains le considèrent comme un montage réalisé par des complices du FLN. Les témoins du Nord Constantinois ne se souviennent de tentes d’habitation. Quand a-t-il été tourné, à quel endroit et par qui? Cela reste une énigme.

Les déclarations de deux responsables de la FNACA ne plaident pas pour leur dignité. Ils sont plus inspirés par la célébration de la quille que par le service de la patrie. Or tous les rapports sur le moral font état la grande disponibilité des appelés de la guerre d’Algérie , et de leur bienveillance envers la population musulmane. La plupart ont entendu parler de la torture, quelques-uns seulement en ont été témoins, estime l’universitaire Rémi Kauffer, et l’écrasante majorité des soldats, y compris ceux de l’élite parachutiste, ne l’a jamais pratiquée. Jean Lacouture de son côté a été témoin de l’action de l’armée qui dans le bled fait un véritable travail révolutionnaire.

Le soi-disant photographe du 1/2ème RI à Aumale porte contre son chef de corps des accusations, qui sont proches de la diffamation, alors que ce colonel est connu pour sa générosité exemplaire et pour la réussite de la pacification de son quartier.

Dernier intervenant, Pierre Chevènement n’adhère pas à ce qu’ont déclaré les témoins précédents, sans en préciser les raisons cependant. Il reconnaît le massacre de 18 de ses moghaznis. Mais il déclare avoir été menacé par l’OAS, alors que dans ses mémoires (la crise, le vieux, le neuf en 1974 ; Le courage de décider , R.Laffont en 2002) il n’en fait pas mention. Il semble avoir oublié qu’il a assisté au départ des commandos OAS pour Alicante, et qu’il a été menacé, le 5 juillet, non par l’OAS mais par des ATO (auxiliaires temporaires occasionnels) recrutés par le FLN.

C’est un mauvais point pour France 3 qui s’était déjà distingué par la diffusion d’un film en l’honneur des terroristes poseuses de bombes. Faudra-il que le Président de la République nomme les directeurs de chaîne pour que l’on assiste à de vrais débats ?

Le 9 décembre, 2008. Général Maurice Faivre, historien, membre de l’Académie des sciences d’outre-mer.

 

11 Janvier 2009

A l'occasion d'une marche de randonneurs, je rencontre un homme de mon âge. Il me raconte sa guerre d'algérie, trois ans en Kabylie autour de 1958, tout en haut aux environs de tizi-ouzou. Il y a vu les immenses domaines et les somptueuses villas des européens. Les kabyles vendaient leurs filles pour 2000 francs anciens cash, des officiers en ont profité et se sont mariés avec elles, lui-même aurait pu, mais il était fiancé et donc n'a pas voulu.

S'il raconte ça à ses petits enfants on n'est pas prêts de rétablir la vérité historique.

Quand je me suis montré comme aussi ayant guerroyé en Kabylie et de plus pied noir et que j'ai creusé, il a bien voulu admettre qu'il n'a fait que 27 mois, dont 6 d'instructions à Grenoble, et que Tizi-Ouzou est bien dans la vallée au pied des montagnes. Par contre il a tenu ferme sur les somptuosités pieds noires (après avoir admis qu'il s'agissait d'une ou deux familles) et surtout sur ses 2000 francs la fille à marier. A-t-il confondu la passe d'une pute avec un mariage kabyle?

 

fevrier 2009:

l'Exode se poursuit, les archives catholiques d'oranie sont rapatriées à leur tour.

Pour combler les lacunes de l'état civil de l'Algérie française, les actes catholiques peuvent se révéler de véritables atouts pour le chercheur ayant des ancêtres pieds noirs. Et pas la peine de traverser la Méditerranée, car les archives diocésaines sont progressivement transférées dans des communautés religieuses, en France.

D'ici la fin du mois de février 2009, les Dominicaines de Taulignan,dans la Drôme, conserveront les fonds du diocèse d'Oran; selon l'association Généalogie Algérie Maroc Tunisie, elles pourront ainsi renseigner les généalogistes à la recherche d'actes de baptême, de bénédiction nuptiale ou de sépulture.

Elles emboîtent ainsi le pas des soeurs Clarisses, installées à Aix-en-Provence, qui aident depuis plus d'un an les généalogistes à la recherche d'actes catholiques du diocèse de Constantine. Leurs consoeurs nîmoises conservent de leur côté les archives d'Alger, tandis que celles de Laghouat sont restées sur place.

Coordonnées : Archives du diocèse d'Oran, secrétariat du monastère des Dominicaines, 26770 Raulignan. Courriel : arch.oran.clarte@orange.fr

 

mars 2009:

Derniers de la classe et fiers de l'être !

Nous sommes classés les derniers dans tous les domaines, sauf dans la corruption où nous occupons une place désohonorable. Nous continuons à dire: "nous sommes les meilleurs"! "Les étrangers sont jaloux de notre pays" ! ,

alors que notre pays est devenu la risée du monde. Lisez attentivement ces quelques classements pour vous rendre compte de la situation catastrophique de notre pays.

Alger, classée dernière ville dans le monde Alger est la capitale la moins vivable dans le monde. C'est ce qui ressort d'une étude publiée dernièrement par "The Economist Intelligence", qui est une unité des enquêtes appartenant au groupe britannique "The Economist" . Sur 132 villes sélectionnées, Alger a été classée à la dernière place de ce rapport élaboré en évaluant les conditions de vie de ces villes, selon 40 indicateurs. Ces derniers concernent cinq catégories : la stabilité, le service de santé, la culture et l'environnement, l'éducation et la disponibilité des infrastructures de base. L'évaluation d'Alger a été de 64,7% (alors que Vancouver, la première du classement, a eu 1,3%). En 2005, la "blanche" a été classée par le même organisme à la 125e place (sur 129). Cette fois, Alger a été considérée comme la moins attractive du monde se faisant distancer par Karachi (Pakistan), Tripoli (Libye), Abidjan (côte-d'ivoire), ou encore Dhaka, la capitale du Bangladesh. Est-ce une surprise ?

Corruption: Algérie occupe la 99ème place sur 180 pays Dans le classement annuel pour 2007 sur la corruption établie par Transparency international (TI), notre pays arrive à la 99e position sur 180 pays et territoires avec un Indice de perception de la corruption de 3. L'Algérie recule de 15 places par rapport à 2006. L'année passée, l'Algérie était classée à la 84 position sur 163 pays avec un IPC de 3.1, selon la section locale de Transparency international. La Tunisie (61) et le Maroc (72) sont mieux classés que l'Algérie. Tout comme l'Afrique du Sud et le Cap-Vert.

Préservation de l'environnement et bien-être des populations L'Algérie classée à la 72e place mondiale

L'Algérie classée parmi les pays à faibles revenus

Développement humain Algérie à la 102ème place !

Mortalité infantile L'Algérie classée à la 145ème place

L'Algérie classée parmi les pays les moins libres économiquement La liberté du commerce extérieur dans le monde: Algérie classée 116e place.

Organisation des secteurs d'assurance et celui des affaires : Algérie est à la 124e place.

Pays exportateurs industriels : Algérie occupe la 133e

Institution juridique algérienne : Algérie est reléguée à la 108e place.

Investissements directs étrangers IDE Algérie à 47ème place sur 82 pays !

Climat des affaires: L'Algérie à la 125e position sur 178 pays Dans d'autres domaines, classement de l'Algérie sur 178 pays (Rapport de la

Banque mondiale) Création d'entreprises: Algérie classée 131ème Octroi de licence : Algérie classée 117ème Embauche des travailleurs: Algérie classée 118 ème Transfert de propriété: Algérie classée 156ème Obtention des prêts : Algérie classée 115ème Protection des investisseurs: Algérie classée 64ème Paiement des impôts : Algérie classée 157ème Le chômage: L'Algérie très mal classée Le secteur du tourisme Algérie occupe la 147ème place sur 174 pays

Foot-ball: Classement FIFA L'Algérie occupe la 85e position sur 100

Classement mondial de la liberté de la presse L'Algérie devancée par 125 pays dont 31 africains !

Sécurité: Le mauvais classement de l'Algérie Algérie classée 107 sur 140 pays

Classement mondial des libertés Algérie 135ème sur 159 pays

 

http://ffs1963.unblog.fr/2007/10/02/671/ Repris sur Internet

 

Octobre 2009:

L'Etat Français (au sens le plus large) a consacré un budget de 1 700 000 € pour les cimetières sur une période de 5 ans, y compris tous les travaux de regroupements. (Et non pas 1 000 000 € par an...)

Cette somme modeste au regard du budget national, correspond à une participation de 340 000 € par an pendant cette période. Sachant que l'Etat n'a rien budgété entre 1962 et 2005 pour nos cimetières laissés à l'abandon, on peut considérer que l'effort de l'Etat en ce domaine, est de 36 170 € par an pour nos 600 cimetières ....Nos morts méritent un peu plus de considération.

 

Novembre 2009:

Le long combat de Mme Marie-Claude BARBAGELATA-TEUMA vient d'aboutir à une décision importante de l'Etat, celle de reconnaître "mort pour la France" son père, enlevé et assassiné le 5 juillet 1962 lors du terrible massacre d'Oran par le FLN qui coûta la vie à plusieur milliers de Français de toutes origines. Cette décision, selon ses termes, semble en effet s'appliquer à toutes les victimes civiles de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie. En effet, M. Paul TEUMA est reconnu "Mort pour la France" par suite d'un "acte de violence constituant une suite directe de faits de guerre". Or le 5 juillet 1962, la France n'était plus en guerre contre le FLN depuis le 19 mars 1962 et le gouvernement avait officiellement abandonné sa souveraineté sur nos départements algériens depuis 3 juillet 1962. Nous tenons à féliciter Mme BARBAGELATA-TEUMA pour sa persévérance, sa tenacité et son courage pour obtenir Vérité et Justice pour son père. Mme BARBAGELATA-TEUMA fait partie des treize familles de disparus qui, dépassant le cap de leur douleur personnelle, ont brisé le mur du silence en acceptant de déposer le 13 mars 2002 une plainte contre X pour "crime contre l'Humanité et complicité de crime contre l'Humanité". Voir pour plus de détails la rubrique DISPARUS sur le site JPN :

http://pagesperso-orange.fr/jeunepiednoir/jpn.wst/Disparus.htm

 

APPEL AUX FAMILLES DE VICTIMES ET A LEURS AMIS

Nous vous invitons à demander dans les meilleurs délais, si cela n'a pas encore été fait, pour vos parents et proches disparus ou assassinés en Afrique du Nord l'attribution de la mention "Mort pour la France". Pour l'Algérie, toutes les victimes civiles assassinées ou disparues durant la période du 1er novembre 1954 et les derniers crimes commis contre des civiles et des militaires, c'est-à-dire le 5 juillet 1964 doivent être reconnues comme "Morts pour la France". Il en est de même pour les victimes françaises en Tunisie et au Maroc entre 1952 et 1956. La date du 5 juillet 1964 correspondant à l'assassinat en France du jeune Jean-Claude SAINT-AUBIN par les Services spéciaux français, et bien le dernier "acte de violence constituant une suite directe de faits de guerre", puisque l'Etat français visait un responsable de la résistance française à l'abandon de l'Algérie. C'est une des raisons majeures pour lesquelles nous demandons que la date de commémoration des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie soit transferée du 5 décembre au 5 juillet. En attendant cette décision de bon sens, nous appelons nos compatriotes à se mobiliser le 5 décembre 2009 pour que le Président de la République tienne l'engagement du candidat Nicolas SARKOZY d'avril 2007 : « Plusieurs milliers de Harkis ont été massacrés, au mépris des accords d'Evian. En l'absence de plan d'évacuation ou, il faut le dire, de volonté politique, seuls 10% d'entre eux purent s'établir en France entre 1962 et 1968… Le premier devoir c'est la vérité. Ne laissons pas l'oubli recouvrir la mort et les douleurs du passé ». «Je souhaite que les victimes françaises innocentes de cette guerre, jusqu'à l'indépendance, et je pense tout particulièrement aux victimes du 26 mars, se voient reconnaître la qualité de morts pour la France et que leurs noms figurent sur une stèle officielle afin que personne n’oublie ces épisodes douloureux ».

Communiqué de Jeune Pied Noir

 

25.11.2009

PLATE-FORME COMMUNE DES RAPATRIES POUR LA SAUVEGARDE DES CIMETIERES CHRETIENS ET JUIFS D’ALGERIE

LES RAPATRIES

Expriment leur indignation et leur incompréhension devant l’état actuel désastreux de la très grande majorité des cimetières chrétiens et juifs d’Algérie (abandon, non protection, vandalisme, profanation), ce malgré le travail considérable effectué par l’ASCA depuis 25 ans, le CSCO, Mémoire Active Bônoise et d’autres associations plus récemment.

Ils constatent que le Plan Cimetières 2003/2009 lancé à la suite de la visite d’Etat du Président Jacques Chirac en Algérie n’est toujours pas achevé et n’a, en tout cas, pas remédié à une situation déjà inacceptable en 2003.

Ils sont alarmés par les rumeurs insistantes de suppression, au budget 2010, des crédits affectés aux cimetières de l’étranger, au moment même où la situation dramatique des cimetières d’Algérie exige une augmentation considérable de l’enveloppe budgétaire qui leur est accordée.

Ils demandent

Qu’un bilan précis de ce qui a été fait depuis 2004 et des moyens déployés dans le cadre de ce plan, soit communiqué par les pouvoirs publics français aux associations de Rapatriés ;

Qu’un état des lieux, basé sur les inventaires déjà effectués, soit actualisé et publié par les pouvoirs publics français en concertation avec les Rapatriés ; dans cet esprit, une mission parlementaire d’information devra être immédiatement constituée ;

Que soit mis en place un véritable plan d’urgence pour les cimetières doté de moyens financiers et humains à la hauteur du problème ;

Que les engagements et les échéances soient précis et chiffrés et les moyens nécessaires débloqués dans les délais les plus brefs ;

Que, dans l’immédiat, le budget 2010 prévoit une très forte augmentation des crédits affectés aux cimetières d’Algérie ;

Qu’un « Monsieur Cimetières », rattaché à la Présidence de la République française, soit désigné ;

Que les associations de Rapatriés et, éventuellement, les familles elles-mêmes, soient entièrement associées à toutes les décisions relatives à la réhabilitation, la restauration et la sauvegarde et à l’effort de remise en état et de protection de ces centaines de cimetières et de ces dizaines de milliers de tombes qui exigent un absolu respect.

 

Ils affirment

Que le principe doit être la restauration, la réhabilitation, l’entretien et la protection de tous les cimetières existants ;

Que de nouveaux regroupements éventuels ne pourront être envisagés que comme dernier recours ; ils devront être justifiés puis décidés et effectués en pleine concertation avec les associations de Rapatriés, et éventuellement les familles ;

Que, si par crainte de profanations, des familles souhaitent des transferts de corps, ces transferts devront se faire aux frais de l’Etat français ;

Que, en ce qui concerne les cimetières de Tunisie et du Maroc, une commission paritaire devra procéder à un état des lieux précis et faire des propositions. 

Paris le 25 novembre 2009

 

Fin 2009

Je faisais parti d'un groupe de responsables de l'organisation FLN de la zone urbaine d'Oran devenue "autonome" après le 19 Mars 1962, car en réalité avant cette date il ne nous restait pas grand-chose en Oranie du point de vue militaire et même pour l'OPA (organisation politico administrative) à Oran ou nous en étions réduits à dépendre de la zone 7 de Sidi Bel abbés où quelques maquis ALN subsistaient péniblement après les ratissages et le verrouillage des frontières par l'Armée Française. 

Avec les frères Kader et Nejdi, nous étions chargés d'animer une organisation virtuelle de l UGTA syndicat clandestin. Naturellement, après le 19 Mars et la libération des internés, l'arrêt des poursuites par la police et l'Armée Française, l'organisation s'étoffa et à Oran, on a pu créer une zone autonome (ZAO) qui eu pour tâche principale d'encadrer la population et de mener la lutte contre l OAS qui devenait notre seul adversaire, avec l'aide des services Gaullistes Français. 

La date du référendum du 1er Juillet 1962, qui formellement dans le cadre des accords d'Evian, arrivait inexorablement. l'ALN extérieure d'Oujda, nous avait délégué le Capitaine Bakhti (Némiche Djeloul) originaire d'Oran chargé d'assurer la liaison avec commission de cessez le feu et l'armée Française prévue par les accords d'Evian. Bakhti se bombarda chef de la ZAO et une ALN intérieure se constitua avec des cadres libérés et surtout des déserteurs de la force locale équipée et armée par les forces Françaises. sécurité et celle de leurs familles seront assurées quoi qu'il arrive.

 

Les derniers commandos OAS quittèrent Oran avec la bénédiction de tous, surtout par le port d'Arzew et des chalutiers qu'ils avaient affrétés vers l'Espagne, à Oran, nous sentions déjà les dissensions internes de l'organisation tirailler entre l'état Major d'Oujda et le GPRA qui arrivait à Alger. Mon groupe avait opté majoritairement pour la légalité avec Alger non par sympathie débordante, mais surtout par méfiance contre cette armée du Maroc, qui ne nous avait pas beaucoup aidé lorsqu' ils auraient pu par infiltrations durant la lutte de libération et contre l'OAS, armée plutôt constituée selon nous pour imposer ses points de vue et ses dirigeants que certains d'entre nous considéraient comme " fasciste ", militaires opposés au régime démocratique dont nous rêvions pour l'Algérie et prévue par la déclaration du 1er Novembre 1954 du FLN. Plus nous prenions de coups à l'intérieur plus cela semblait arranger les gens de l'extérieur tant ils étaient certains de gagner avec la politique gaulliste après 1959.

 

L'armée Française manipulée n'avait d'autre choix que d'éradiquer l'intérieur et encore Boumediene n'entra en Alger qu'en Septembre 1962 après des combats avec des willayas de l'intérieur. Le 1er Juillet 1962 avec l'indépendance, le maintien de l'ordre jusqu'à des élections libres, devait être assuré par l'exécutif provisoire avec l'aide d'une force locale et d'une police auxiliaire (ATO) selon les accords d'Evian L'ALN extérieure ou intérieure n'étant pas prévue, tout cela était très formel, mais la France pouvait l'exiger et intervenir en cas de carence.

 

Le général Katz (FAF) à Oran avait prévu dans un ordre du jour à ses unités " que l'Armée Française n'interviendrait plu, sauf en cas de légitime défense d'elle-même et de ses ressortissants ". Nous le savions et donc avions nous a mis en garde nos compatriotes contre des exactions sur les Européens pour ne pas donner prétexte aux FAF d'intervenir et aussi par principe d'une Algérie multi ethnique.

 

Le 3 Juillet date officielle de l'Indépendance, défilé de l'ALN intérieure reconstituée sur les boulevards extérieurs dans un enthousiasme indescriptible, constitution d'un " comité de réconciliation " avec les représentants des Européens, discours lénifiants en attendant un préfet qui devait être nommé par Alger ou le GPRA respectueux des accords avait refusé la démission de l'exécutif provisoire, mais avait demandé, relayé par radio Alger, de fêter l'Indépendance le 5 Juillet 1962, en mémoire de la reddition d'Alger en 1830. A première vue l'EM d'Oujda était contre puisque la chose était télécommandée par ses rivaux d'Alger qui l'avait dissout avec le Colonel Boumedienne démit de ses fonctions par le GPRA.

 

Décidés à suivre les directives de notre gouvernement légal, nous organisons cette manifestation que nous voulions pacifique pour montrer la maturité de notre peuple à la presse internationale, et l'adhésion au gouvernement Algérien après, des préparations houleuses avec les Ben-Bellistes, et partisans de l'EM du Maroc qui nous promirent les pires avatars.

 

Et voilà, après un défilé ordonné des mouvements de jeunesse, scouts recrutés en masse depuis le 19 mars, syndicalistes, mouvements féminins etc. suivi par une foule considérable venue de toute la région. Vers 11 heures, des tirs sur ce défilé après le passage devant la grande Synagogue Bd. Joffre et place Karguenta, deux petits scouts sont gravement atteints et un ATO blessé, des meneurs se déchaînent " c'est l'OAS " excitant la foule chauffée à blanc et le massacre de tout ce qui était européen commence de manière anarchique se poursuivant avec l'attaque de la gare d'Oran vers 13 heures. Où des émissaires d'Alger étaient présumés arriver.

 

L'Armée Française en poste à la gare tire au F.M de nombreux morts et blessés qui ramenés en ville nouvelle proche furent mis sur le compte de l OAS par des agitateurs irresponsables. Ensuite, pour préserver certains Européens et pour contrôle d'identité, nous disposions de listes de suspects OAS fournies par des gardes mobiles Français, des arrestations se pratiquent dans la plus grande confusion par n'importe qui dans le plus grand désordre, amenés au commissariat central où internés au palais des sports, et au stade municipal aussi dans des lieux privés à Lamur en zone musulmane.

 

Les FAF consignées depuis la veille n'interviennent pratiquement pas et les gendarmes mobiles Français prennent position dans l'après midi dans la ville européenne déserte et seulement là, aux principaux carrefours sans s' avancer plus pour délivrer leurs compatriotes . 

Les appartements des immeubles d'où sont venus les tirs sont visités, des hommes amenés, mais aucune arme trouvée sauf celles des nôtres en civil ou treillis militaires qui courent et se croisent dans les étages sans aucun contrôle ni encadrement ordonné, allez savoir qui a tiré, mais à postériori, nous avons notre idée la dessus. 

Ensuite des otages sont exécutés de façon sommaire par des bandes plus ou moins organisées au petit lac et ailleurs, aussi pendant le nuit, nous ne contrôlons plus rien ! Bakhti a disparu quelques heures.

Le lendemain l'ALN du Maroc dont le gros n'arrive que le Dimanche 8 Juillet faute de transports, a un prétexte en or pour prendre le pouvoir et maintenir l'ordre, en mettant en place son préfet, nomination qu'Alger subjugué dut entériner de facto. 

Certains de nos frères de l'organisation d'Oran durent se cacher quelques jours craignant des exécutions sommaires et des règlements de compte et nous dûment à contre cœur, faire amende honorable aux putschistes d'Oujda (qui ne sont pas partisans de conserver une forte minorité européenne par idéologie mais aussi pour se partager le butin de guerre) comme l'a dit Mohamed Harbi, naïfs comme les Européens avec De Gaulle, nous avons appris ce qui allait être la stratégie provocatrice et criminelle des services spéciaux de Boumedienne (Colonel) qui s' est poursuivie jusqu'à nos jours avec la disparition de milliers d'Algériens et d'autres provocations par la suite, que les coupables se reconnaissent. 

Mais pardon pour cette naïveté tragique à nos frères Oranais européens et juifs qui à vu trahis les idéaux de notre révolution d'une Algérie multiethnique et fraternelle qui devait effacer les combats légitimes de chacun. AMANT ALLAH ! (pour l'amour de dieu, je vous en prie)

CHEIK BENZAOUI - 2009

 

15.11 2010

Contribution de Youba Si Micli du 15 novembre 2010, publiée par Kabylie- Démocratie.

"Organisons un référendum pour la réintégration de la Kabylie dans le giron de la République française (…). L'on sait très bien que la Kabylie a plus de liens avec la France qu'avec l'Etat algérien, que nous faisons plus confiance à la justice française qu'à celle de l'Etat algérien, que nombre de ressortissants kabyles se naturalisent ou réintègrent la nationalité française. Il est grand temps de sortir de cette hypocrisie qui pousse à dire que nous ne devons pas trahir le sang de nos ancêtres qui sont morts pour l'Algérie. Non, la vérité est que nos ancêtres se sont trompés d'ennemis et de cause, que l'Algérie nous a fait plus de mal que la France coloniale, sinon comment expliquer cet exode massif vers la France? (…) L'horizon de la Kabylie est, reste et restera la France et l'Occident. Osons l'assumer, disons-le haut."

Une hirondelle fait-elle le printemps?

 

Aujourd'hui:

 On lira avec interet, en guise de conclusion ce qu'écrivait en été 1962, Raoul Girardet sur le drame algérien, ICI

 

 

Mi decembre 2010 janvier 2011

Des émeutes ont explosé à la mi-décembre 2010 et se sont prolongées à la première quinzaine de janvier 2011 avec des soubresauts tardifs récurrents les semaines qui ont suivi. Parfois d'une extrême violence, elles ont mis à feu et à sang des quartiers entiers à Alger, Anaba, Oran, ainsi que dans des villes kabyles, Tizi-Ouzou et Biui-Ra. À la suite d'une répression policière menée sans tendresse ni indulgence, le gouvernement d'Alger décréta des mesures sur le prix d'aliments de base tels que le sucre et l'huile. Et dire que ce pays bénéficie largement encore du magnifique pactole des hydrocarbures laissés à l'Algérie en cadeau de divorce.

Pour en revenir sur ces immenses richesses pétrolières, la totalité est loin d'être consacrée à la mise en valeur du territoire et au bonheur de la population. Une partie continue sans doute à permettre à des leaders d'alimenter de juteux comptes en banque en Suisse. Mais une partie importante sinon principale de ces richesses est consacrée à acheter la paix en arrosant généreusement tel mouvement ou telle corporation professionnelle, tel syndicat dont les dispositions et les déclarations semblaient devoir mettre en danger le pouvoir politique.

LES MÉTASTASES D'UNE CORRUPTION GÉNÉRALISÉE

Venons-en avant de terminer à un élément sociétal capital et qui est en grande partie au moins à la source de la misère et de la rage du peuple algérien, éclatant sous la forme de ces émeutes répétées. On a pu dire que les Algériens ont l'impression d'être dirigés par une véritable association de malfaiteurs. Les charges de députés et de sénateurs, dit-on, se vendent aux enchères. Les magistrats qui portent théoriquement le flambeau sacré de la justice, sont accusés eux-mêmes d'une corruption outrancière.

Les généraux, leurs parents, leurs familles, leurs clients, et dit-on, jusqu'à la famille du chef de l'Etat, les représentants des partis politiques y compris les trotskistes, et même les islamistes, vampirisent tout ce qui peut l'être. En fait le phénomène est général: c'est la course à celui qui s'enrichira le plus et le plus vite. Devant la malhonnêteté, la rapacité, parfois la violence de ces prédateurs, s'étonnera-t-on que les populations qui souffrent de la misère ne supportent plus leur condition.

La misère n'est plus une fatalité: les coupables paradent sous leurs yeux. Et les manifestations violentes visent en dernier ressort ces responsables d'un état de choses insupportables et dont rien ne semble donner l'espoir de sortir l' Algérie. Il est enfin légitime de se demander par quel mystère Bouteflika reste le président de cette malheureuse Algérie dans son état de gâtisme avancé désormais impossible à cacher. Une hypothèse serait qu'il serve d'arbitre entre des clans de généraux aux ambitions incompatibles et manifestement irréconciliables.

La présence de cet arbitre, même gâteux, fait gagner du temps et leur évite d'en découdre. Par bonheur, car une guerre entre ces clans ne pourrait qu'aggraver les souffrances du peuple algérien.

Ah ! En vérité, que l'Algérie est heureuse depuis qu'elle est débarrassée de la France et de sa férule despotique!

Georges Dellinger in La Lettre de Veritas, mars avril 2012

 

09.2011 à fin 2012;

Tous les turiferaires du F.L.N. s'unissent pour souiller la mémoire des français d'Algérie, de toute confession, et de faire du départ de la france de ses départements outre mediterrannée un grand moment de l'hstoire de france.

Un certain nombre d'association, plus ou moins liées à l'ambassade d'algérie en france sont à la manoeuvre.

Parmi les plus militantes, nous pouvons ainsi citer " l'Association Nationale des Pieds-Noirs Progressistes et leurs Amis (ANPNPA) " fondée en 2008 et dont l'objectif est de faire reconnaître la réalité du régime colonial, imposé à l'Algérie et de manifester la solidarité avec le peuple algérien.

Autant dire que cette association de soi-disant Pieds-Noirs, dirigée par un certain Jacques Pradel, qui n'a rien à voir, qu'on se rassure, avec l'animateur de télévision du même nom, passe plus de temps à relayer les thèses d'Alger qu'à défendre la mémoire pied-noire.

Autre association, plus ancienne, " Coup de Soleil ", animée par George Morin, Pied-Noir de Constantine qui se propose de rassembler des gens originaires du Maghreb et leurs amis et de mettre en lumière les apports multiples des populations maghrébines.

Proche du parti socialiste, " Coup de Soleil ", qui organise régulièrement un Salon du livre d'Afrique du Nord, s'est distinguée comme cosignataire avec la Ligue des Droits de l'Homme d'une pétition demandant que le Centre de Documentation des Français d'Algérie de Perpignan soit un Centre axé sur l'histoire franco-algérienne, indépendant de toute association mémorielle et donc du Cercle algérianiste ainsi que de la mairie de Perpignan. On imagine bien volontiers ce qui pouvait trotter dans la tête de ses dirigeants.

L'association " Maurice Audin " se consacre quant à elle à défendre la mémoire du mathématicien du même nom, membre du parti communiste algérien et proche du FLN, disparu en 1957. Très en cour auprès de la mairie de Paris, elle a ainsi obtenu en 2004 l'inauguration d'une place Maurice Audin dans le 5e arrondissement.

L'association des "Amis de Max Marchand, Mouloud Feraoun et leurs compagnons " n'en est pas moins militante et a pour objectif de défendre la mémoire des animateurs des centres sociaux, victimes d'un commando de l'OAS, le 15 mars 1962 à El Biar. Elle revendique 300 membres et est aussi très présente pour demander l'interdiction des manifestations mémorielles Pieds-Noires, comme elle l'a fait à Nice pour celle liée à la commémoration du Putsch, il y a quelques semaines à peine. Là encore, la mairie de Paris, généreuse en matière d'inauguration de plaques, a fait droit à sa requête pour qu'une stèle soit apposée au cimetière du Père Lachaise en hommage aux victimes de l'OAS. Quant aux victimes du FLN, inutile de s'interroger plus longtemps.

Dans cette galaxie figurent aussi des associations d'anciens appelés proches des milieux communistes comme, " l'Association des Anciens Appelés en Algérie et contre la Guerre " créée en 2004, qui souhaite regrouper ceux des appelés voulant consacrer leur retraite d'anciens combattants à l'élaboration de projets de développement, orientés pour l'essentiel vers la Palestine ou l'Algérie. On sélectionne quand même ses amis.

Une rapide mention pour l'association " France-Algérie ", créée dès 1963, qui a eu pour président Pierre Joxe et dont le nouveau titulaire de la charge n'est autre que Jean-Pierre Chevènement. Là encore, principale préoccupation pour cette association : plaire au gouvernement algérien et au FLN en particulier.

Enfin, nous ne saurions oublier " l'Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l'OAS " (ANPROMEVO) créée en 2006 à l'instigation, notamment, de Jean-François Gavoury, fils du commissaire chargé de la lutte anti-OAS, Roger Gavoury, victime le 31 mai 1961 d'un commando de l'OAS. Son fils poursuit un objectif : perpétuer la mémoire de son père, mais il ne se contente pas que de cela et est de toutes les manifestations destinées à empêcher les Pieds-Noirs de se recueillir en hommage aux milliers de victimes, notamment celles occasionnées par les polices parallèles et autres barbouzes agissant sur l'ordre du général de Gaulle, que Monsieur Gavoury se garde bien de dénoncer.

Ces associations sont pour l'essentiel, et nous aurions pu en citer d'autres (Comité Vérité Justice Charonne, Réseau Frantz Fanon...) de simples boîtes aux lettres ou tout au moins des éléments groupusculaires. Elles ont cependant un trait commun, la haine et le mépris qu'elles vouent bien souvent aux souffrances de milliers de familles de Pieds-Noirs, notamment celles des familles de disparus en Algérie, mais aussi un discours identique qui, sous couvert de défense des Droits de l'Homme, est en fait un discours haineux et revanchard qui n'a rien à envier à celui du FLN algérien.

Thierry Rolando

In Les informations de l'Algérianiste, supplément du no 135 - septembre 2011

 

09.2011:

Dans le cadre de la propagande en faveur du F.L.N. on a en septembre un film à la glore des algériens pendant la guerre 39645, amis des juifs et anti nazis.

Il s'agit de lutter contre l'image pro nazi qui colle à la peau des "resistants" algériens (légion SS, grand muphti de jérusalem, émeutes du 8 mai 1945...)

L'historien Lefeuvre met les choses au point:

"Les hommes libres"

La sortie, mercredi 28 septembre 2011, du film " Les hommes libres " s'accompagne de la diffusion d'un dossier pédagogique, destiné aux professeurs de collège et de lycée. L'objectif est assumé : susciter des sorties scolaires et transformer une œuvre, ô combien de fiction comme le démontre l'historien Michel Renard, en " document " historique .

Pour asseoir auprès du public et du monde enseignant la crédibilité historique du film, le metteur en scène s'est attaché la participation de Benjamin Stora dans la rédaction de ce dossier. Dès lors, il n'est pas déplacé d'en mesurer la pertinence scientifique. Et, autant le dire tout de suite, certaines affirmations de Benjamin Stora laissent stupéfait.

Ainsi, comment peut-il affirmer que " dans l'Algérie de l'époque, les Algériens musulmans n'avaient pas la nationalité française. Ni Français, ni étrangers : ce sont donc des " hommes invisibles " qui n'auraient donc " aucune existence juridique ou culturelle " ?

Pas Français, les Algériens musulmans ?

On peut admettre que B. Stora ignore que, dès les années 1840, la nationalité française a été reconnue aux Algériens musulmans - comme d'ailleurs aux Juifs de l'ancienne Régence - par plusieurs arrêts de la Cour supérieure d'Alger qui rappelle, en 1862, que " tout en n'étant pas citoyen, l'Indigène est Français " et de la Cour de Cassation qui stipule que " la qualité de Français est la base de la règle de leur condition civile et sociale ". Il est, en revanche, incompréhensible qu'il ignore le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 qui confirme que " l'indigène musulman est Français ".

Bien d'autres dispositions, dans le droit du travail, comme l'accès à la plupart des emplois à la fonction publique (à l'exception de quelques fonctions d'autorité), consacré par la loi Jonnart de 1919 ou l'intégration des travailleurs algériens dans la sphère de protection de la main-d'œuvre nationale du 10 août 1932, etc. suffisent à démontrer que les Algériens disposent bien de la nationalité française. Autre confirmation : répondant à une enquête prescrite en juillet 1923 par le ministre de l'Intérieur sur " la situation des indigènes originaires d'Algérie, résidant dans la métropole ", le préfet de Paris avoue son incapacité à fournir des informations détaillées car, contrairement aux étrangers, les Algériens, " sujets français ", ne sont astreints " à aucune déclaration de résidence, ni à faire connaître leur arrivée ou leur départ. "

D'ailleurs, au grand dam du gouverneur général de l'Algérie, qui s'en plaint auprès du ministre de l'Intérieur, certaines municipalités, principalement communistes, n'hésitent pas à délivrer à ces Français des cartes d'électeurs !

Les Algériens sont-ils, en métropole, des " hommes invisibles " ? Autre assertion étonnante.

Pour le pire et le meilleur, la présence des Algériens en métropole est loin d'être invisible. Combattants aux côtés des Poilus de métropole et des Alliés, travailleurs venus complété les effectifs de l'industrie et de l'agriculture, les Algériens ont noué des liens, parfois étroits, avec les Français qu'ils ont côtoyés lors de la Première Guerre mondiale. Cette participation à l'effort de guerre a laissé des traces, y compris dans le paysage : des tombes musulmanes sont présentes dans les carrés militaires, une kouba est édifiée, en 1919, au cimetière de Nogent-sur-Marne pour rendre hommage aux soldats musulmans morts pour la France. Enfin, l'existence de la Grande Mosquée de Paris, inaugurée par les plus hautes autorités de l'Etat en 1926, ne rend-elle pas visible cette présence au cœur de la capitale ?

À Paris encore, mais aussi en banlieue, le Bureau des Affaires Indigènes (BAI) de la Ville de Paris créé en mars 1925 ouvre à l'intention des Algériens des foyers rue Leconte, à Colombes, à Gennevilliers et à Nanterre ainsi que deux dispensaires. C'est également à son initiative qu'est construit l'hôpital franco-musulman de Bobigny, inauguré en 1935, auquel est adjoint, en 1937, un cimetière musulman.

Le BAI s'est également préoccupé de l'importance du chômage qui touche de nombreux Algériens du département de la Seine, dès la fin des années 1920. Une section de placement est créée à cet effet : entre 1926 et 1930, 15 130 chômeurs ont bénéficié de son concours. Progressivement, ses activités se sont élargies : assistance juridique aux accidentés du travail pour faire valoir leurs droits et obtenir le versement des indemnités ou des rentes auxquelles ils peuvent prétendre (1 534 dossiers traités) ; démarches en vue du versement des primes de natalité et indemnités pour charges de famille (9 696 dossiers). On peut estimer insuffisante l'ampleur de l'action entreprise, en particulier en matière d'habitat. On peut également trouver, dans cette sollicitude des autorités parisiennes à l'égard des nord-africains du département de la Seine, une volonté de contrôle - sanitaire et politique - et pas seulement l'expression de sentiments philanthropiques. Mais, outre qu'il est impossible de nier l'intérêt qu'elle a représenté pour ses bénéficiaires, en particulier pour les milliers de patients pris en charge par les dispensaires ou l'hôpital franco-musulman, elle prouve la visibilité des Algériens et l'attention que leur portent les autorités départementales.

C'est bien aussi parce qu'ils sont visibles et, à ses yeux potentiellement dangereux, que la Préfecture de Police juge utile de créer une Brigade nord-africaine quelques semaines après la création du BIA - également située rue Leconte mais qui ne se confond pas avec le BAI - chargée de surveiller, avec moins d'efficacité qu'on le prétend généralement, les Algériens du département de la Seine.

 

Victimes du racisme de la population métropolitaine ?

Le procès, une nouvelle fois, mérite d'être instruit avec plus de nuance. Certes, des sentiments racistes se manifestent et on en trouve bien des traces, dans l'entre-deux-guerres, dans la presse de droite. Sont-ils aussi généralisés que Benjamin Stora le sous-entend ? Laissons la parole à l'une de ces prétendues victimes de l'ignorance, du mépris et du racisme des Français. Quel souvenir garde-t-il en mémoire de sa vie à Paris au cours des années vingt ? : " Nous étions unanimes à nous réjouir de l'attitude de sympathie des populations à notre égard, et à faire une grande différence entre les colons d'Algérie et le peuple français dans leur comportement avec nous. Les gens nous manifestaient du respect et même une grande considération mêlée de sympathie. " Paroles d'un " béni-oui-oui " aux ordres de l'administration ? Non. Éloge du peuple français extrait des Mémoires de Messali Hadj, le père fondateur du nationalisme algérien lui-même, que Benjamin Stora connaît bien mais qu'il semble avoir oublié le temps d'un film!

D'autres sources rapportent cette " sympathie ", cette fois pour s'en inquiéter. En juillet 1919, l'administrateur de la commune-mixte de Ténès rapporte que les Algériens de sa commune, revenus de France, " ont été particulièrement sensibles aux marques d'affabilité et de politesse, quelque fois exagérées, que leur ont prodiguées nos compatriotes, ignorants de leurs mœurs et de leur esprit ; mais ces démonstrations auxquelles ils n'étaient pas accoutumés les ont conduits, par comparaison, à penser que les Algériens, les colons en particulier, n'avaient pas pour eux les égards qu'ils méritaient. Un simple khamès débarquant en France devenait un "sidi" […]. Il est donc indéniable que le séjour en France des travailleurs coloniaux les a rapprochés des Français de la métropole ".

Ce " rapprochement ", Genevière Massard-Guilbaud en montre un aspect dans son ouvrage " Des Algériens à Lyon de la Grande Guerre au Front populaire " qui met en évidence une proportion particulièrement importante de mariages avec des Françaises métropolitaines, dès les années 1930. Selon cette historienne, " contrairement à l'image qu'on a donnée d'eux, les Algériens de cette époque s'intégraient mieux que d'autres en France, dans la classe ouvrière ou la petite bourgeoisie commerçante. Le grand nombre de mariages mixtes n'en est-il pas un signe ? Dans quelle communauté étrangère d'ancienneté comparable en France en rencontre-t-on autant ? "

 

Dépourvus d'existence culturelle ?

On se demande alors à quoi pouvait bien répondre la Grande Mosquée de Paris et le cimetière musulman de Bobigny, si ce n'est aux besoins culturels et cultuels des musulmans du département ? Mais il existe bien d'autres manifestations de cette existence et de sa prise en compte : respect par l'Armée des prescriptions en matière d'alimentation, des fêtes et des rites funéraires musulmans ; aménagement, avant la Première Guerre mondiale, par la Compagnie des mines d'Auby-les-Douai (département du Nord), d'un lieu de prière pour ses ouvriers musulmans. Benjamin Stora entre sur ce plan en contradiction avec lui-même, quand il rappelle que c'est à Paris qu'est né, avec la création en 1926, de l'Étoile Nord-Africaine, le nationalisme algérien organisé et qui regroupe, en métropole, environ 3 000 militants. N'est-ce pas là une manifestation culturelle autant que politique ? C'est à Paris, également, que sont publiés journaux et revues nationalistes. Enfin, le film et le dossier rappellent qu'il existe à Paris de nombreux cabarets " orientaux " comme le Tam-Tam, La Casbah, El Djezaïr ou encore El Koutoubia.

Enfin, Benjamin Stora affirme qu'après le débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord (novembre 1942) " coincé par les autorités allemandes qui le pressent […] de collaborer franchement ", le directeur de la Mosquée a été " obligé de se soumettre ". Kaddour Ben Ghabrit collaborateur? L'accusation est grave. Elle mériterait d'être étayée. Comment, par quels actes, par quels propos cette collaboration s'est-elle manifestée? Dans quelles circonstances? On ne nous le dit pas. Comment admettre une telle liberté vis-à-vis de la méthode historique qui exige, pour toute affirmation, l'administration de preuves.

Le film et le dossier pédagogique témoignent aussi d'un angélisme confondant. Magnifiant, en l'amplifiant démesurément, le soutien que la Mosquée a pu apporter à quelques Juifs pendant l'occupation allemande, il laisse ignorer la profondeur de l'antijudaïsme d'un nombre considérable d'Algériens musulmans, qui s'est manifesté dans les émeutes qui ensanglantèrent Constantine en août 1934 et qui s'exprime tout au long de la guerre et ultérieurement. Ainsi, en mars 1941, le CEI - équivalent en Algérie au service métropolitain des Renseignements généraux - note-t-il que " L'abrogation du décret Crémieux avait été quand elle fut connue, accueillie avec une grande joie par les Musulmans. " Cet antijudaïsme se rencontre même parmi les Algériens les plus libéraux et les plus laïcs comme en témoigne cette lettre de Ferhat Abbas au préfet d'Alger, datée du 30 janvier 1943, connue de Benjamin Stora, et dans laquelle on retrouve bien des poncifs de l'antisémitisme : " Il me parvient de tous côtés que certains éléments importants de la population juive s'emploient à dénigrer systématiquement, auprès des Anglo-Américains, les Musulmans algériens. Je fais appel, Monsieur le Préfet, à votre haute autorité pour intervenir auprès des dirigeants israélites afin de mettre un terme à cette propagande insidieuse et malhonnête. Ce n'est pas la première fois que les juifs adoptent une double attitude et se livrent à un double jeu. Le torpillage du Projet Viollette en 1936 est encore présent à notre mémoire. Il convient, dans leur propre intérêt, de les persuader que les méthodes d'hier sont périmées et que nous nous devons, les uns et les autres, une franchise et une loyauté réciproques. Si cette franchise et cette loyauté n'étaient pas en mesure de faire de nous des amis, elles éviteraient pour le moins de faire de nous des ennemis. Et c'est beaucoup. "

Comment croire que les Algériens de métropole en ont été indemnes ?

Au total, trop d'erreurs, parfois grossières, trop d'affirmations non étayées, trop de non-dits entachent ce dossier pour qu'il constitue un outil pédagogique fiable et dont on puisse en recommander l'usage aux professeurs, d'autant que, dans les documents proposés à la réflexion des élèves, la confusion est entretenue en permanence entre immigrés d'origine étrangère et Algériens, ce qui ouvre à des contresens.

Par ailleurs, je ne prête évidemment aucune arrière-pensée, ni au metteur en scène, ni à Benjamin Stora et je suis persuadé de leur entière bonne foi lorsqu'ils espèrent que le film permettra de rapprocher les communautés musulmanes et juives de France.

Je ne peux qu'exprimer mon scepticisme à cet égard. Une autre conclusion, lourde de menaces, pourrait en être tirée, au moment même où l'Autorité palestinienne s'efforce de faire reconnaître l'existence d'un Etat palestinien contre la volonté d'Israël : les Juifs sont décidément bien ingrats vis-à-vis des Musulmans qui ont tant fait et pris tant de risques, sous l'Occupation, pour les sauver de la barbarie nazie.

Daniel Lefeuvre

Professeur d'histoire contemporaine, Université Paris 8 Saint-Denis

 

 Octobre 2011:

Dechainement pro F.L.N. dans les médias à l'occasion du cinquantenaire de la manifestation insurectionnelle du 17 octobre 1961 à Paris.

 

ICI: la lettre ouverte de Valat au sujet des harkis de Paris

Quarante ans plus tard, le 17 octobre 2001, le maire de Paris avait inauguré une plaque en souvenir de ce "massacre ", exprimant le repentir de la France et mettant gravement en cause la responsabilité de la police parisienne (gardiens de la paix, gendarmes mobiles, CRS et forces de police auxiliaires composée de Harkis).

C'était le début d'une intense campagne de propagande insufflée d'Alger, qui devait être suivie de beaucoup d'autres épisodes de calomnies ininterrompues, jusqu'à aujourd'hui…

Cette nuit là, donc, l'ensemble des forces de l'ordre aurait massacré près de 300 Algériens et fait plus de 2.000 blessés dans les rangs de ces derniers. Il s'agissait, pourtant, d'une manifestation pacifique, pour appuyer les négociations débutantes que De gaulle avait entreprises avec le FLN de Tunis.

La vérité fut rétablie par le Colonel Raymond Montaner, commandant de la Force Auxiliaire des Harkis de Paris dont il avait pris le commandement en 1959. Cette unité était destinée à protéger les Algériens de la capitale et des banlieues voisines contre la vaste entreprise de racket du FLN pour lever " l'impôt révolutionnaire ".

Tout récalcitrant s'exposait aux couteaux des égorgeurs dont le grand chef, Salah Louanchi, responsable de la fédération FLN de France, avait longtemps échappé à la police grâce à la complicité d'un réseau de chrétiens progressistes groupés autour d'André Mandouze.

Sa longue expérience à la tête de SAS en milieu rural, mais aussi et surtout, en milieu urbain au Clos Salembier à Alger, avait préparé le lieutenant colonel Montaner à faire face, très efficacement, au terrorisme perpétré par les agents du FLN dans la région parisienne.

Lors de la fameuse nuit du 17 octobre 1961, Montaner se trouvait à pied d'œuvre, avec ses Harkis parisiens et ses deux principaux adjoints, le capitaine de Roujoux et le lieutenant Champsavin. Dans la revue "l'Afrique réelle " de l'automne 2001 (N° 33), il expose ainsi les faits:

1. "Il ne s'agissait pas d'une manifestation pacifique, mais d'une double action minutieusement montée par le FLN. Tandis que des groupes armés devaient saboter et incendier des installations vulnérables dont le port pétrolier de Gennevilliers et le complexe pétrolier de Melun, d'autres manifestants, mobilisés souvent de force, sous la menace, devaient envahir le centre de Paris, principalement vers la place de l'Opéra, de la République, et converger vers les Champs Elysées pour y déployer le drapeau FLN. A cette époque, toute manifestation de ce type était interdite dans la capitale ".

2. "La police parisienne semble avoir été surprise par ces manifestations. Environ 1.300 hommes répartis en petits groupes de 25 policiers étaient disséminés dans les zones sensibles, sans grande coordination. Un premier affrontement eu lieu, dès 19h30, au pont de Neuilly, une quinzaine de policiers se retrouvèrent opposés à plusieurs centaines de manifestants. Cependant, aucun coup de feu ne fut tiré. Les forces de l'ordre se replièrent vers d'autres points d'appui. Rapidement, la police reprit la situation en main.

3. "On découvrit alors un fait étonnant : l'extrême rapidité avec laquelle, devant le regroupement des policiers qui avaient reçu des renforts, les manifestants se débandèrent, ou se laissèrent appréhender. Conduits au Palais des Sports et au stade de Coubertin, l'immense majorité des Algériens arrêtés avouèrent qu'ils avaient été mobilisés sous la menace de mort par les agents recruteurs du FLN, ou menacés de représailles sur leurs familles pour ceux qui auraient refusé de se joindre à ce " rassemblement patriotique ". La plupart furent renvoyés chez eux, après vérification d'identité...

4. "Le vrai bilan, entre le 17 et le 21 octobre 1961, s'établissait à 7 morts, dont 2 seulement attribués directement à la police : Achour Belkacem et Amar Malek, tous deux agents du FLN. 5 autres morts seront décomptés, dont un Français, Guy Chevalier, et 4 Algériens, vraisemblablement victimes de règlement de compte. ".

L'agitation politico-médiatique, à la suite de ces manifestations, fut sans lendemain : il fallut bien reconnaître l'échec total du FLN dans son intention de soulever les Algériens de la région parisienne et de saboter les installations pétrolières visées.

Ce n'est qu'en 1986, 24 ans plus tard, qu'un ancien responsable de la fédération du FLN en métropole, Ali Haroun, publia un livre écrit " à la gloire du FLN en France " : "La Wilaya VII ou la guerre du FLN en France -(1954/1962). Le roman noir débutait, mais c'est seulement en 1991 qu'il acquit sa notoriété avec le livre du marxiste Jean-Luc Einaudi directement inspiré de celui d'Ali Haroun, commenté et amplifié : " La bataille de Paris - Octobre 1961).

L'auteur relaie directement la propagande d'Alger et accuse la police française d'avoir assassiné, en cette nuit du 17 octobre 1961, 300 Algériens, tandis que 2.300 d'entre eux étaient blessés. C'est à partir de ce livre que des sympathisants français, appelés aujourd'hui "Les frères des frères" par le FLN, organisent, chaque année, une cérémonie à la mémoire des "martyrs algériens du 17 octobre", lesquels n'ont jamais existé que dans l'imagination de leurs créateurs, comme le souligne Bernard Lugan, auteur de la revue " L'Afrique réelle ".

En l'an 2000, année où débute de la grande offensive de calomnie contre la France, à la suite du premier voyage retentissant de Bouteflika en France (reçu avec solennité à l'Assemblée Nationale à majorité socialo-communiste) est créée l'association "17 octobre 1961 contre l'oubli " dont le Président, Olivier Lecour Grandmaison, est bientôt appuyé par Pierre Vidal-Naquet, Maspéro, Marcel Péju, et toute l'équipe marxiste du Paris intellectuel.

Les preuves apportées par le Colonel Montaner pour dissiper cette légende sont nombreuses et accablantes. Tout d'abord, pourquoi le FLN et ses complices parisiens ont-ils attendu près de trente ans avant de lancer leurs accusations?

Les chiffres extravagants, par ailleurs, ne peuvent nous troubler quand on connaît la fable du "million cinq cents mille morts" dans les rangs du FLN, pendant la guerre d'indépendance, celle des "quarante cinq mille morts" de Sétif le 8 mai 1945, etc, etc…Nous sommes habitués à cette exagération des chiffres qui, d'ailleurs, révèle bien leurs origines.

Ensuite, l'auteur s'est livré à une enquête surplace

1. Alors que se déroulait, en plein cœur de la capitale, un soi-disant massacre d'Algériens, aucune intervention des pompiers, ni de police secours, ni de la Croix Rouge, ni d'aucun service d'ambulance anormal, lors de cette nuit, ou des jours suivants, n'ont laissé de traces.

2. Aucun des services hospitaliers d'urgence de Paris, ou de la banlieue parisienne, n'a vu un afflux anormal de blessés : pourtant, 2.300 blessés en une nuit, cela laisse des traces… Où sont passés ces blessés ? Se sont-ils évaporés ?

3. A l'objection de la propagande FLN selon laquelle tous les corps (morts et blessés) auraient été " jetés dans la Seine ", l'auteur répond en signalant que rien n'a été retrouvé de tous ces corps dans les barrages sur la Seine en aval de Paris. Près de 2.500 corps en une seule nuit dans un fleuve et aucune trace les jours suivants ? Où sont-ils passés ? Se sont-ils dissous?

Toutes ces invraisemblances accumulées ne nous choquent plus depuis longtemps de la part du FLN qui nous a habitués à de telles fabulations. En revanche, ce qui nous afflige, c'est le fait qu'elles aient trouvé des échos dans les milieux d'extrême-gauche qui leur ont redonné vie et risquent de les pérenniser dans cette vaste entreprise de culpabilisation de l'opinion publique française.

Cette propagande a aussi pour but de nous faire oublier une terrible réalité : depuis janvier 1955 jusqu'à juillet 1962, les groupes armés du FLN ont assassiné, en France, plus de 6.000 Algériens, tués par balles, strangulation, égorgement, après tortures. Il faut compter aussi 9.000 cas de mutilations (ablation du nez, des oreilles, des lèvres) soit une moyenne de 5 tués ou blessés par jour, pendant 7 ans !

Ceci prouve aussi combien la masse de ces Algériens en métropole était hostile au FLN, dans la même proportion où elle se situait, en Algérie même. Pendant toute la guerre d'Algérie, il y eu, en outre, en métropole, 120 gardiens de la paix et 150 civils français assassinés.

L'action des Harkis de Paris fut très efficace pour dépister les caches d'armes et démanteler les réseaux de racketteurs du FLN. Ces Algériens là, fidèles à la France, eurent 10% de tués et 20% de blessés graves. Leur nom figura longtemps sur les plaques commémoratives apposées dans la cour de la Préfecture de Police de Paris. De tous ceux-là, aujourd'hui, on ne célèbre plus la mémoire puisqu'il est de bon ton de ne rendre hommage qu'aux criminels du FLN et à leurs porteurs de valises !

Comité VERITAS

 

novembre 2011:

le fils du commissaire Gavoury poursuit la mission de son père:

Publié le mercredi 02 novembre 2011 à 18H15

Jean-François Gavoury, président de l'Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l'OAS (ANPROMEVO) a écrit au préfet Hugues Parant, mais aussi au sous-préfet d'Istres Roger Reuter et au maire de Marignane Eric Le Disses, après la remise de la médaille de la Légion d'honneur à Jean-François Collin hier au cimetière de Marignane.

Dans ce courrier, Jean-François Gavoury s'étonne que l'élu et les représentants de l'Etat "pourtant prévenus du déroulement de cette manifestation", ne se soient pas opposés à la tenue de cette cérémonie "contestable à maints égards (qui avait) pour objet, d'une part, l'exaltation des crimes et attentats terroristes commis par l'OAS, en Algérie et en France, en 1961-1962 et, d'autre part, la remise des insignes de chevalier de la Légion d'honneur au président d'une association d'anciens détenus de cette organisation séditieuse".

Jean-François Gavoury interpelle également le général Jean-Louis Georgelin, Grand Chancelier de la Légion d'honneur, qui a selon lui "l'ardente obligation de prêter son concours à la mise en oeuvre d'une procédure disciplinaire à l'encontre de celui qui a été consacré hier comme récipiendaire."

 

  Mardi, 28 Février 2012

Au cours de cette année 2012 qui marque le 50ème anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie, les membres de l'ASAF (soutien à l'armée française) et tous ceux qui sont soucieux de vérité historique relèvent une multiplication d'opérations de désinformation.

La lettre du général Henry FOURNIER adressée au Directeur du journal Sud Ouest démonte parfaitement le mensonge véhiculé par un commentaire de photo.

Dans votre édition du SUD OUEST DIMANCHE du 26 février 2012, vous avez publié, en page 14, un article de Dominique RICHARD, rendant compte de la récente parution d'un livre de Claude Juin sur la guerre d'Algérie.

 N'ayant pas lu ce livre, je ne porterai pas d'appréciation sur les jugements complaisants de votre collaborateur qui transforme, d'un coup de plume, un million et demi de soldats français en tortionnaires et assassins.

 Je laisse les milliers de soldats qui ont apporté leurs soins, leurs apprentissages scolaires ou tout simplement la sécurité aux habitants de l'Algérie durant des années, apprécier le tableau qui est ainsi fait de leur action au cours de cette guerre.

 Je me contenterai de dénoncer l'opération de désinformation dont votre journal se fait le complice, en raison de la photo qui illustre cet article. 

Montrant un jeune nord-africain progressant seul sur une piste, apparemment en avant de plusieurs soldats, elle est ainsi légendée : «adolescent algérien contraint d'ouvrir la route à des soldats français pour les protéger des mines ».

 

 

Tout observateur, même peu qualifié militairement, ne manquera pas de s'apercevoir des invraisemblances de ce commentaire :

 - 1) -la photo est prise de face, ce qui suppose que le photographe est...dans le champ de mines potentiel -

- 2) - l'adolescent porte sur le dos un poste de radio, appareil utilisé en nombre limité dans les unités militaires et que les employeurs du jeune « contraint » n'auraient certainement pas pris le risque de voir détruit par l'explosion d'une mine! mieux encore : l'appareil radio est relié

- 3) -par un cordon (visible sur la partie droite de la photo, à hauteur de l'épaule du porteur) au bout duquel se trouve généralement un combiné téléphonique et un homme : le chef de la section utilisateur de ce poste radio.

 Ce qui signifie que ce chef de section (officier ou sous-officier) est suffisamment inconscient pour marcher à côté de l'adolescent....au risque de sauter lui-même sur une mine !

 

 Août 2013

Un charnier de 48 squelettes a été découvert dans une mine abandonnée, remontant à l'époque coloniale et située près de Skikda (Philippeville), une ville à quelque 350 km à l'est d'Alger, ont indiqué mardi des sources sécuritaires.

Cette découverte a été faite lors des travaux de terrassement entamés dans le chantier de l'entreprise nipponne Cojaal, chargée de la réalisation de l'autoroute est-ouest, selon ces sources citées par l'agence APS.

Sur les 48 squelettes découverts dans l'ancien complexe de mercure dans la commune de Azzaba (à une trentaine de kilomètres à l'est de Skikda), 27 sont entiers.

La mine ayant été fermée en 1961, gageons que ces cadavres sont postérieurs à cette date.

 

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